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  1. (Note d'avant-texte : Ce texte est envisagé avant tout comme un travail d'écriture, pas comme une histoire faite pour divertir. L'action est volontairement banale, les personnages et les relations qu'ils entretiennent entre eux et avec des personnages IG sont volontairement laissées de côté pour éviter qu'un excès d'explication alourdisse le style. N'hésitez surtout pas à émettre des critiques en commentaire !) Monsieur d'Âpre-Vent Les platanes de Hurlevent commençaient à se dégarnir. Chaque branche qui s'éclaircissait rappelait aux trois enfants qu'ils s'éloignaient des beaux jours et de insouciance de l'été. Si l'air était resté doux, le vent marin amenait son lot de désagréments, parmi lesquels de curieux orages qui, s'ils duraient peu, étaient suffisamment violents pour dénuder un peu plus les pauvres arbres. Le soleil lui-même refusait de mettre du cœur à l'ouvrage. Plutôt que de redoubler d'efforts pour alléger celui des petits êtres de cette terre, il avait lâchement fui et chaque jour qui passait voyait sa présence s'amenuiser. Cette constatation ennuyait profondément le jeune Lukasz, qui devrait bientôt compter la lumière nécessaire pour lire parmi les nombreux interdits de sa nouvelle demeure. « Comprenez, Monsieur ! Les bougies de suif empestent, et celles à la cire d'abeilles sont trop onéreuses », lui avait-on dit. Mais aucun des arguments n'avaient fait mouche ; l'odeur de la rue était pire et l'argent ne manquait que parce que Monsieur d'Âpre-Vent s'en repaissait – c'est du moins ce qu'avait déduit le garçonnet de l'imposante bedaine seigneuriale, entretenue, eut-on dit, comme une bourse. Elle retombait par-dessus un large lacet auquel pendait un glaive qui en comparaison avait l'air d'un cure-dent. L'esprit de l'enfant, plus prompt à s'amuser de l'absurde qu'à s'en chagriner, ne se demandait pas si cette imposante masse pesait sur les rotules de l'homme ou bien sa fortune. A la place, il se demandait plutôt à quand remontait la dernière fois qu'il avait vu ses pieds en se tenant debout. Monsieur d'Âpre-Vent, c'était le sobriquet par lequel le garçon et sa sœur le désignaient en cachette. Il était de leur sang après tout ; cela autorise certaines libertés. Lorsqu'ils se sentaient d'humeur audacieuse, le « Monsieur » passait à la trappe. La particule quant à elle n'était qu'un simple décorum, un rappel du temps où il avait vraiment été « Monsieur de - ». A présent inutile, elle aussi tombait dans l'oubli. A la fin ne restait qu' «Âpre-Vent», composition curieuse, sans vraie origine et sans réelle signification, comme seuls les enfants savent faire. Néanmoins le qualificatif ne s'était sans doute pas niché dans le nom du vieux par hasard. Ici, la pitance était âpre, l'air était âpre, les gens étaient âpre, la maison dans son entièreté était âpre. La vétusté du lieu rejaillissait sur les habitants et la morosité de ceux-ci teintait la bâtisse, de sorte que le tout, murs et seigneur, meubles et serviteurs, formait un ensemble harmonieux dans la mornitude(*) et au milieu duquel il ne faisait pas bon vivre. Dans le salon, devant l'âtre, les enfants s'étaient réunis au pied de leur nourrice. Lukasz lisait, Elzbieta brodait et Thaniel alimentait malgré lui le mythe du «bâtard oisif» qui composait à lui seul l'entièreté de l'imaginaire hurleventois sur le sujet des demi-sangs ; il rêvassait. Le silence alourdissait l'air, l'odeur des meubles vieillis l'épaississait. L'horloge sonna sept heure et la petite assemblée sursauta comme un seul homme. Plusieurs mois maintenant qu'ils vivaient ici et pourtant aucun ne s'était habitué au carillon cuivré qui, s'il se montrait d'une rigoureuse ponctualité, tombait pourtant toujours au mauvais moment. Il fallait lui rendre justice pour une chose, cependant. L'insupportable timbale était l'occasion de briser le mutisme qui pesait comme une chape de plomb sur les enfants. Quant rien ne bouge, l'on n'ose bouger soi-même. Or, l'interruption devenait prétexte à l'éruption. Le rituel suivant s'était installé ; au premier coup, l'on sursautait, au second, l'on pestait, au troisième, l'on jurait – mais poliment. S'il s'avérait qu'il fut plus de trois heures, chaque coup supplémentaire était accueilli par une volée de protestations jusqu'à ce que la nourrice close le débat de la sorte : «Si nous étions chez votre mère, ce coucou serait mort et enterré !». Les enfants approuvaient gravement, puis débutaient des bavardages frénétiques jusqu'à ce qu'on les appelle pour souper, comme s'il fallait rattraper en quelques minutes des heures de conversation. La nourrice prenait plaisir à écouter leurs babillages, qui lui rappelaient les soirées dans le chaleureux séjour de Bêle-Pierre. A l'instar des autres familles de bonne lignée, c'est elle plus que leur mère qui les avait élevés. Cette dernière, elle-même mise entre les mains de bonniches dès son plus jeune âge, avait judicieusement délégué ses prérogatives maternelles : la nourrice les torchait, sa confidente les aimait. Elle, elle se réservait pour unique devoir de les marier à de bons partis le jour venu, car