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Murmures
Bienvenue sur Kuretar 8.3 Ouvrez votre cœur au vide

Alynor

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  1. Il était une fois, sur une planète lointaine, une tribu de grondax cornouillus. Munies de défenses et d'une trompe, ces créatures avaient pour particularité d'être immenses et robustes, mais très lentes à cause de leur poids. Elles vivaient sur un sol très rocheux, où les falaises étaient nombreuses. Malgré leurs multiples atouts, les grondax cornouillus étaient envieux des animaux plus légers, qui pouvaient bondir et escalader à leur guise. Un beau jour, quelques grondax cornouillus décidèrent d'organiser une course d'escalade afin de se prouver qu'ils pouvaient, comme les autres animaux, faire preuve de vélocité. Un beau jour, sans que l'on ne sache exactement pourquoi, quelques membres de la tribu décidèrent d'organiser un concours : le premier grondax qui parviendrait à escalader toute une falaise. Quelques dizaines de concurrents y participèrent, grimpant lentement et avec difficulté. Toute la tribu vint alors assister à la course, curieux et amusés. Ils les encouragèrent d'abord, mais avec bien peu de conviction : "Bravo, vous n'êtes pas si mauvais !" "Continuez, c'est divertissant !" "Prenez les paris, mes amis !". Puis, après quelques minutes, les premiers grondax cornouillus abandonnèrent, et se firent réconforter par le reste de la tribu. Ils avaient essayé, ils avaient échoué, mais il est normal d'échouer ; ce n'était pas grave, les grondax cornouillus ne sont simplement pas faits pour escalader, un point c'est tout. Pourtant, quelques concurrents ne s'arrêtaient pas, et continuaient la course. D'abord surpris, les spectateurs devinrent plus méchants. Ils commençaient à s'agacer. "Bon, allez-vous arrêter vos bêtises ? Les grondax cornouillus ne sont pas capables d'escalader, c'est ainsi !" "Vous n'y arriverez jamais ! "Renoncez, vous vous ridiculisez !". Découragés, d'autres grondax cornouillus abandonnèrent alors. Ils descendirent avant de s'enfuir, honteux, sous les méchantes moqueries de la tribu. Les spectateurs se félicitèrent d'avoir pu les convaincre de revenir à la raison. De cesser de vouloir changer le destin, et d'admettre qu'il existe des prouesses impossibles à réaliser. Mais la tribu remarqua qu'il restait encore un concurrent. Il n'était pas descendu et continuait sa course, imperturbable. Il était lent, peut-être encore plus lent que les autres. Et pourtant, il persévérait. Les spectateurs se mirent à voir rouge. Mais pour qui se prenait-il ? Il s'agissait, qui plus est, d'un nouveau venu que personne ne connaissait. Se croyait-il supérieur aux autres ? Quel toupet. Les critiques devinrent alors odieuses à l'écard du malheureux escaladeur : "Tu es vraiment la honte de notre peuple !" "Pourquoi es-tu venu chez nous ? Ton ancienne tribu t'a chassé parce que tu es un idiot fini, c'est ça ?" "J'espère que tu vas tomber, espèce d'idiot !" "Tu es lent ! Le plus lent de tous !". Mais le grondax cornouillu n'en avait cure. Il continuait, lentement mais sûrement. Avec grande difficulté, mais détermination. Et, deux heures plus tard, il finit par arriver au sommet, sous le regard stupéfait de toute la tribu. Il descendit ensuite de la même manière, à son rythme. Mais cette fois, nul n'osait plus lui faire la moindre critique. Dès qu'il fut descendu, beaucoup s'approchèrent du grondax cornouillu pour connaître son secret. Pour comprendre comment il avait réussi, là où n'importe qui aurait échoué. Et en s'approchant, les membres de la tribu remarquèrent que le champion était sourd.
  2. Il était une fois, durant les guerres trolles, un roi verdâtre aussi rusé que méchant. À cette époque, de nombreux châteaux fortifiaient le sud de Quel'thalas, empêchant ainsi les invasions trolles. Ayant constaté la puissance de cette défense, le roi troll élabora un plan des plus vicieux. Il passa de longues années à former une immense armée, et à les former à l'art du siège. Puis, un beau jour, il décida de diviser son armée en de multiples sections. Cinquante sections de cent guerriers, et une section de trois-mille guerriers. Il envoya ainsi sa section la plus nombreuse en direction du nord. Apprenant par ses éclaireurs qu'une puissante armée trolle se dirigeait vers la capitale, le bon roi Anasterian décida de lever à son tour une armée. Ainsi, il demanda à tous les seigneurs du sud de lui confier les trois quarts de leur garnison afin de former l'ost. Chacun des châtelains accepta, loyal envers son roi. Ce fut également le cas du Sire de Fort-aux-Lynx, un magnifique château forestier tout en pierre conçu. Ce beau sire, qui venait de fêter son mariage avec sa douce dame, partit prêter main forte à son roi avec quarante de ses gardes, laissant une dizaine de guerriers afin de protéger sa tendre épouse. Il partit également avec des vivres pour sa troupe, afin de ne pas dépendre de la nourriture de son roi. Mais alors que le beau Anasterian, fort de sa grande armée, engageait la bataille avec la horde trolle, le roi verdâtre mit son affreux plan à exécution. Il envoya alors toutes ses petites sections assiéger les châteaux elfiques, afin de piéger les femmes et les enfants. Fort-aux-Lynx fut le premier à être encerclé, à la surprise et à la terreur de la châtelaine désormais seule à diriger. Pire encore, le cruel roi avait décidé d'assiéger lui-même cette forteresse, impressionné par sa beauté. Il s'y voyait déjà seigneur. Pour ce château comme pour les autres, les trolls décidèrent ainsi d'affamer les défenseurs. À Fort-aux-Lynx, les jours et les nuits passèrent et se succédèrent, sans que les attaquants ne faiblirent. Les vivres vinrent à manquer. Pendant ce temps, la bataille entre les deux grandes armées s'éternisait, empêchant le roi Anasterian comme les châtelains de recevoir la moindre nouvelle de leurs demeures. Deux semaines plus tard, comme tous les matins, le châtelaine de Fort-aux-Lynx se dirigea dans les greniers et les fermes afin de compter les vivres. Elle s'aperçut avec effroi qu'il ne leur restait plus qu'un sac de graine et un faucon-pérégrin bien amaigri. Les gardes qui l'accompagnaient poussèrent un cri de désespoir. Alors que tout semblait perdu pour les défenseurs, la dame eut alors une riche idée. Au lieu de se nourrir de cette faible pitance, elle ordonna d'engraisser le faucon-pérégrin le plus rapidement possible. Ce que les gardes firent. Quelques jours plus tard, le gallinacé était déjà devenu bien gras. Mais la châtelaine ordonna de continuer deux jours de plus, jusqu'à ce que le faucon-pérégrin soit tout simplement énorme. Alors que les défenseurs s'attendaient à préparer l'oiseau gras pour un ultime festin, la châtelaine provoqua la stupeur générale : "libérez l'oiseau. Jetez-le du haut des remparts. Il saura atterrir sans se faire mal.". Devant l'hésitation des gardes, la châtelaine décida de le faire soi-même. Et elle guida le gallinacé vers les remparts, sous le regard effaré des habitants. Puis la châtelaine fit tomber le faucon-pérégrin sous l'œil surpris des assaillants, qui virent l'oiseau incroyablement gras atterrir, avant de s'enfuir dans la forêt. Toute l'armée trolle fut alors désemparée : "Cwuel roi ! Vous nous aviez promis que les Elfes allaient mouwwir de faim ! Et les voilà qui jettent des oiseaux tout gwas !". Convaincu que les Elfes disposaient de tant de nourriture qu'ils devaient en jeter, le roi verdâtre décida de lever le siège. Il abandonna également l'ensemble de son plan, et rappela son armée à Zul'aman. Tous les guerriers trolls se retirèrent, honteux et défaits. Ils ne se risquèrent plus jamais à assiéger une capitale thalassienne, persuadés que les Elfes disposaient d'un secret pour posséder une telle abondance de vivres.
