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Hanko Naëly

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À propos de Hanko Naëly

  • Date de naissance 09/01/2000

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  1. Tu ne te serais pas perdu toi par hasard ? 🤔
  2. Talarion Amondil "Avec le temps, tout se meurt. Les choses, les émotions, les hommes-... la vie elle-même, tout est éphémère. Et qu'importe votre espoir, même les plus éclatantes des étoiles finissent par s'éteindre-..." "Il y a de ces grands hommes dont on peut prédire la réussite dès le plus jeune âge. Des talents précoces, des exploits juvéniles, de jeunes hommes dont l'avenir semble déjà empreint de gloire et de réussite. Moi, le jeune Amondil, je faisais partie de cette élite-là. Promus à un grand destin, j’étais et je resterais l'un des mages les plus illustres de mon temps. Mais un grand avenir, bien que porteur de beaucoup de rêves ne signifie pas toujours un avenir heureux. Car il y a également de ces grands hommes qui se bâtissent dans la haine, la douleur et la mort. Et car-... les ténèbres aussi offrent de grands avenirs." ~ - Entrée du journal de Talarion Amondil, annotée "Jours 22" "Cela fait bientôt trois jours que nous stationnons dans cette crypte. L'expédition se poursuit lentement depuis bientôt un mois, et toujours avec une grande minutie, les autres ne veulent rien laisser de côté. L'ennui me gagne parfois, mais la quête renouvelle sans cesse mon intérêt pour son objectif, et à vrai dire, bien que j'en viendrais presque à trouver cette situation amusante, je n'oublie pas l'enjeux, et l'importance de ce qui est en train de se jouer. Mais-...Un groupe de puissants mages contraint de passer des journées entières dans un endroit si-... crasseux, dans le seul but d'y trouver un artéfact dont nous ignorons tout. Doivent-ils vraiment s'étonner de mon humour et de ma "trop grande légèreté dans une telle situation." ? Je n'en sais rien à vrai dire, mais je dois bien avouer que le rire est un bon moyen d'évacuer la pression qui pèse sur mes épaules. Nous ne savons absolument rien de notre objectif, si ce n'est que d'après eux, je suis destiné à avoir le contrôle de cet artéfact. C'est d'ailleurs pour ça que si jeune, ils ont choisi de m'intégrer au conseil. Mais comme je m'y attendais lorsque j'ai accepté de les suivre, ils n'ont de cesse de me rabâcher le fardeau et les responsabilités que je porte. Mais ce n'est pas pour autant que je compte me laisser abattre. Si les informations disaient vraie, alors la puissance de cet objet dépasse de loin l'entendement des races pensantes de ce monde. Une source de pouvoir telle que même les plus grands hommes de leurs temps ne seraient jamais parvenus à le contrôler. Voilà un défi que je compte bien relever. Après tout, ne suis-je pas promus à devenir un grand mage d'après eux ?" "Certains prétendent que les ténèbres sont synonymes de douleur, de mal et de souffrance. Ce sont ceux-là même qui redoutent la mort plus que tout. Mais c'est idiot. Vie et Lumière sont parfois bien plus atroces que l'ombre elle-même. Non, la mort elle est accueillante, douce et bienveillante. Elle balaye toutes nos craintes, toutes nos peurs, toutes ses mauvaises pensées qui nous hantent. Elle nous accompagne, de notre naissance, de nos premiers pas, jusqu'à notre fin. Là, elle nous attend avec joie et sérénité, et dès lors qu'elle nous enveloppe de son noir drapé, plus rien ne compte. Alors que la vie elle, n'a de cesse de nous torturer, de nous confronter à des épreuves, à des choix, des difficultés. Elle nous touche parfois si douloureusement que dans un éclair de lucidité, les plus sages des hommes implorent alors la faucheuse de venir les prendre. Vie et Mort ont toujours été opposés, c'est vrai, mais la Mort n'a rien de mauvais. Et puis après tout, la vie n'est-elle pas la seule maladie dont nous ne pouvons nous défaire autrement que par la mort." ~ - Entrée du journal de Talarion Amondil, annotée "Jours 57" "Depuis le début de cette longue expédition, bien des fois je me suis imaginé ce que pouvait être cet artéfact, ce à quoi il pouvait ressembler, son aura, sa véritable puissance. Je me plaisais à m'imaginer le détenant, alors même que je ne connaissais pas sa forme. Et comme en réponse à mes questionnements, je commençai à l'entrevoir parfois en rêve. Toujours floue, bien souvent sans réelle forme physique, je ne voyais qu'un halo de lumière éblouissant couvrant cette forme diffuse et changeante. Mais la puissance qui se dégageait de là était bel et bien-... démesurée. Et par démesurée, je n'entends pas simplement "immense". Non j'entends par là que les lignes telluriques d'Azeroth elle-même me parurent alors insignifiante et ridiculement faible. Cet objet-... cette chose, j'ignorais encore sa nature. Mais lorsqu'il se dévoila ainsi à moi, son appel fut si fort-... même si tout ça ne résidait qu'au sein de mon esprit et mes rêves-... Ma conviction n'en fut que renforcer. Cet objet pouvait changer le monde. Et c'est à moi qu'il se plierait. "Les rêves ont cette douce beauté d'être faux. De n'être que des illusions auxquelles on s'attache comme à nos convictions. On les préserve, on les embellit selon nos désirs. On corrige leurs erreurs, on se mets à les aimer, les chérir. Et un jour vient où nous réalisons nos rêves. Réaliser ses rêves ? Cette expression même a toujours sonnée étrange dans mon esprit. Ce qui fait leurs charmes, ce qui fait que nos songes sont si attrayants, c'est qu'ils n'existent qu'en pensée. Dans notre âme ils sont maîtres, mais tout comme un secret-... une fois murmuré, une fois partagé à cette crue lumière du jour ils s'effacent. Cet artéfact, j'en ai rêvé bien des fois. J'avais placé bien des espoirs en lui. Je m'étais mis à l'aimer et le chérir comme le plus beau de mes rêves-... Et en ce jour je maudits ma faiblesse. Lorsque je la vis pour la première fois de mes yeux. Ce jour-là mon plus beau