c'était après tout le plus important. Le valet d'Âpre-Vent – il fut décidé qu'on l'appellerait simplement ce soir – vint les chercher. Chacun s'installait à sa place autour de la table rectangulaire de la salle à manger, soit au bout à l'opposé de celui occupé par le vieillard, quand on leur fit savoir que Monsieur se joindrait à ses petit-enfants pour dîner. Le frère et la sœur échangèrent un regard vaguement inquiet. Le valet les rejoint avec un linge humide, ils lui présentèrent leurs mains. Il les frotta avec hargne. En son fort intérieur, il détestait Âpre-Vent. Par extension, il détestait aussi ces enfants. Ils étudièrent leurs mains rougies par ce qui tenait plus du papier de verre que du torchon puis attendirent l'arrivée du vieux sans échanger un mot. En haut, une porte grinça. Les déplacements d'Âpre-Vent, parce qu'ils étaient peu nombreux, n'en étaient que plus remarquables. Voilà des années qu'il ne vivait plus qu'à l'étage, entre ses appartements et la bibliothèque. A l'arrivée des enfants, il n'avait que peu bouleversé ses habitudes. Ses repas lui parvenaient via un monte-plat qui communiquait entre la cuisine et sa chambre. C'était d'ailleurs par-là qu'il donnait ses ordres pour la journée car il ne supportait plus la vue des autres. Dans ses bons jours, le valet avait l'honneur d'être appelé. Il grimpait les marches quatre à quatre puis les redescendait avec l'ordre de ne revenir que quand la nouvelle lubie de son maître aurait été exécutée. Quant aux enfants, il se joignait à eux une fois par semaine. Pour s'enquérir de leur bien-être ? Non. Pour apprendre à les connaître ? Encore moins – il ne faut pas oublier qu'il n'avait pas jugé cela nécessaire avec sa propre fille. Ce dont il s'agissait, en réalité, c'était d'une inspection. A Lukasz, il demandait de réciter des paragraphes entiers d'un grand livre de psaumes en vieux-parler. A Elzbieta, de lire à haute voix – on ne lui en demanderait pas tant plus tard. Quant à Thaniel, il lui fourrait l'index entre les babines pour s'assurer qu'il n'était pas atteint de la rage. Lukasz se remémorait le dernier passage en date quand un raclement juste au-dessus de lui lui fit instinctivement rentrer la tête dans les épaules. Il frissonna de déplaisir. Âpre-Vent se mettait en branle. Quand il avait été forcé d'abandonner son château de province pour se réfugier dans ce petit manoir de la capitale, il avait trouvé le parquet d'une qualité si médiocre qu'il avait décidé de ne plus lever sa lourde canne d'argent lorsqu'il se déplaçait. A chaque pas, il la tirait dans ce terrible raclement pour s'y appuyer. Puis vint un coup sourd suivi du grincement d'une marche. Le vieux y posait d'abord la canne, puis le pied. Le rythme était lent mais d'une régularité sinistre. Bientôt, on le verrait apparaître dans l'encadrement de la porte. Il survolerait l'assemblée du regard, puis irait prendre place à son bout de table sur un un fauteuil à la tenture délavée. Le valet présenterait tour à tour plats et courbettes obséquieuses, et le concert de mastications et de succions commencerait. A sa décharge, l'homme était un vieillard à qui la sale manie de chiquer avait fait perdre quelques dents. De plus, il avait cessé de se comporter poliment à table depuis le jour où il s'était marié et cela remontait à près d'un demi siècle. La présence temporaire de ces marmots n'allait pas y changer grand-chose. Eux aussi mangeaient salement après tout. C'est du moins ce qu'il imaginait, car la vérité était que, trop occupé à engloutir son repas, il ne s'occupait pas de celui des autres. Et puisqu'il avait entendu dire que les jeunes enfants étaient par nature à peine plus propres que des porcelets, il en avait tiré la conclusion logique que ceux-ci, soient-ils des rejetons de marquis ou non, ne faisaient pas exception à la règle. Le spectacle qu'offrait le vieux durant ses repas fascinait Thaniel. S'il était lui-même observé comme une bête curieuse, la réciproque était vrai. La nourriture manquant cruellement d'intérêt, il avait cherché à se divertir autrement. Quand Âpre-Vent était présent, son activité favorite consistait à compter les vides dans sa dentition. Une autre était de dresser un portrait de ce drôle d'être à la manière d'un naturaliste, comme il le faisait avec les papillons qu'il collectionnait : «Déchiquette ses viandes à l'aide de son incisive, l'autre est absente. Lèvre inférieure noircie. Regard vide durant toute la durée de la sustentation», et caetera. La liste était longue, le pire était sans doute le bruit de ses gencives ramollies lorsqu'il aspirait sa nourriture, faute de pouvoir la mâcher. Mais au lieu de tout cela, lorsqu'Âpre-Vent apparut, il ramena sa canne devant lui pour s'y appuyer des deux mains et déclara à l'intention de Lukasz : «Monsieur, j'ai reçu une note de votre mère. Elle soupera avec nous, demain.» (*) mornitude : le terme n'est pas officiellement reconnu mais est employé dans un contexte littéraire-qui-se-la-pète parce que la construction de ce néologisme dérivé de l'adjectif « morne » est en accord avec la langue française.
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