  3. Il était une fois, dans un monde régi par les pâtissiers et les viennoisiers, un jeune apprenti qui venait de fêter ses vingt années. Il vivait dans la cité bleue, et travaillait dur pour apprendre le métier de son maître. Dans cet univers fantasque, la société fonctionnait avec un système d’échange : une belle maison coûtait mille croissants. Pour le même prix, le rêve du jeune homme était de faire construire sa propre boulangerie. Mais son maître, qui avait grand besoin de lui, essayait subtilement de lui faire oublier ce projet. En toute bonne foi, il lui parla alors d’un concept alternatif : la Boulangerie Royale. Au lieu de vendre des viennoiseries pour acheter sa propre enseigne, cet organisme lui permettait d’obtenir des intérêts pâtissiers : il dépose dix croissants et, l’année suivante, il en possèdera onze. Bien qu’il ne fût pas très séduit par ce principe, le jeune boulanger avait grande confiance en son maître. Il se rendit donc à la Boulangerie Royale, muni d’un unique croissant : ses économies de la semaine. Il fut bien vite accueilli par un membre du personnel, qui lui proposa d’ouvrir un compte de boulangépargne. L’employé lui demanda donc de donner sa pâtisserie pour débuter l’aventure. Hélas, le croissant du jeune apprenti n’était pas conforme au Code de la Boulangerie. En effet, la pâtisserie avait été trop cuite, et des traces noires étaient bien visibles sur le dessous. Les règles étaient très strictes, et son gâteau était considéré comme impropre. En plus de le refuser, le personnel fut obligé de confisquer le croissant afin de le détruire. Bien que cruel, ce règlement évitait que des pâtisseries de mauvaise qualité - voire de fausses pâtisseries - circulent dans le commerce. « Rendez-moi mon croissant ! », exigea le malheureux apprenti. Mais ses paroles restèrent sans réponse. Larmoyant, il se mit à hurler. Encore et encore. Bientôt, le bâtiment entier put entendre ses plaintes : « Rendez-moi ma viennoiserie ! Vous n’avez pas le droit ! ». C’est alors que des pâtissiers fortunés, venus se renseigner sur la spéculation de leurs viennoiseries, écoutèrent avec stupeur les cris du jeune apprenti. Ils crurent que le garçon était un boulangépargnant venu retirer des sucrosités : la boulangerie royale refuserait-elle de rendre leurs viennoiseries aux artisans ? Serait-elle en faillite ? Il ne fallut que quelques minutes pour qu’une panique générale éclate. De nombreux pâtissiers, même les plus riches, vinrent se presser aux guichets pour réclamer leur boulangépargne. Le directeur-gourmand de la boulangerie royale tenta de rassurer les artisans, en leur expliquant que ce n’était qu’une fausse alerte. Mais les pâtissiers n’en croyaient pas un mot. Ne comprenant pas la situation et conscient d’avoir fait une bêtise, le jeune apprenti décida de prendre la fuite. Face à l’agressivité désespérée des artisans, le directeur-gourmand n’eut d’autre choix que d’ordonner un remboursement général. « Nous avons les sucrosités nécessaires », lança le professionnel expérimenté, bien réputé pour son sang-froid. Les artisans récupérèrent alors leurs gâteaux, et repartirent d’un pas pressé. Le personnel de la boulangerie royale se félicita de cette affaire résolue. Les équipes, très aguerries, étaient persuadées que les artisans redéposeraient leurs viennoiseries dès qu’ils se rendraient compte de la fausse alerte. C’était hélas sous-estimer l’ampleur d’une panique sucrée. À peine quelques heures plus tard, des milliers d’artisans vinrent demander leurs viennoiseries. Car les pâtissiers ne s’étaient pas fait prier pour informer leurs comparses de la catastrophe-gourmande qui, selon eux, était en cours. Paniqué, le personnel de la viennoiserie tenta d’abord de canaliser la foule. Totalement en vain. L’émeute semblait imminente. La boulangerie n’avait pas suffisamment de sucrosités pour rembourser ne serait-ce qu’un quart des boulangépargnants. Même la boulangerie royale de Forgefer ne pourrait pas leur venir en aide. C’est alors que le directeur-gourmand, les larmes aux yeux, se résolut à faire ce qu’il espérait éviter. Pactiser avec le Diable Sucré. Celui-ci était très malin et quelques années plus tôt, il avait offert un appareil en cadeau au directeur. Une curieuse machine, permettant de le contacter instantanément et de lui parler au travers d’une boîte. Il savait qu’un jour, le directeur aurait besoin de le faire. Le malheureux utilisa effectivement la terrible machine, et une voix gobeline ne tarda point à lui répondre. À une journée de navire de Hurlevent, à la Baie-du-Butin, un pâtispéculateur se pourléchait les babines. Quand le directeur lui expliqua la situation, le gobelin prit sa voix la plus mielleuse : « Ah, bah, j’vais régler votre problème en un rien d’temps ! On s’tient au jus, hein ? ». Quelques heures plus tard à peine, d’immenses chariots de pâtisseries arrivèrent devant la boulangerie royale, face aux artisans en panique. Le directeur et ses équipes purent alors rendre leurs délices à tous les viennoisiers présents. En échange de son aide, le pâtispéculateur a exigé le remboursement des viennoiseries, avec des intérêts de 5 % par an. Ceci dit, le contrat n’était pas à durée déterminée ; le directeur était donc libre de réaliser le remboursement dès qu’il le pouvait, sachant que le délicieux-crédit tournait à son grand désavantage. Une réserve avait toutefois été émise par l’invespâtisseur : le droit de récupérer immédiatement ses gâteaux en cas de force majeure. La moitié des boulangépargants ne s’étaient pas laissé impressionner par la rumeur. Ou ils ne l’avaient tout simplement pas entendue. La boulangerie royale put donc continuer à fonctionner, mais sa mauvaise réputation l’empêcha de gagner de nouveaux clients. Or, la boulangerie avait impérativement besoin d’artisans pour espérer rembourser son crédit rapidement. Le personnel alla donc de démarchage en démarchage, afin de regagner péniblement les cœurs-gourmands. Cette nouvelle activité prit tant d’ampleur que la boulangerie royale n'avait plus le temps d'effectuer sa veille-délicieuse, en contrôlant les flux sucrés de Hurlevent et des villes partenaires. Le directeur ne se rendit même pas compte qu’une guerre boulangère avait éclaté à la Baie-du-Butin. Et hélas, c’est par une lettre qu’il l’apprit... plusieurs mois plus tard. « Yo. Monsieur le gourmand-directeur. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que la Baie-du-Butin est désormais en banane-flambée. Notre patron a immédiatement besoin de ses pâtisseries pour lever des fonds-de-tarte. C’était l’accord, aussi sucré soit-il ! ». Tout alla très vite. Afin de rembourser rapidement l’invespâtisseur, le directeur fut contraint de récupérer toutes les pâtisseries investies dans des produits, c’est-à-dire des restaurants, traiteurs et salons de thé du Royaume. L’établissement rompit tous les contrats de la boulangerie royale avec ses partenaires, et envoya des créansucrés pour récupérer immédiatement les gâteaux. Outrés, les patrons des entreprises portèrent alors plainte au Tribunal de la Brioche, et se mirent en grève. Informé de la catastrophe-gourmande, un juge ordonna la suspension de tous les versements sucrés par la boulangerie royale. La nouvelle fit le tour des journaux, les derniers boulangépargants s’assemblèrent devant la boulangerie… pour apprendre qu’ils ne récupéreraient jamais leurs viennoiseries. En effet, tous leurs gâteaux - autrefois investis dans des délicieux-produits - avaient été utilisés pour rembourser l'invespâtisseur ou pour dédommager les clients les plus riches en sucres. Les clients pauvres en sucres, tout comme les boulangépargnants, allaient rester en reste. Ils virent bientôt un homme se laisser tomber de la plus haute fenêtre. Le directeur. Larmoyant, épuisé et tout à fait mort. Il tenait dans sa main une lettre, confessant ses fautes et implorant le pardon. Le texte se terminait par la mention : « Ouvriers comme notaires, nous sommes tous des boulangers ». ___ Chers amis boulangers, pâtissiers et viennoisiers. Dans l’éventualité où une boulangerie royale se créerait dans la capitale, songez-y à deux fois avant de lui confier toute votre vie. Et dans le cas où un organisme très similaire aurait déjà vu le jour ; où vous seriez déjà tombés dans son piège ; agissez sans tarder. Le Gobelin attend.
  4. Il y a du niveau ! C'est super beau et intense. La conclusion est à la fois triste et douce.
  5. C'est vraiment adorable. J'adore la fin. 🥰 Un vrai conte du Voile d'Hiver.
  6. Très intense, j'adore le style d'écriture. Le début est entraînant, et la fin serre le cœur. Difficile d'y être insensible.
  7. Très joli et émouvant ! J'apprécie beaucoup l'interprétation du thème. Et un coup de cœur pour la personnification de la lune et du soleil.😍
  8. Il était une fois, dans les contrées australes de Quel’thalas, une douce demoiselle qui vivait auprès de son père, le très sage seigneur de Beaumarais. La jeune fille avait été promise à un charmant et galant jeune homme, fils et héritier du seigneur de Chantenuit. Ce mariage arrangé fut l’un des rares - et la rareté est chose divine - à être désiré tant par la fille que par le garçon. Leurs intentions étaient pures, et non empoisonnées par les démons de la luxure. Tombés amoureux dès leur première rencontre, les deux jouvenceaux n’aspiraient qu’à une chose : être réunis pour la vie, et profiter chastement de leur passion. Dans sa grande élégance, le garçon avait, lors de leur dernière rencontre, offert une magnifique bague à la demoiselle, en lui promettant de revenir dans les prochains jours pour célébrer leur union. Cependant, le jeune garçon était un chevalier. Il avait récemment reçu l’ordre royal de traquer et de capturer une cruelle sorcière, réputée pour ses terrifiants maléfices. Puissant et courageux, il avait décidé d’accepter la mission, et de revenir victorieux auprès de sa promise. Infiniment heureuse du mariage à venir et confiante dans la victoire de son aimé, la demoiselle décida de partir pour une longue et belle promenade au bord de l’étang bordant le château de son père. Elle sourit, émerveillée, à la vue des nombreuses grenouilles et des quelques lézards qui peuplaient ce petit monde. Mais c’est alors que, prise dans ses rêveries, la fille fit tomber sa bague de fiançailles dans le marais. Elle se mit à pleurer de désespoir, imaginant la peine de son promis et la déception de son père, en la voyant ainsi délestée de sa si belle bague. Mais soudain, la jeune fille entendit une voix très étrange provenir de l’eau ; elle ne rêvait pas, il s’agissait bien d’une grenouille parlante ! « Voyons, douce demoiselle. Il n’y a pas lieu de pleurer pour cela. J’accepte de retrouver votre bague si, en retour, vous acceptez que je vive avec vous pour toujours. » La jeune fille, d’abord troublée et effrayée par ces paroles, finit par se dire qu’elle n’avait pas le choix. En outre, elle pensa que jamais un tel animal n’oserait s’éloigner de l’étang. Ainsi, une fois la bague retrouvée, elle n’aurait qu’à courir en direction du château, et oublier définitivement cette mésaventure ! Elle accepta donc, et la grenouille, en l’espace de quelques secondes, lui rapporta sa jolie bague. Remerciant le batracien, la jeune fille se mit alors à partir en direction du château. Mais alors qu’elle pensait être seule sur la route, elle aperçut avec surprise que le crapaud la suivait à vive allure. Les yeux larmoyants, elle comprit alors qu’elle avait fait une grosse bêtise. Elle prit donc le crapaud avec elle, et le conduit dans les jardins du château, où une mare côtoyait les arbustes. La demoiselle alla donc précipitamment voir son père, pour lui raconter ce qui venait de lui arriver et lui demander de l'aide. Cependant, le seigneur réprimanda sévèrement sa fille, en lui expliquant qu’un noble doit toujours tenir ses promesses. Le père, malheureux depuis la mort de sa femme, ne vivait désormais que pour son enfant, en veillant à ce qu'elle ait la meilleure éducation possible. Il ordonna donc à sa fille de prendre le crapaud à ses côtés, et de vivre avec lui comme elle l'avait promis. Et c’est ainsi que le crapaud accompagna la jeune femme dans toutes ses promenades, mais également durant ses