rêve fut balayé par ce qui deviendra bientôt le plus grand de mes cauchemars. Cette maudite Orbe. ~ - Entrée du journal de Talarion Amondil, aucunes dates précisées "C'est étrange. Cela fait quelques mois déjà-... et je me retrouve encore incapable de poser des mots sur cette peine qui me ronge. Une action aussi futile que de vouloir se saisir d'un gaz. Aussitôt que vous approchez votre main, il se dissipe, s'écarte, et ne laisse entre vos doigts qu'un vide amère et chargé de déception. Mais plus que de la déception, c'est de la colère qui grandit lentement en moi. Je peux la sentir, semblable à un venin parcourant la moindre de mes fibres. Éveillant en moi des feux brûlants qui n'aspirent qu'à s'étendre au monde qui s’étend devant mes yeux. Je sens que cette chose en moi est en train de me changer. Cette pensée qui me hante n'a de cesse de revenir, encore et toujours. Mais je l'entends-... tapis dans l'ombre elle me suit. Elle est dans mon sillage, dans mes pas, elle frôle parfois mon esprit, mais à chaque fois que je me retourne, à chaque fois que je me lance à sa poursuite-... plus rien. Dissipée comme une brume dans le vent, je n'ai d'elle que le souvenir de son ombre. Parfois dans mes rêves elle vient me rendre visite. Étincelante, brûlante, rayonnante. Je comprends alors. Elle est la source de ma colère. De mes peurs, de mes craintes, de tous mes maux. Elle s'insinue dans mon esprit, elle m'appelle, elle m'attire. Maudite sois-ta lumière que j'aimerais tant étouffer. Les abîmes même de mon esprit ne me permettent plus de m'en abriter. A quoi bon me suivre ainsi si ta lumière est telle que je ne peux te regarder. Non, ta lumière n'a rien de douce, de chaleureuse. Elle est dure, brûlante et perçante. Elle me fait mal. Terriblement mal. Et quand parfois, dans mes longues agonies je l'entrevois finalement, siégeant sur son trône de douleur. Je n'ai qu'un seul rêve. La briser, éteindre sa lumière, et ne plus jamais avoir à supporter son horrible aura. Alors aujourd'hui j'en fais le serment. Le jour viendra où je briserais cet orbe, et où jamais plus sa lumière ne brûlera personne." "Les ténèbres sont généreuses, bien plus qu'on ne le pense. Et c'est de cette même générosité que naît le premier des cadeaux qu’elles m’offrirent. L'espoir. L'illusion d'une ombre éphémère, la folie de penser qu'un moment vient où les ténèbres finissent par passer. Comme un voile qui serait condamné à disparaître, révélant une lumière qui aurait inéluctablement sa place dans ce monde. Comme si après chaque nuit il était logique que nous revoyions le Soleil se lever. Comme si après les ténèbres venaient de meilleurs jours. Mais c'est une vision erronée et partielle. Après la nuit vient le jour, certe, mais c'est bien lui qui est éphémère. Les ténèbres sont, et la Lumière occupe. Ainsi, là où toute lumière est condamnée à mourir, les ténèbres elles, vivront éternellement. Mais au-delà de cette fausse vérité vient un poison plus perfide encore. Car ceux qui croient en la Lumière et ses vertus ne sont plus que de faibles couards. Croire en la Lumière a toujours été un moyen de se donner des convictions bancales. Un moyen de justifier sa propre passivité en dispensant la bonne parole. "N'ayez crainte, après la pluie vient le beau temps. Des jours meilleurs viendront !". Non. Les croyances, la foi, l'espoir, rien de tout ça ne peut vous sauver des ténèbres. Car ils sont éternels. Ils attendront, patiemment. Et viendra un jour où votre frêle vie vacillera. Et ne commettez pas l'erreur de croire que la Lumière viendra à vous. Non, ce jour-là ce sont ces ténèbres que vous avez tant hais qui s'ouvriront à vous. Car les ténèbres ne sont pas éphémères, les ténèbres sont généreuses." ~ - Entrée du journal de Talarion Amondil, aucunes dates précisées "Je pensais que cette sensation finirait par passer. Que toute cette douleur en moi finirait par s'épuiser. Un homme n'a que trop peu d'âme pour hair le monde. Voilà ce que je pensais. Mais plus le temps passe, et plus ma peine se renforce. La douleur croît-... et je sens son poison se répandre dans mes veines. Ils essayaient de me rassurer, ils essayaient de calmer mes fantômes. J'entends encore leurs voix-... "ça va aller". "N'ayez crainte Amondil, ce voile qui recouvre votre esprit finira par s'en aller.", "Vous finirez par y voir clair." Mais je ne l'ai crois plus-... j'aimerais. Mon coeur et mon âme n'aspire qu'à retrouver la paix qui m'emplissait avant que je ne touche cet orbe infernal. Il fut un temps où je riais, ou j'avais le coeur léger, l'esprit jeune et le sourire comme fidèle compagnon. Et maintenant-... ? Où sont passés joie et bonheur ? Je ne comprends plus-... je ne comprends pas-... cette orbe, cette maudite orbe. Pourquoi ne me laissent-ils pas la briser ? Pourquoi ne la craignent-ils pas ? Elle fait si mal-... oui si mal-..." "Le second cadeau que me firent les ténèbres fut l'ombre. Semblable à un épais brouillard, elle couvre vos yeux et votre esprit d'un voile pudique et protecteur. Elle cache ce que vous ne voulez pas voir. Les ténèbres vous protègent de ces hideuses vérités qui exposées à la lumière ne ferait que vous blesser et vous tourmenter. Ils viennent vous couvrir d'une douce toile de songes et de rêves. Vous ne voyez plus l'hypocrisie des gens, le mensonge gravé sur leurs visages. Vous ne voyez plus non plus les murmures qu'ils échangent dans votre dos. Vous ne voyez plus le mal de ce monde, vous ne voyez plus ce qui pourrait vous faire mal en ce monde. Les ténèbres sont protectrices, elles vous abritent de la Lumière elle-même. Elles vous offrent calme, paix et solitude." ~ - Entrée du journal de Talarion Amondil, aucunes dates précisées, cependant, la page est teintée de sang séché. "Je ne les entends plus. Je ne les vois plus. Leurs doux mensonges-... leurs misérables tendresses, tout a disparu. Happé dans les ténèbres. Eux qui me prenaient en pitié, eux qui me souriaient pour qu'ensuite