repas, où il avait même l’audace de manger dans son assiette. Ecœurée, la demoiselle dut toutefois consentir à cela, et finit par s’y habituer à contrecœur. Ainsi, la grenouille vivait dans la mare du château, et suivait la femme dans ses moindres déplacements. Mais bientôt, le crapaud ne se contenta plus de la mare, et il demanda à dormir dans le lit de la jeune fille. À la fois dégoûtée et effrayée, la femme accepta, les larmes aux yeux. Elle se rassurait en pensant que le retour de son promis était proche, et que la présence de celui-ci dans son lit ferait bientôt fuir la grenouille. Toutefois, alors que la jeune fille s’était préparée pour la nuit et allongée dans son lit, elle eut la terreur de voir la grenouille se pencher devant son visage pour l’embrasser. Sous le coup de la surprise, la demoiselle ne réagit pas aussitôt. Ce n’est qu’après plusieurs secondes qu’elle repoussa l’animal, avec la plus grande force. Dans sa terreur et sa colère, la jeune fille saisit alors le batracien, et le projeta violemment contre le mur. C’est alors qu’une impressionnante aura arcanique se dégagea de l’animal. Celui-ci s’avérait en réalité être le galant fiancé de la jeune fille, prisonnier d’un affreux maléfice. Le jeune homme espérait sans doute que sa promise le libère, mais le sortilège l’empêchait de dévoiler son identité. Hélas, la puissance du choc avait été dévastatrice, et nul ne pourrait survivre à un tel impact. Saignant de toutes parts, les os entièrement brisés, le pauvre garçon avait instantanément rejoint les Etoiles. Pleurant à chaudes larmes, la malheureuse demoiselle était rongée par les remords et le chagrin d’amour. Dans son désespoir, elle se précipita vers la fenêtre et se laissa doucement glisser. La chute fut effrayante, mais la remontée au ciel fut réconfortante. Dans l’au-delà, auprès de la Sainte Lune et de ses Astres, son amoureux lui avait déjà pardonné. Ainsi réunis, ils furent enfin libérés de ce monde cruel, et purent profiter de leur tendre affection pour l’éternité. Effaré à l'entente de la nouvelle, le père de jeune fille s'en alla paisiblement nouer une corde à l'arbre sous lequel il avait coutume de méditer. Monté au ciel auprès des Astres, il rejoignit son épouse bien-aimée et fut présent avec elle pour unir les deux amoureux par les liens sacrés du mariage, sous l'œil bienveillant de la Sainte Lune. Les quatre protagonistes furent infiniment heureux, et ce à tout jamais.
  9. Il était une fois, dans la forêt d’Elwynn, un enfant murloc qui vivait auprès d’une famille de fermiers humains. Il n’avait jamais connu sa maman ni son papa qui vivaient au milieu du lac de cristal. En effet, quelques années plus tôt, alors qu’il était encore dans son œuf, une violente tempête avait éclaté dans la région. C’est alors que l’œuf avait été emporté à l’eau et s’était échoué de l’autre côté du lac. Par miracle, l’œuf resta intact et parvint à éclore : un magnifique têtard multicolore en sortit. Aussi, le bébé innocent eut la chance immense de croiser le chemin d’un couple de paysans qui, voulant lui éviter un sort funeste, le cachèrent des chasseurs et le prirent sous leur aile. Ils décidèrent de le nommer Clément, en espérant que cela lui porterait chance. Et c’est ainsi que l’enfant fit bientôt partie de la famille, tout comme les trois enfants du couple, avec qui il s’entendait à merveille. Les gentils fermiers lui apprirent à s’exprimer avec des signes, puisqu’il était incapable d’articuler comme le faisaient la plupart des elfoïdes, y compris les humains. Ils lui enseignèrent également de nombreuses compétences telles que la cuisine, le secourisme ou la couture. Ceci dit, l’enfant ignorait encore que d’innombrables personnes, même celles qui se disent généreuses, étaient prêtes à l’occire sans aucune raison autre que sa race. Ne voulant pas prendre le moindre risque et souhaitant préserver son innocence, les paysans limitaient alors ses déplacements. Il ne travaillait donc jamais à la ferme, et n’accompagnait jamais les parents pour aller chasser. Cela d’empêchait pas le couple de le gâter, que ce soit en bisous ou en sucreries. Ainsi, l’adorable murloc ne manquait jamais d’attention, ni de tendresse. Malgré sa peine de ne pas être comme les autres et de ne pas savoir d’où il venait, il était très heureux. Bien sûr, il ne savait même pas qu’il existait d’autres personnes telles que lui. Il était persuadé d’être simplement malade, et s’imaginait que c’était pour cette raison qu’il ne pouvait pas sortir. Mais alors que l’enfant murloc allait vers sa dixième année, soit l’âge adulte pour sa race, le monde paysan connut une grande difficulté. En effet, une importante sécheresse se produit pendant de nombreux mois, et les récoltes furent mauvaises. Et car le malheur ne vient jamais seul, l’hiver fut, à son tour, particulièrement rude. Ainsi, les denrées vinrent rapidement à manquer chez la plupart des paysans. Cependant, la famille de fermiers étaient des gens très prévoyants, qui avaient anticipé une telle catastrophe, et disposaient de nombreuses réserves accumulées par un dur labeur : fruits secs, confitures, salaisons, et autres victuailles leur permettant de survivre jusqu’à l’année prochaine. Mais le caractère économe et la générosité de sa famille d’adoption était connue dans toute la région, et les voisins ne manquèrent pas d’en profiter. Ainsi, de nombreux paysans moins prévoyants vinrent leur demander une part de leurs réserves, certains n’hésitant pas à les supplier car ils les savaient gentils. Le cœur tendre, le couple ne put se résoudre à les abandonner à leur sort, et partagèrent avec eux la nourriture. Après tout, le Voile d’Hiver, temps des partages, arrivait à grands pas. Les profiteurs étaient si nombreux qu’ils envahissaient la maison et, sans même que les parents ne s’en soient rendus compte, beaucoup des voisins aperçurent le délicat murloc. Vêtu et habillé à la mode des humains, son statut dans la famille ne faisait aucun doute. Donnant leur nourriture sans compter, les paysans ne se rendirent compte qu’après coup qu’il ne leur restait presque plus rien pour survivre eux-mêmes. Le murloc, attristé par leur détresse, se mit à pleurer. Dans un élan d’espoir, les parents se mirent à prier la Lumière, qui ne leur répondit jamais. Et dans un soupir de désespoir, ils s’essayèrent à prier la Lune qui Elle, leur fit réponse. Mais c’est au doux murloc qu’Elle s’adressa. - Délicate créature, ton nom n’est pas Clément, mais Mrglglbl. « Le magnifique arc en ciel ». C’est ainsi que tes parents désiraient te nommer, en voyant la beauté multicolore de ton œuf. Tu n’es pas différent, ni malade : tu appartiens simplement à une autre race. Cours en direction du lac de cristal, là où tu es né, et fais ce que tu as à faire pour sauver ta famille. Cela viendra seul, mon enfant. Toute la famille fut stupéfaite par ce qu’elle venait d’entendre. Troublé mais infiniment enhardi, Mrglglbl se mit alors à courir sans s’arrêter, apercevant alors le lac dont la Déesse lui avait parlé. Et c’est là qu’il découvrit une infinité de poissons, si nombreux qu’ils ne pouvaient qu’à peine nager. Emerveillé par ce miracle du Voile d’Hiver, le murloc découvrit également ses instincts raciaux : lui qui n’avait jamais pêché ni même aperçu un poisson vivant, n’eut pourtant pas le moindre mal à en saisir une immense poignée. Il revint alors triomphalement à la maison, ramenant son butin à ses parents adoptifs ainsi qu’à ses adorables frères et sa sœur, qui en avaient tous les larmes aux yeux. Guillerette, toute la famille se pressa de mettre les poissons dans le sel pour en faire leurs 30 prochains repas. Mais malgré sa joie d’avoir rendu la famille fière et les avoir remerciés à sa manière, Mrglglbl était profondément troublé par les paroles de la Lune. Il souhaitait désormais comprendre qui il était, et qui étaient ses vrais parents. Ainsi, pendant la nuit, le jeune murloc s’éclipsa en direction du lac. Il se jura de revenir le plus vite possible auprès de sa famille. Tremblant d’appréhension, il se mit alors à nager vers le centre, espérant alors retrouver les siens et comprendre qui il est. Au réveil, les parents se rendirent dans la chambre du murloc, tous sourires. En effet, le Voile d’Hiver était arrivé et le couple avait préparé un très joli cadeau pour leur bébé. Hélas, ils découvrirent avec stupeur que leur adorable protégé n’était plus là. Ils imaginèrent que le jeune murloc avait décidé de partir à nouveau à la pêche, et leur reviendrait le plus vite possible. Malgré leur inquiétude, ils décidèrent de lui faire confiance. Hélas, les heures passèrent, sans qu’ils n’aient aucune nouvelle. À la fin de la journée, ils décidèrent de partir à sa recherche près du lac, mais ils ne trouvèrent hélas aucune trace de lui. Par ailleurs, le miracle étant terminé, le lac gelé se trouvait désormais vide de poissons, ce qui excluait la possibilité que leur enfant adoptif soit en train de pêcher. Ils vinrent alors à pleurer de désespoir et de peur, jusqu’à ce qu’ils entendent une petite voix les appeler. Il s’agissait d’un orphelin, vêtu en haillons, à qui ils avaient offert de la nourriture une semaine plus tôt. Le jeune garçon expliqua avoir suivi le murloc afin de le protéger, puisqu’il le savait ami de la famille bienfaitrice. Il dit ensuite l’avoir vu nager jusqu’au milieu du lac. Cependant, il aurait ensuite aperçu la pauvre créature se faire encercler par les autres membres de la tribu, et ne jamais revenir. Inquiet, le garçon a donc prévenu tous les paysans alentours de la situation. Et avant même que la conversation ne soit terminée, une trentaine de fermiers arrivèrent, armés et chargés de plusieurs barques. Ils semblaient déterminés à traverser le lac pour en découdre avec les murlocs. La famille reconnut alors leurs voisins à qui ils avaient offert de la nourriture. Ceux-ci expliquèrent alors que le garçon leur avait tout raconté, et qu’ils s’apprêtaient à rembourser leur dette. Pauvres de sous mais riches d’honneur, les paysans étaient parés à risquer leur vie pour sauver un « simple murloc ». Car humain ou non, il restait le fils de leurs amis qui les avaient sauvés de la famine. Poussant alors de grands cris pour se donner courage, les paysans mirent leurs barques à l’eau, et se dirigèrent vers le centre du lac. Les murlocs commencèrent à rugir, se préparant probablement au combat. La famille suivit dans le dernier bateau, afin de pouvoir reconnaître leur enfant et le tirer des griffes des méchants. Et bientôt, alors que les premières barques venaient d’accoster, le silence remplaça les hurlements. Les fermiers, tantôt déterminés et enragés, semblaient troublés et hésitants. Ils restaient figés sur les côtes, sans daigner attaquer. Et lorsque les parents approchèrent, ils virent les deux troupes se faire face, prêtes au combat, alors que trois murlocs s’étaient avancés au milieu : Mrglglbl et ses deux parents, serrés l’un contre l’autre, pleuraient en tentant désespérément d’empêcher la bataille. Les parents découvrirent que Mrglglbl avait retrouvé ses parents, et qu’ils étaient tous les trois très heureux. Un peu plus loin sur l’île, sur un coquillage géant, des poissons avaient été déposés, et les enfants murlocs étaient attablés tout autour : c’était l’heure du repas. Les créatures s’apprêtaient probablement à faire la fête, avant que les humains ne les attaquent. Durant de longues minutes, les deux troupes continuèrent à s’observer, d’un regard mêlé entre la surprise, la méfiance et la gêne. Et après quelques instants, ils se mirent tous à fondre en larmes, lâchant leurs armes et faisant de grands gestes expressifs pour s’excuser. La magie du Voile d’Hiver avait opéré. C’est ainsi que les murlocs et les humains comprirent qu’ils étaient tous pareils. Ils choisirent de célébrer ensemble la fête et décidèrent que désormais, une trêve aurait lieu tous les ans pour cette si belle occasion. Encore aujourd’hui, la trêve du Voile d’Hiver marque l’arrêt de tous les combats entre les doux elfoïdes et les gentils murlocs. Si chez les humains et autres elfoïdes, le Grand Père Hiver reste le héros de cette belle période, chez les murlocs, ce moment de paix sera toujours celui de Mrglglbl le magnifique.