j'entende leurs murmures dans mon dos. En vérité ils me haïssaient, ils me jalousaient. L'Orbe m'était destinée, et il me craignait pour ça, car bientôt je deviendrais plus puissant qu'ils n'avaient jamais rêvé de l'être. "Le dernier cadeau des ténèbres est la Lumière elle-même. Car comme les étoiles tournoient dans les abîmes de ténèbres qui les séparent et les lient, toute Lumière ne fait que bercer dans des ténèbres encore plus grandes. Les ténèbres sont, et la lumière occupe. Et c'est pourquoi la lumière ne peut gagner. Car elle est née des ténèbres elle-même. L'ombre dans sa forme la plus pure est transcendante. Elle est. Mais la Lumière elle, ne peut exister sans ténèbres, et tout comme on définit les journées par les nuits qui les séparent, on explique la Lumière par l'absence de l'ombre. Ainsi la Lumière aura beau se débattre, à chacune de ses victoires, ce sont les ténèbres qui gagnent. C'est là la plus perfide des illusions que peuvent vous offrir les ténèbres. Celle que la Lumière en est l'exact opposé. Celle que la Lumière combat les ténèbres, et qu'elle pourra un jour gagner. A la source de tout espoir, de toute lumière, de toutes choses se trouvent les ténèbres. Elles sont, elles ont toujours été et elles seront toujours." ~ Après quelques instants, le regard perdu dans le vague de ces dernières lignes, il tourna la page sur le recto. Rien. C'était là la dernière entrée du Journal de Talarion. Dans un grognement de douleur, il se redressa. Boitant jusqu'au bureau. Il se laissa alors silencieusement glisser contre la chaise. Le bruit du sang s'écoulant lentement était le seul parasite qui venait briser le silence de l'endroit. Là, il se saisit de la plume, qu'il vint plonger dans l'encrier, avant de commencer à écrire. Son bras, tremblant, ne lui facilitait pas la tâche, mais il parvint tout de même à finir sa besogne. Il soufflât légèrement sur l'encre, en attendant qu'elle sèche, et une fois ceci fait, il referma délicatement l'ouvrage, pour se diriger vers le centre de la pièce où il s'agenouilla. Déposant le carnet sur le ventre du nécromant, il se saisit délicatement de ses mains, froides, rigides, et pâles, pour les placer sur la couverture. Après quoi, d'un fluide et doux geste, il vint fermer les yeux du jeune homme. Contemplant encore quelques instants ce dernier, Hanko finit par récupérer sa dague, encore teintée de rouge et c'est sans un mot de plus qu'il se redressait, quittant la pièce. Là, au centre de la pièce, l'ouvrage siégeait sous les mains de son propriétaire. La dernière page était désormais marquée d'une calligraphie nouvelle: « Pardonne-moi. » Tels furent tes dernières paroles. Toi qui, toute ta vie durant, ne fit que plonger dans les ténèbres. Tu m’as un jour demandé si tu étais devenu un monstre. Peut-être l’as-tu vécu comme tel. Mais l’homme qui est mort aujourd’hui. L’homme qui, au crépuscule de sa vie, pleura le mal qu’il avait commis. Celui-là d’homme, n’avait plus rien d’un monstre. Il n’était qu’un jeune mage pris au piège dans un destin qui le dépassait. Porteur d’un fardeau bien trop lourd pour ses épaules. Il n’était qu’un jeune mage promu à un grand avenir. Car un grand avenir ne signifie pas toujours un avenir heureux. Car il y a de ces grands hommes qui se bâtissent dans la haine, la douleur et la mort. Et car-... les ténèbres aussi offrent de grands avenirs. Repose en paix, Talarion Amondil.
  3. Hanko Naëly L'ombre du désert Chapitre 1, Louve Il plissa une nouvelle fois les yeux lorsqu’une énième rafale vint heurter son visage de plein fouet, apportant avec elle son lot quotidien de grains de sable. Machinalement, il remonta d’une main son foulard pourtant déjà bien placé. A vrai dire, ce dernier le gênait plus qu’autre chose, l’emprisonnant dans une chaude et étouffante étoffe, mais il préservait son souffle, c’était la principale raison pour laquelle il ne l’avait pas encore enlevé. Ça, et le fait que cela dissimulait en partie sa pâle peau d’Hurleventois. Dès son arrivé dans les rues de la citée Tanarisséenne, il avait rapidement compris que cela serait nécessaire. Les Saa’dik, les étrangers, tels qu’ils étaient appelés ici, n’était pas toujours les bienvenus. Ainsi, et bien que sa peau eût radicalement changée après des semaines de voyage dans les déserts du Sud de Kalimdor, il était encore loin de ses peaux d’or, tannées par des années de vie sous le soleil du désert, et son parlé également était encore loin d’être parfait. Il continua donc ainsi, d’un pas naturellement fluide et calme au travers des ruelles parsemées d’échoppes en tout genre. Ces dernières venaient à peine d’ouvrir mais l’agitation était déjà à son comble. « Une bonne chose. », pensa-t-il, la foule était le meilleur endroit pour se dissimuler. Mais également pour profiter des charmes de la rue, là, de multiples odeurs allant de l’épice aux drogues orientales planaient dans l’air, parfois portés par quelques vagues de fumées échappées d’un encensoir. Prenant le temps de s’imprégner des milles jeux de parfums que lui présentait la rue et ses occupants, ses yeux d’argents se posaient sur chaque détail à leurs portées. On ne lui avait pas mentit, tout semblait si vivant, si colorés et si beau. Après quelques instants de marche, il redressa doucement la tête, planté au milieu de la foule pour admirer le bâtiment qui prenait place devant lui. A quelques centaines de mètres, la ruelle débouchait sur une grande place. Là, toutes les toiles de tissus aux vives teintes qui décorées rues et échoppes laissaient place à une vue parfaitement dégagée. Une magnifique fontaine à l’eau claire se dressait au centre, surplombée par la silhouette imposante d’un immense bâtiment d’une centaine de mètres de haut, et dont l’architecture était des plus exotiques pour l’habitant des Royaumes de l’Est qu’il était. Encadré de deux larges murailles, d’immenses et longues marches permettaient de gagner le cercle intérieur de la structure, dissimulé