  10. Il était une fois, au temps du beau roi Anasterian, une famille de maraîchers enrichis qui venait de s’installer à Lune-d’Argent, dans le beau quartier de la Bourse Royale. Bien que fiers de leurs origines et amoureux de la campagne, ils aspiraient à une vie plus urbaine afin d’offrir la meilleure instruction à leurs trois enfants. Hélas, rien ne s’était déroulé comme prévu. Méprisés pour leurs vêtements ordinaires, pour leurs manières simples et pour leur méconnaissance de la mode, ils avaient un grand mal à se faire accepter des riverains. Arrivés à l’académie, les enfants étaient quotidiennement moqués par leurs camarades ; on les affublait des injurieux surnoms de « croquants » et de « rustauds ». Les parents, eux, étaient royalement ignorés par les bourgeois et les nobles de la cité. Jamais invités aux événements mondains, ils avaient également grand mal à trouver de bons investissements. Communautaristes et élitistes, les notables de la cité faisaient tout pour que la famille retourne à la campagne. Les deux parents étaient très souvent la cible de tentatives d’escroquerie, parfois grotesques, car les riverains sous-estimaient leur intelligence. Leurs vils essais se soldaient toujours par un échec cuisant, et par une humiliation publique, peu volontaire, de la part des « rustauds »… ce qui n’améliorait pas leurs relations avec les élites de la cité. Ayant vite compris que les maraîchers étaient bien plus malins que le disait la rumeur, les bourgeois oublièrent l’idée de les ruiner, et décidèrent tout simplement de les mettre complètement à l’écart. Ils étaient fuis comme la peste, personne ne répondait à leurs salutations ni à leurs mots gentils. Et puisque les parents étaient trop intelligents pour les bourgeois, ceux-ci ne tardèrent pas à s’en prendre aux enfants. Lorsque les poupons se rendaient en ville pour acheter des bonbons, la pauvre confiseuse avait reçu l’ordre formel de leur dire « voyons, vous êtes déjà gros et vos dents déjà gâtées. Voulez-vous aggraver votre cas ? ». Lorsque la plus jeune sœur demandait gentiment au marchand de jouet de lui offrir une poupée qui lui ressemblait, le vendeur, les larmes aux yeux, était contraint à lui donner une peluche en forme de troll hideux. Très vite, la famille devint malheureuse, et les enfants ne voulurent plus sortir de chez eux. Ils pleuraient chaque nuit, en se demandant pourquoi les gens étaient si cruels à leur égard, eux qui ne voulaient que se faire des amis. Cependant, les deux parents parvinrent à rassurer leurs enfants, et leur promis que très bientôt, ils seraient aimés de tous. Afin de s’intégrer enfin auprès de la coterie mondaine, les ingénieux maraîchers décidèrent d’organiser un grand bal dans leur propriété, et d’inviter l’ensemble de leurs voisins. Mais en plus d’honorer les citadins en leur offrant une belle célébration, ils décidèrent de faire une référence directe à leurs origines, espérant ainsi éveiller les consciences et prouver que les campagnards pouvaient organiser de somptueuses réceptions. Aussi, leur bal serait celui des oranges, et célébrerait la cueillette de ces fruits - une cueillette survenant toujours à la fin de l’année. Les maraîchers étaient d’une grande intelligence, et le thème n’avait point été choisi par hasard : il était bien connu que les élites thalassiennes appréciaient tout particulièrement le jus d’orange, le sorbet à l’orange sanguine et surtout la fleur d’oranger, très en vogue, que l’on utilisait pour parfumer le thé et les biscuits. L’annonce du bal fut très bien accueillie, et la plupart des bourgeois furent surpris et ravis d’être invités. Beaucoup en profitèrent pour s’excuser auprès de la famille maraichère, expliquant les avoir boycottés sous la pression de la corporation des joailliers, hostile envers les paysans car ceux-ci sont rarement impressionnés par les bijoux. Il en allait de même pour un grand nombre de corporations thalassiennes, notamment liées aux Arcanes, qui gagnaient à ce que leurs clients ne connaissent rien d’autre que la vie urbaine, et soient habitués aux plaisirs artificiels en oubliant la nature. De tous temps, les ruraux, plus proches du mode de vie darnassien que thalassien, ont été haïs des vendeurs de luxe. Ils étaient bien trop lucides pour se laisser aveugler par ce qui brille. À tout le moins, les gens de la province étaient ceux de la Lune, quand les gens de la capitale étaient ceux du Soleil. - Si Lounie avait eu le choix à la naissance, elle aurait choisi sa reine la Lune mais hélas, le destin l’a fait vivre sous les rayons du tyran Soleil. - Toujours est-il que le bal fut organisé : la demeure fut majestueusement décorée à l’occasion, chaque petit détail rappelant le thème des oranges. Le bal devait se dérouler dans le jardin intérieur de la demeure, où des dizaines de petits orangers étaient présents. L’odeur qui embaumait les lieux était exquise. Le bal se déroulait en pleine nuit, et était éclairé par des lanternes arcaniques, dont la conception rappelait celle des kaldoreis. La famille avait fait un immense effort pour honorer leurs invités ; malgré ce que les mauvaises langues auraient pu imaginer, ils avaient revêtu des tenues de toute beauté, et parfaitement adaptées à leur nouveau rang de bourgeois. Toujours dans le jardin intérieur, un somptueux banquet avait été dressé, et associait habilement les mets urbains aux victuailles rurales. La réception fut très belle, et une trentaine d’invités merveilleusement vêtus se pressèrent pour apporter des cadeaux de toutes sortes à leurs hôtes. Ils félicitaient la famille pour leur bel accueil, pour leur élégance et pour la beauté des lieux. Rarement le couple de maraîchers n’avait été si heureux. Les bourgeois, eux-mêmes, avaient rarement été aussi impressionnés par la beauté d’un bal. La famille avait toutefois un regret de taille : aucun des bourgeois appartenant à la corporation des joailliers ne s’était présenté à la fête. Cependant, ils oublièrent bien vite cette déception pour se concentrer sur la belle soirée à venir. Mais tandis que le bal s’annonçait féerique, des cris monstrueux se mirent à retentir depuis le salon. Et très bientôt, cinq créatures firent irruption dans les jardins, terrorisant les convives. Il semblait s’agir de trolls, habillés dans une tenue caricaturale de paysans. Ils portaient des massues en bois, et des boucliers comportant l’insigne de la famille de maraîcher. Ils agitaient leurs armes en direction des participants afin de les effrayer. Bien entendu, les invités comprirent assez tôt qu’il s’agissait de simples déguisements… et d’une très mauvaise blague. Néanmoins, les insignes de la famille laissaient planer un sérieux doute aux invités : et s’il s’agissait d’une farce organisée par les maraîchers, pour se venger en ridiculisant les bourgeois ? Curieux, l’un des invités alluma une torche arcanique et s’approcha des cinq « monstres ». Ce qu’il ne savait point, c’est que les costumes utilisés étaient extrêmement inflammables. En l’espace d’une seule seconde au contact de la torche, tous les déguisements s’embrasèrent. D’horribles hurlements retentirent. Les mauvais farceurs se mirent à courir et à se rouler au sol pour tenter d’éteindre le feu, en vain. L’incompréhension était générale, et personne ne semblait en mesure de réagir… la mort semblait inévitable. Mais aguerris par leur ancien métier de maraîcher et habitués aux feux de forêt, le père et la mère surent exactement quoi faire. Ils commencèrent à incanter pour invoquer des sphères d’eau, et les briser au-dessus des convives enflammés. Le premier fut sauvé. Puis le deuxième. Puis le troisième. Hélas, dans la panique, les deux derniers s'étaient mis à courir dans toute la salle de bal, obligeant le couple à utiliser une quantité phénoménale d’eau, et donc de mana, pour les aider. Ils utilisèrent toutes leurs capacités pour tenter de sauver les brûlés. Pendant ce temps, les farceurs sauvés durent retirer leurs déguisements ; il s’agissait, sans grande surprise, de jeunes bourgeois qui appartenaient à la corporation joaillière, et qui espéraient sans-doute gâcher la fête. Après s’être occupés du cinquième avec grande difficulté, les deux amoureux s’effondrèrent à genoux, vidés de toutes leurs forces arcaniques. Épuisés, ils étaient persuadés d’avoir pu sauver tout le monde. Hélas, il restait un jeune homme, l'un des gentils invités, dont les mains étaient en flammes car il avait tenté d’aider les brûlés. Voyant que leurs parents n’étaient pas en état d’agir, les trois enfants maraîchers se précipitèrent, en tentant d’invoquer des sphères d’eau, alors qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant. Malheureusement, la magie ne s’improvise pas, et les enfants ne firent qu’envoyer une simple répulsion inversée, sauvant les mains du jeune homme, mais projetant le feu en leur propre direction. Bientôt, les trois enfants furent en flammes. Paniqués, ils se précipitèrent vers leurs parents qui, effondrés, tentèrent dans un geste vain d’éteindre le feu en les serrant contre eux. Hélas, le feu était bien trop puissant, et cette étreinte devint très vite un geste d’amour désespéré. Hurlant et pleurant de douleur, ils cherchèrent de l’aide auprès des convives qui, tétanisés, étaient incapables de faire quoi que ce soit. Tous assistaient à la scène, impuissants et benêts. Les maraîchers fermèrent bientôt les yeux, car la fumée les aveuglait. Lune merci, après quelques instants de souffrance, les cinq elfes furent définitivement soulagés de leur mal. Ils rouvrirent les yeux, se serrant toujours précieusement l’un contre l’autre, telle une famille unie. Ils n’étaient plus dans leur modeste salle de bal, mais dans un immense hall de réception, où ils furent accueillis par les célestes hôtes avec une grande tendresse. Sous les nuages, ils pouvaient voir un large tas de cendres dans un jardin intérieur, et une multitude de bourgeois attroupés autour, pleurant la perte de leurs héroïques amis avec incompréhension et impuissance, tels des agneaux sans leur berger. Invités d’honneur au Palais Cosmique, les beaux maraîchers devinrent des Etoiles, demis-dieux, en récompense de leur héroïsme, de leur bienveillance et de leur immense courage. Ils veillent aujourd’hui sur tous les agriculteurs d’Azeroth, et profitent d’être choyés par la Lune et unis en famille pour l’Eternité. Cependant, ils ne peuvent toujours pas s’empêcher de pleurer quand ils voient, depuis les cieux cosmiques, un maraîcher se faire rabrouer par un citadin alors qu’il est l’architecte de son moindre repas.
  11. - Une histoire écrite par Alynor Eclat-de-Lune, sur l'idée originale de sa filleule Alicia Norz. - Il était une fois, dans un monde où les animaux régnaient en maître, une petite ratoune qui allait sur sa sixième année. Hélas, la pauvre enfant venait de perdre ce qui lui était le plus cher : sa maison, ses amis, et surtout ses parents adorés. Depuis les cieux, son père et sa mère l’observaient avec amour, mais la douce ratoune ne pouvait malheureusement pas le savoir. Livrée à elle-même, l’enfant décida d’aller chercher l’aide de son peuple : elle était bien trop petite pour survivre seule. Elle avait besoin que l’on s’occupe d’elle, que l’on prenne soin de son pelage, et surtout d’être aimée. Elle décida alors de s’aventurer plus loin dans la forêt, arpentant timidement les sentiers feuillus et ombragés à la recherche de ses comparses ratounes. Elle n’avait encore jamais voyagé et cette idée lui faisait peur, mais elle se devait d’avancer… au fond d’elle, elle savait que ses parents voulaient qu’elle vive longtemps, et qu’elle vive heureuse. C’est alors qu’elle entendit un grognement terrifiant, qui la poussa à sauter dans les feuillages. Elle se recroquevilla alors avec crainte, en priant la Lune de la secourir. La pauvre enfant craignait qu’une bête terrifiante, telle qu’un worg ou un chien fou, la dévore toute crue. La gentille ratoune entendit le bruit se rapprocher progressivement, tant bien qu’elle se prît à trembler comme une feuille. Soudain, une voix grave mais douce arriva à ses oreilles : - Oh ! Je me disais bien qu’une adorable ratoune était cachouillée ici ! L’enfant se retourna alors, et vit une ourse géante qui l’observait, mais sans agressivité aucune. L’ourse demanda à la ratoune ce qu’elle faisait ici toute seule, et fut attristée quand elle lui raconta son histoire toute malheureuse. L’ursidé en fit de même, et lui expliqua qu’elle était une alchimiste ermite, et qu’elle fabriquait des potions pour tous les animaux de la forêt. C’est alors qu’elle proposa un marché à l’enfant : elle l’adopterait et prendrait soin d’elle toute sa vie, à condition que la ratoune l’aide à fabriquer ses potions magiques. Heureuse et persuadée d’avoir enfin trouvé celle qui lui donnerait l’amour dont elle a besoin, elle accepta. Hélas, la désillusion vient rapidement : même si elle était bien traitée, la douce ratoune devait travailler très dur pour sa maman ourse, sans aucune véritable rétribution. Elle se rendit d’ailleurs compte que les potions n’étaient pas destinées à aider les autres animaux, mais à rendre l’ourse encore plus puissante, afin qu’elle puisse dominer la forêt. Mais ce qui la chagrinait vraiment, c’est que l’ourse ne s’occupait pas assez d’elle. Elle ne prenait pas soin de son pelage, ne faisait pas sa toilette, ne jouait pas avec elle, et ne lui faisait pas assez de câlins. Malgré cela, la maman ourse était très protectrice, et voulait garder sa petite ratoune toute la vie. Toute triste, l’enfant savait toutefois qu’elle ne pourrait pas vivre ainsi. Elle pleurait chaque nuit, et réfléchissait à s’enfuir. Quand un beau jour, deux étranges loups vinrent discrètement voir la jeune ratoune tandis qu’elle travaillait. Curieusement, ces mystérieux arrivants semblaient connaître ses malheurs. Ainsi, ils lui proposèrent un marché : si elle venait avec eux, elle serait heureuse et oublierait tous ses chagrins. Misère, la gentille ratoune ne savait pas encore qu’il ne faut jamais faire confiance à un loup inconnu. Elle les suivit et, bien vite, elle se rendit compte de