par les jeux de perspective depuis le point de vue du Marchombre. Il était clair que ce bâtiment avait été conçu pour dominer la citée. A vrai dire, il l’avait aperçu en arrivant, impossible de rater un tel bâtiment. Le palais du Calife probablement. Mais Calife ou non, il savait d’ores et déjà qu’il ne raterait pour rien au monde la vue que pouvait lui offrir les hautes tours du Palais, bien que cela attendrait la tombée de la nuit. Tandis que cette pensée filait pour laisser place à une autre, il reprit sa marche, jetant un bref et discret regard aux gardes depuis sa capuche. Ces derniers n’avaient rien à voir avec les gardes que l’on pouvait trouver dans les rues d’Hurlevent. Un seul d’entre eux aurait pu à lui seul défaire une dizaine des gardes lambdas qu’abritait la Capitale Humaine. Cela devrait-être pour ça qu’il n’y avait que très peu de portes en ville, et ce, même au Palais. « Même les obstacles semblent mieux ici. » pensa-t-il alors tout en détaillant l’équipement du garde, un fin et léger sourire prenait place sous son masque. Cette citée lui plaisait de plus en plus, et alors qu’il se laissait une énième fois aller à ses songes, il bifurqua peu avant la grande place pour s’engager sous l’arche d’entrée du marché couvert. Ici, l’ambiance changea radicalement. Ni meilleur, ni moins bien, elle était-… différente. Un calme nouveau qui n’était pas là sans lui déplaire emplissait les lieux, ici les commerçants et clients conversaient à voix basse, échangeant parfois de faibles rires. En revanche, et bien qu’abrité du soleil, tout semblait toujours éclatant de couleurs. L’endroit était également moins peuplé, chose qui le gênait un peu plus en revanche, mais cela signifiait également moins de gardes. Il se risqua alors enfin à défaire son foulard et l’abaisser dans son cou en écharpe, maintenant que le vent n’était plus un problème, prenant néanmoins soin de réajuster sa capuche par précaution. Une douce mélodie d’oud et de flûte s’élevait quelque part dans le souk, sans même s’en rendre compte, il avait commencé à s’y diriger, arpentant silencieusement les dédalles ocres des galeries tel une ombre, ses yeux, eux, ne cessèrent de fureter chaque échoppe. Des simples babioles aux cristaux en passant par les tissus les plus raffinés qui soit, il était certain que l’on pouvait trouver à peu près de tout ici. Alors qu’il avançait, la petite allée couverte déboucha sur une vaste place abritée. Au travers du plafond filtraient quelques fins traits de lumière convergents au centre de la pièce, ces derniers diffusaient néanmoins une douce et paisible atmosphère sur l’ensemble des lieux. La pièce, carré, était découpée en deux parties. Au centre se trouvait une fontaine d’intérieur, cerclée par plusieurs étals qui constituaient le cœur des lieux. Cet espace était cloitré par une série de colonnes ocres qui séparaient le centre de la pièce de la partie externe, bien souvent accompagnées de quelques encensoirs et chilams déposés sur les quelques marches menant à cette dernière. Ils diffusaient pour la plupart des voiles de fumés et d’arômes au travers de la pièce. La partie externe, elle, était constituée d’un passage plus étroit, qui entourait le centre. Sol et murs étaient couverts de coussins et tapis en tout genre où les passants venaient s’installer pour discuter dans la pénombre qu’offrait ce passage. C’est là, qu’il les trouva enfin : les musiciennes. L’une d’elle, une femme mûre, aux cheveux d’argent et à la peau fraîche et éclatante était installée sur quelques coussins de lin des plus confortables. D’une grande beauté pour une humaine, son teint était un peu moins basané que celui de ses semblables. Elle ne portait que peu de tissu sur elle, comme beaucoup de femmes ici, néanmoins il était évident qu’elle était richement vêtue. Elle était celle qui jouait de l’oud, accompagnant le tout d’un chant semblait-il traditionnel, sa voix au timbre vibrant était d’une rare beauté. Mais en réalité, ses yeux ne s’attardèrent que peu sur cette dernière, car c’est la seconde femme, la joueuse de flûte, qui attira son attention. Une teinte de peau beaucoup plus brune, cette dernière était ornée de bien des bijoux plus luxueux les uns que les autres. Des cheveux d’un noir profond, frisés et soignés, elle ne portait encore une fois que peu de vêtement, mais tout comme sa consœur, ces derniers étaient de fins tissus aussi colorés que légers, permettant bien souvent d’entrevoir la douce peau se cachant au-dessous. Cette simple vision éveilla chez les Marchombres quelques songes dissimulés depuis bien longtemps, quelques années déjà à vrai dire. Combien de temps cela faisait-il qu’il n’avait plus eu une seule relation. Quatre ans ? Cinq peut-être ? Il secoua doucement la tête sous sa capuche pour se vider l’esprit de ces quelques mauvaises pensées. Il était venu ici pour se reposer un peu, certes, mais tisser des liens avec quelqu’un n’étais définitivement pas une idée brillante alors même qu’il repartirait bientôt pour le front de Silithus. Il vint donc s’installer contre le mur opposé aux jeunes femmes, les yeux fermés, il appuya sa tête contre ce même mur. Il était venu ici profiter de la musique, et c’est toujours ce qu’il comptait faire. Il passerait certainement inaperçu, après tout il était loin d’être le seul à s’être arrêté pour écouter les demoiselles faire étal de leurs talents, et de ce qu’il avait vu, certains étaient même des habitués de la chose. Aussitôt confortablement posé, il sentit la fatigue, elle était omniprésente, et cela faisait quelques jours déjà, depuis son départ de Silithus, qu’il n’avait que très peu ou pas dormis, et pour cette nuit, il avait déjà bien des projets. Il lui fallait donc se reposer pendant la journée. Mais dormir ici serait chose idiote, il avait depuis son arrivé vu à l’œuvre bien des jeunes pickpockets, ainsi, et malgrès une tenue dissimulant relativement bien le peu d’objets de valeurs qu’il portait, se laisser aller à un sommeil qui serait certainement des plus profonds n’était pas chose à faire. Tandis qu’il réajustait sa capuche pour dissimuler au mieux son visage, il commenca à se laisser lentement aller aux mélodies exotiques qui emplissait l’endroit. La langue de ce peuple était un mélange du Commun, et du Tol’vir, certainement dût à la cohabitation entre Humain et Ramkahens. Ainsi, il en comprenait une partie, bien que l’accent également était assez particuliers, et se surprit à apprécier ce langage inconnu. Certains le trouvaient trop brute, le Marchombre quant à lui le trouvait des plus poétique, d’autant plus qu’un tel langage construit de toute pièce pour favoriser une union entre deux peuples portait ainsi une dimension symbolique et historique des plus fascinantes à ses yeux. Alors que ses pensées commençaient lentement à se détacher, bercées par la fatigue grandissante et la musique ambiante, quelque chose de doux mais puissant vint bousculer son bras, le tirant de sa somnolence déjà bien avancée. Quelque chose qu’il connaissait bien. Sans rouvrir les yeux, il se mit à sourire, d’une main presque machinale il commença à caresser la fourrure du worg qui était venu se coucher contre lui. Aran. C’était agréable, certes, mais ça lui permit surtout d’éviter de sombrer dans le sommeil comme il le redoutait, et pour ça, il était reconnaissant envers son ami canin. A vrai dire, le Marchombre était plus que ravi d’avoir appris aux portes de la citée qu’Aran y était autorisé. Il avait par la suite compris en arpentant les rues que bien des choses et bien des compagnons l’étaient. Mais avoir Aran à ses côtés ici était à double tranchant. Certes un Worg qui lorsqu’il marchait dépassait les un mètre suffisait à dissuader bien des personnes de venir chercher les ennuis, néanmoins, un worg était également une créature bien exotique ici dans des terres désertiques, il était évident que cela n’aidait pas à passer inaperçu. Néanmoins, il s’en moquait. Après toutes ses années Aran était bien le seul être, le seul ami, réellement proche du Marchombre. Après tout, ils avaient parcouru l’enfer côte à côte. Mais comme il s’y attendait, certains autours commençaient à murmurer, les regards, même s'il ne pouvait les voir, il le savait, étaient braqués sur lui et Aran. Après quelques instants, il finit par rouvrir calmement les paupières. Aussitôt, et sans étonnement de sa part, il put constater que la plupart des personnes détournèrent les yeux, retournant à leurs besognes respectives. Toutes ? Il n'en n'était pas sûr. Il sentait encore le poids d'un regard sur lui. Rabaissant machinalement sa capuche, il balaya discrètement les lieux à la recherche de son propriétaire. Il cru un instant halluciner, alors que ses yeux planaient sur les deux musiciennes. La femme aux cheveux d'argents. Il avait été certain, l'espace d'un instant qu'elle le regardait. Et pourtant elle semblait toujours aussi concentrée sur sa musique. Le fait qu'elle le regarde n'avait rien de surprenant, certes, mais ce qui perturbait le Marchombre au plus haut point était qu'une simple musicienne avait semble-t-il était capable de berner les sens de ce dernier avec une aisance naturelle. Hanko en vint à penser avec amusement qu'il ne tenait peut-être plus aussi bien les drogues Tanarisséenne qu'avant. Et alors que l'attention semblait retomber, et que tout le monde avait pris note de la présence d'un Worg dans la salle, le Marchombre fermait à nouveau les yeux, une main protectrice posée sur le crâne d'Aran. Ses yeux désormais clos, les ténèbres tapis là, dans son esprit, émergèrent lentement alors que ces cauchemars revinrent. Ces derniers se manifestaient sous formes de bribes de souvenirs lorsqu’il était en partit éveillé comme c’était actuellement le cas. C’était la douleur, le plus souvent, qui venait la première. Des cicatrices fantômes lui avait expliqué un guérisseur. La sensation de la lame qui avait un jour causée une blessure revenait parfois des années après, brûlante comme si la lame était encore là, traversant sa chair et allant jusqu’à déchirer le voile même de son esprit. Le Marchombre tentait de calmer son souffle, se persuadant qu’il ne s’agissait que d’un vice né de ses pensées quand cette même sensation revint. Ce même regard était à nouveau sur lui. Il réouvrit doucement les yeux, la douleur et la fatigue l’anesthésiant en partie, il avait du mal à conserver des pensées claires. Ses yeux vinrent naturellement se poser sur l’emplacement de la musicienne à la chevelure d’argent. Il n’avait même pas fait attention au fait que seule la femme à la flûte jouait encore. Mais celle qu'il cherchait, n’était plus là. Peut-être avait-il sérieusement rêvé en fin de compte ? En vu de son état, il n’aurait pas été étonnant qu’il se soit assoupis sans s’en rendre compte. Machinalement, il vint passer une main sur ses quelques cicatrices brûlantes. Mais cette pensée l’obsédait toujours, ce regard qui pesait sur lui. Il commenca à balayer les lieux à la recherche de ce mirage idyllique, et alors qu’il se résolvait lentement à admettre qu’il n’y avait jamais eu de femme aux cheveux d’argents, il la vit à nouveau. Elle longeait le mur avec une infini douceur, dissimulée derrière des colonnes de marbre et de fumé. Bien décidé à ne pas la perdre à nouveau, il fut cette fois-ci assez rapide pour capter son regard l’espace d’un instant, deux magnifiques perles aux couleurs de l’aube qu’elle détourna aussitôt alors qu’elle passait au travers d’un voile de fumée. Le Marchombre réalisa à cet instant n’être plus que focalisé sur elle, sons et senteurs s’estompaient lentement tandis qu’il ne se concentrait plus que sur la musicienne. Le temps lui-même sembla ralentir pour laisser durer cet instant autant que faire se peu. C’est à croire qu’il avait sans même s’en rendre compte fait usage de sa Greffe pour capter quelques instants de plus le regard de cette dernière, en vain. Son esprit quant à lui commençait à dériver de façon bien plus agréable cette fois lorsque la jeune femme lui offrit un nouveau regard, discret mais intense, avant de disparaître derrière l’une des colonnes. Etais-ce de l’anxiété ? De l’envie ? Lui-même ne savait pas pourquoi, mais il se retrouvait à guetter l’autre bout de la colonne, dans l’attente pressante de la voir ressurgir. Le Marchombre d’habitude si confiant en était venu à espérer que cela ne fut pas simplement le fruit d’un esprit délirant, craignant de ne jamais la revoir, dissipée comme le fantasme qu'elle était. Mais à nouveau, comme une baume au cœur envoûtant son esprit elle vint calmer ses craintes, réapparaissant enfin. Elle semblait plus resplendissante à chaque instant, une véritable nymphe à la démarche déliée, pour qui chaque seconde s’écoulant n’était vouée qu’à la glorifier elle et sa beauté. Son regard en revanche, semblait toujours le fuir, néanmoins cette fois-ci cela ne lui empêcha pas de détailler la femme plus amplement. Son visage, lui, était une parfaite chimère. Au premier abords souriant et détendu, cela semblait pourtant n’être qu’un masque cachant une expression beaucoup plus fermée et impassible. Néanmoins ce dernier était en partit dissimulé, encadré d’un côté par sa longue chevelure platine, de l’autre c’est un voile de tissu carmin qui le recouvrait. Ce dernier longeait le flanc droit de la jeune femme jusqu’à retomber au sol, traînant à ses pieds. Tout comme le reste de ses parures, il était orné de bien des joyaux allant de l’or à l’azur. A ça venait s’ajouter quelques bandes de tissu marrons ornementées, une première couvrant sa poitrine de l’épaule gauche au flanc droit, et une seconde encadrant son bassin, laissant entrevoir presque l’intégralité de sa jambe droite alors même qu’elle descendait s’enrouler autour de la cheville gauche. Encore une fois il s’agissait de pièces de tissus très fines, laissant une grande liberté de mouvement, mais permettant également d’entrevoir les formes de ce qu’elles dissimulaient. A ca venait finalement s’ajouter quelques étoffes plus claires recouvrant son bras gauche, le tout complété d’un gant rouge carmin laissant dépasser ses doigts, et de quelques bracelets aux perles bleutées. Ses songes happées par la jeune femme, il ne réalisa pas instantanément ce qu'il se passa lorsqu'elle vint s'installer à ses côtés, à même le mur. Leurs yeux se croisèrent un instant avant qu'il ne se résigne à prendre la parole, et ainsi briser la beauté de l'instant. Mais il sembla qu'elle lut en lui comme dans un livre ouvert, esquissant un fin sourire témoins d'un amusement, peut-être d'une provocation, le savait-il seulement ? Bien loin de retorquer avec des mots cela dit, il lui sourit en retour, se saisissant avec grand soin de l'oud qu'avait apportée là la troubadouresse, c'est après un bref examen de l'instrument qu'il se mit à jouer. L'oud était certes un instrument des plus exotiques qu'il n'avait que trop rarement eu l'occasion d'écouter, mais son oreille était fine et musicale, et, bien que ses mélodies soient dans un premier temps assez simple, les talents de barde d'Hanko devinrent très vite une évidence. Après l'avoir regardée faire quelques instants, elle finit par s'élancer à son tour, sa voix, vibrante, profonde, et pourtant si légère semblait-elle commença à accompagner le chant du Marchombre à l'en faire défaillir sur quelques notes tant il fut surpris par la beauté de son chant. "A l'image de la nymphe" ne pu-t-il s'empêcher de penser tandis qu'il rattrapait les quelques notes ratées précédemment. Et c'est ainsi qu'ils continuèrent, sans même un regard, sans même échanger le moindre mot, sans même attirer l'attention de qui que ce soit. C'était eux deux au milieu de la foule. Si différents. Et pourtant ils s'y fondaient à merveille. Au travers de la musique, Hanko tâcha de dépeindre cette scène, aussi abstraite son ressentit fut il. Et c'est alors que l'évidence lui vint. Pour la seconde fois dans sa vie, le poète et le savant soufflèrent ce même mot d'un commun accords. Marchombre. Un frisson parcouru le corps d'Hanko. A vrai dire, il n'avait aucunes idées du jeu auquel il était entrain de jouer. Mais pour la première fois depuis bien longtemps, il était excité à l'idée de faire un pas dans l'inconnu. ~ Il entendit une plainte perçante déchirer le voile de silence. Celle d’une voix humaine, infâme mélange de terreur et d’agonie. L’odeur de soufre mêlée à celle du fer le prit tout aussi subitement aux narines. Le chaos l’entourait, combats, déflagrations, le ronflement des gangreflammes ravageant le sol noircit et recouvert de cadavres. Les images lui vinrent une à une, ses frères d’armes tombaient sous les coups des démons de la Légion. La douleur, la fatigue-… la peur. La chaleur étouffante emplissait ses poumons déjà meurtris par la poussière brûlante qui voltigeait dans l’air, soulevée par les charges des Sancteforge. Mais même la Lumière semblait impuissante ici. Un rugissement familier se fit entendre sur son flanc droit, et aussitôt Aran apparût à ses côtés, bondissant pour venir perforer la cage thoracique du Gangregarde leur faisant face de ses crocs, c'est dans une gerbe d’infâme sang verdâtre que le corps du démon s'effondra. Sa concentration reprise, Hanko balaya les lieux de ses yeux. La bataille était déjà bien engagée-… et elle n’annonçait rien de bon. Plus d’un tier des troupes Sancteforges présentes étaient déjà tombées avant même qu’ils ne puissent arriver à leurs secours. Les rescapés du Xénédar se faisaient massacrer un à un par les forces gangrénées. Tachant de mettre cette pensée de côté, le Marchombre vint se rapprocher de son compagnon canin, sa lance ensanglantée ne faisant que trancher toujours plus de démon, le flot de la Légion semblait pourtant ne jamais cesser, et chaque démon tombait laissait place à dix des siens. C'est le grondement familier d’un gangrecanon qui tira Hanko de ce sombre constat, tandis qu’une vive lumière verte passait au dessus d’eux, déchirant le ciel, elle alla s’écraser contre la structure déjà fragilisée de l’épave, la démantelant encore un peu plus. Les éclats de Lumière s’effondraient un à un au sol, emportant avec eux les quelques malheureux placés là à cet instant. - Aran ! Hurla-t-il alors pour se faire entendre par dessus le chaos. Il reste encore un gangrecanon ! Sur ces mots, le worg se rapprocha de lui, et alors que le Marchombre défaisait les derniers ennemis l'ayant pris pour cible, il élançait alors sur Aran avec une agilité digne des combattants Thalassiens. Aussitôt, et pour éviter de se retrouver piéger par le nombre croissant de démons affluant en restant immobile sa monture repartait déjà à toute vitesse ! Il était inutile de prendre les rênes pour lui, le worg traversait déjà avec aisance le chaos du combat, à la recherche de la source de ces projectiles gangrénés. Mais la tâche n'était pas aisée. L'anarchie de ce champ de bataille était telle qu'il était impossible de discerner les différents camps s'opposants, bien loin de ses combats brillamment exécutés que relataient parfois certains écrits, c'est une mêlée sans nom qui couvrait la roche noire à perte de vue. Alors que le duo slalomait agilement au sein de cette frénésie meurtrière pour gagner en hauteur, une nouvelle détonation se fit entendre tandis que cette même lumière émeraude passa au dessus de leurs têtes, si brillante, et pourtant porteuse d'un si sombre présage, Hanko ne se retourna même pas cette fois-ci tant les plaintes de peurs et de douleurs subitement coupées par la déflagration qui suivit lui suffisait déjà amplement à se dépeindre la vue des corps calcinés et broyés par le feu et le métal. Fort heureusement Aran était rapide, se jouant de la plupart des ennemis et alliés en travers du chemin, tandis qu'Hanko faisait tournoyer sa lance avec une précision léthale, fauchant la vie des quelques démons qui osaient s'approcher un peu trop de ces derniers sans pitié aucunes. Mais alors qu'ils progressaient, une forme incandescente se dressa lentement sur leur chemin, le sol tremblant à chacun de ses pas, ils balayaient les rares obstacles adverses de ses colossaux bras rocheux. - Infernal ! S'écria aussitôt le Marchombre à l'attention de son compagnon lupin. Aussitôt, il se saisit des rênes de sa main libre, non pas pour le diriger, Aran était bien meilleur livré à son libre arbitre. Non, Hanko tâchait simplement de rester en place, chose qui était loin d'être aisée. Empoignant plus fermement sa lance, il avisa plus longuement l'Infernal, à la recherche d'une moindre faille. Mais le temps poursuivait son cours alors qu'Aran fusait désormais droit sur le colosse de flammes. Les secousses ne facilitant pas la chose, il n'avait que peu de temps. Et sa fenêtre d'action ne fit que diminuer lorsque le colosse darda son visage sur eux. Déployant lentement ce qui lui servait de main dans leur direction, c'est avec plus d'empressement qu'il ne l'aurait aimé qu'Hanko envoya sans plus attendre sa lance fuser droit sur ce dernier avec toute la force que ses muscles voulaient bien encore lui accorder, le tout couplé d'un hurlement qu'il ne put que relâcher sous le poids de l'effort. Mais-... Il était trop tard. La lance toucha certes juste, perforant la main rocheuse de la création démoniaque qu'elle ne tarda pas à perdre dans un craquement rocailleux, cependant la canalisation qu'elle avait amorcée se termina bel et bien, un flot de gangreflammes jaillissant aussitôt droit vers eux. Aran, trop rapide-... n'avait plus le temps d'esquiver. Hanko hurla une nouvelle fois quelque chose qui se perdit dans les échos du combat. Dans quelques instants ils toucheraient les flammes vertes qui s'approchaient. Dans quelques instants, ils seraient morts. Hanko usa alors de sa greffe. Tout sembla ralentir autour de lui, même Aran. Le chaos sonore ambiant se faisant plus lent, plus faible, seul le battement de son cœur, prit d'une folle frénésie résonnait encore de concert avec son souffle. Rien-... Il ne pouvait rien faire pour esquiver. Du moins. Pas tout les deux. Une décision qu'il n'aurait voulut prendre pour rien au monde-... Mais il n'avait plus le choix. Le visage impassible, il se pencha lentement sur le crâne de son plus vieil et fidèle compagnon, depuis des années déjà. Profitant de ces quelques instants de répits hors des flots incessants du temps. Là il embrassa une dernière fois la fourrure d'Aran, soufflant quelques mots à son attention, même si, il le savait, le worg n'aurait très probablement pas le temps de les entendre. - Merci pour tout, mon ami. Autour de lui, les bruits commençaient à reprendre de leur volume d'antan, les formes et les lumières s'en retournant à leurs folles frénésies. Hanko se redressa lentement, le temps de reprendre son souffle. Il n'y avait pas de place pour le chagrin à cet instant. Plus déterminé que jamais, il regarda le décor s'accélérer à nouveau, le flot de gangreflammes rugissant était si proche qu'il put en entendre distinctement les plus faibles crépitements. Après un bref et faible sourire à l'idée qu'Aran quittait finalement cet enfer sans plus de souffrances, il s'élança. Chevauchant la brume, enveloppé de cette dernière, il ne devenait plus que vent, passant au travers des défenses de l'invocation démoniaque. Cette fois-ci non plus, il ne se retourna pas lorsqu'il entendit le faible gémissement d'Aran. Après toutes ses années à ne côtoyer que lui. Il savait très bien ce que cela signifiait. C'est de fierté et de détermination que son cœur emplit il poursuivit. Derrière lui, Aran, résigné, fermait simplement les yeux à l'approche des gangreflammes. Reprenant forme physique un peu plus loin, Hanko roula lourdement dans les cendres, entraîné par son propre élan. Cela dit, il avait atteint son but. Se redressant alors, ses doigts se refermaient sur l'objet de sa convoitise. Sa lance. De nouveau armé, il n'avisa qu'un instant l'Infernal poursuivant sa lente marche meurtrière avant de lui tourner le dos, se ruant vers le gangrecanon toujours actif. Maintenant à pieds, il n'était plus aussi rapide, et il était bien plus vulnérable. C'est uniquement en mettant en œuvre absolument tout ce qu'il avait acquis depuis qu'il arpentait la voie qu'il fut capable d'une telle prouesse. Evitant coups mortels, projections, et ennemis, il se glissait au milieu de la mêlée avec plus d'agilité encore que n'en aurait été capable un faucon. Engagé dans une macabre danse, il alternait avec fluidité entre course, brume et acrobaties. Aussi insaisissable que l'ombre dont il était si souvent à l'image, les yeux même des démons peinèrent à suivre sa course. Plus qu'une cinquantaine de mètres. Plus qu'une vingtaine. Quinze. Il touchait au but quand une douleur immense lui traversa le dos, le projetant en avant, sa lancée prit brutalement fin sur la roche brûlante, tandis que trônait désormais dans son dos un débris de métal incandescent probablement arraché de son emplacement d'origine par une déflagration. De sa main libre, il basculait sur le flanc pour venir arracher le morceau en question, uniquement soutenu par l'une des plus belles poussées d'adrénaline de sa vie. Il garda le morceau de métal en main, au grand regret de ses doigts, pour venir placer la partie plane de ce dernier contre la plaie, quelques secondes seulement, pour arrêter les saignements. Affaiblit, au sol, et coupé de son élan, beaucoup ne semblaient plus faire attention à lui, préférant se concentrer sur les menaces bien visibles. Mais alors qu'il se redressait lentement, les muscles de son dos meurtris, un gangregarde portait son attention sur le Marchombre encore à terre, et ne tarda pas à s'approcher. Le premier coup, vertical, tira un nouveau grognement à Hanko, qui parvint non sans grande peine à rivaliser avec son adversaire, déviant le coup en soutenant sa lance de ses deux mains, il retorqua aussitôt, toujours au sol, d'un vif coup de sa lance en travers de la gorge de son assaillant. Ce dernier, après quelques spasmes, s'écroulait de tout son poids sur la lance de l'humain qu'il ne pût que lâcher sur le côté pour éviter d'être écrasé. Son regard se perdit quelques instants, happé par la fatigue, et les vertiges, tandis que, la tête dirigée vers le ciel, il contemplait les myriades de vaisseaux de la Légion qui se dirigeaient lentement vers Azeroth. Mais le pas lourd de quelque chose approchant le ramena bientôt à la réalité. Là, c'est certainement un instinct forgé depuis son plus jeune âge qui le poussa à rouler sur le côté, évitant une nouvelle lame qui frôla son cou de peu. Cela dit, la blessure de son dos, toujours en grande partie ouverte déversait lentement le sang du Marchombre au sol, emportant avec elle ses quelques forces restantes. Il se saisit d'une lame noircie à portée de main pour parer le second coup, beaucoup plus violent, du nouveau gangregarde qui lui tenait tête. Titubant quelques instants en arrière sous la puissance de l'attaque, il se redressait alors, passant à l'offensive, il feinta sur l'épaule gauche, pour pivoter à toute vitesse et envoyer la lame faucher le genoux droit. Déviant une maladroite contre-attaque, il poursuivit, ne laissant aucuns répits au démon, sa lame vint ensuite sectionner le bras armé de ce dernier, et c'est d'un dernier geste qu'il ouvrit une plaie béante dans sa gorge. Il gagnait ces quelques affrontements isolés, certes, mais dans son état, chaque victoire lui coûtait énormément. Bien trop pour un seul homme. Et alors qu'il était de nouveau début, non sans mal, bien des ennemis se ruaient déjà sur lui. Un Illidari non loin aboya quelque chose à son attention, mais, trop tard pour qu'il ne le comprenne, une nouvelle douleur, plus foudroyante encore lui traversa à nouveau le dos dans une gerbe de sang. Une étrange gène pris sa respiration, tandis qu'une épais filer de sang filtrait entre ces lèvres. Il baissait les yeux, contemplant la pointe d'une épée sortir de son ventre. Teintée de son sang. Tout autour de lui sembla ralentir, tandis que ses pensées, confuses, s'entrechoquaient. Sa vue se brouillait lentement alors que les démons se détournaient de lui. Froid. Il avait froid. Un tintement métallique se fit entendre à ses pieds, avant qu'il ne comprenne qu'il venait de relâcher son emprise sur son arme, vacillant à genoux, la lame se retira lentement. Les sons également se firent plus flous, plus diffus, et plus lointains. L'adrénaline retombant lentement, il sentait chaque blessure, chaque cicatrice de son corps le brûler, comme si les lames et les sorts en étant à l'origine étaient encore présents à cet instant. Des visions se bousculèrent dans son esprit et devant ses yeux. Aran. Azeroth. Les ruelles de Dalaran. La Pandarie. Des visagers familiers, Sérune, Eo, Aiko, Emma-... Nami… Liss-... Akim ? Etais-ce sa vie qu'il contemplait ? Il se revoyait assied sur les bancs de la place de la Cathédrale d'Hurlevent, à discuter avec l'hybride. Il se revoyait parcourir les toits de la capitale aux côtés d'Emma. Apprendre à Nami l'équitation dans les prairies d'Elwynn. Il revoyait sa rencontre avec Ewilan, leurs échanges philosophiques lorsqu'ils flânaient tout deux dans l'herbe des Carmines. Il revoyait la Pandarie, ses années passées dans les monastères, ces journées passées à former Aiko. Et puis il y eut cette vision. Il était assied, contre un mur, sur des tapis, dans une étrange pièce à l'architecture Tanarisséenne, un marché couvert semblait-il. A ses côtés, une très belle femme à la chevelure d'argent discutait avec lui. Tandis que son esprit s'éteignait lentement, une dernière pensée fila, tel la flamme vacillante d'une bougie. "Une nymphe." ~
  4. N'hésite pas à mettre en avant ta page du Kuretarpédia par ici, elle vaut clairement le coup d'être lu !

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