son erreur. En réalité, ces deux lupins étaient infiniment méchants, et ne souhaitaient qu’une seule chose : l’asservir afin qu’elle devienne, comme eux, une pratiquante de la magie noire. Ils prirent un malin plaisir à briser ses derniers espoirs, et à la forcer à faire toutes sortes de profanations ténébreuses. Sa magie naturelle de ratoune commença à se corrompre… et n’était qu’à quelques doigts de la changer pour l’éternité. À cette idée, les deux cruels loups se réjouissaient d’avance. Heureusement, les parents de la gentille ratoune veillaient sur elle depuis l’au-delà. Infiniment attristés par ce qui arrivait à leur pauvre enfant, ils implorèrent la Lune d’envoyer une noble chèvre à sa rescousse : dans cet univers, les chèvres étaient des animaux semi-divins qui vivaient sur une autre planète. Touchée par la détresse des parents, la Sainte Lune accepta, et envoya l’un de ses animaux légendaires. Pour commencer sa quête, la chèvre fit en sorte d’être engagée comme servante dans une famille. Celle-ci était composée d’une renarde, d’une tigresse et d’une griffonne. En effet, l’envoyée divine avait remarqué qu’une autre chèvre était amie avec cette famille. Enrichie de ces nouveaux contacts, la chevaleresse cosmique put se mettre au travail. La gentille chèvre ne tarda pas à retrouver la douce ratoune, et à la délivrer des méchants. À ce moment, la ratoune se sentit revivre, et voua un amour et une reconnaissance immenses à sa sauveuse. Cette dernière l’emmena alors dans la capitale de l’Alliance Animalière, dans le Palais des Goupils, pour lui présenter la famille qui l’avait embauchée. Joyeuses et attendries par l’enfant, les membres de la famille l’accueillirent sans hésitation. Hélas, même si elle aurait voulu se montrer chaleureuse envers ces doux animaux qui l’accueillaient, l’enfant ne put se résoudre à le faire. La vie avait eu raison de son espoir, et elle était désormais persuadée qu’elle n’était pas faire pour être heureuse. Pire encore, elle était habituée à perdre tous ceux qui lui étaient chers, et craignait qu’en s’attachant à cette famille, elle ne fasse que précipiter le destin. Cela dit, malgré ses tentatives de rester distante pour se protéger et pour protéger ses bienfaitrices, elle finit par s’attacher… et par se faire adopter. Aimée, elle reçut enfin l’attention et l’affection dont elle avait tant besoin. La famille ne cessa de s’occuper d’elle, et lui promit que sa vie ne serait plus jamais la même. Plus que n’importe qui, ces animaux la comprenaient. Et pour cause, chacune avait connu de grandes pertes. La renarde et la griffonne avaient vu leurs peuples décimés par les vils corbeaux, tandis que la tigresse avait été contrainte à d’affreux sacrifices par le dragon dont elle était disciple. Mais surtout, ces trois animaux avaient pour point commun de ne pas avoir eu de véritable enfance. Plongées bien vite dans le monde des adultes, elles avaient toujours souffert de ce manque. Aujourd’hui, enfin libérées de l’emprise du devoir, elles pouvaient vivre la vie dont elles avaient envie. Et par-dessus tout, elles souhaitaient que leur ratoune adoptive puisse avoir l’enfance qu’elles n’avaient jamais eue. Et leur vœu sincère fut exaucé. Au fil des jours, la ratoune commença à vivre une vie heureuse et insouciante, comme tout enfant le mérite. Petit à petit, ses blessures au cœur se mirent à cicatriser. Et très bientôt, ses nouvelles amies lui firent goûter une chose délicieuse qui lui était encore inconnue : les sucreries ! C’est alors que la vie d’enfant eut finalement un sens à ses yeux. Ainsi, durant de très longues années, la ratoune vécut heureuse et eut beaucoup de bonbons !
  12. Il était une fois, en l’an 20 et dans le Haut-Royaume, deux jeunes amis inséparables. Dinian, un gentil thalassien et Lilias, un charmant garçon tout à fait normal, quoiqu’aux oreilles un peu plus courtes que les autres. Né d’une idylle entre un libérateur humain et une citoyenne de Lune-d’Argent, il faisait partie des très rares bâtards nés de la Deuxième Guerre. Hélas, les parents de sa génitrice n’ont jamais accepté tel déshonneur, et Lilias fut abandonné devant l’orphelinat alors qu’il n’avait que quelques jours. Et tout lien ayant été rompu avec l’Alliance à la suite de l’incident des forêts, il fut impossible de retrouver le géniteur humain. L’enfant n’a donc jamais connu son père, ni sa mère. Si la mère avait été contrainte d’abandonner son enfant, c’est parce que dans la société thalassienne d’autrefois, une valeur quasi-mystique était accordée à la « pureté du sang ». Reconnaître un bâtard comme son enfant et l’accepter dans sa famille équivalait à se suicider socialement. Mais les enfants n’ont que faire des absurdités des adultes. Ils sont bien au-dessus des préjugés et des caprices mondains. Aussi, Dinian, un jeune garçon de très bonne famille vivant à la Bourse Royale, lui portait une grande affection. Tous deux âgés de douze ans, les garçons s’étaient liés d’amitié à l’académie, jusqu’à devenir comme des frères. Malheureusement, il était difficile pour Lilias de voir son cher ami Dinian comme sa seule famille, puisque les parents de celui-ci désapprouvaient formellement cette amitié. Risée de l’école et du quartier, l’enfant était seul, et ne parvenait à garder la joie de vivre que grâce à la présence de son ami. Timide et d’un naturel doux, Lilias ne parvenait à se défendre seul face à ses nombreux ennemis. De plus, du fait de son origine, il n’avait que peu d’affinités avec la magie. Néanmoins, les professeurs avaient déjà décelé en lui une certaine aptitude à la piété. En ces temps-là où seule la magie importait, une telle vocation n’était que peu respectée dans le Haut Royaume. Cela ne fit qu’en ajouter à la déchéance du pauvre enfant. Après l'école et avant de rentrer à l’orphelinat, Lilias partait souvent s'isoler dans la ville pour prier les Etoiles, ses larmes de détresse inondant le sol. Il ne demandait pas la lune, ni les longues oreilles... mais seulement qu'on l'accepte tel qu'il fut. Les parents de Dinian l’ont bien vite défendu de voir son ami en dehors de l’académie. Mais l’enfant n’en avait cure. Très souvent, les deux garçons se retrouvaient devant l’orphelinat du Bazar, là où ils ne risquaient pas de se faire importuner. Jusqu’au jour où, à la mode de Quel’thalas, les parents du jeune bourgeois firent suivre leur fils par le valet de la maison. Surpris en train de manger des bonbons ensemble, assis sur une simple rambarde, les enfants tentèrent d’abord de s’enfuir. Néanmoins, le valet supplia Dinian de le suivre, afin d’éviter les représailles. En effet, les parents du jeune garçon, très cruels, avaient pour coutume de battre à la fois les enfants et les serviteurs de la maison. Lilias, qui connaissait très bien la réputation de cette famille, conseilla même à son ami de lui obéir, les yeux larmoyants. Il ne voulait pas que son ami soit battu à cause de lui. Pris de pitié pour le pauvre serviteur et ému par les paroles de son ami, Dinian accepta de le suivre, en promettant à Lilias qu’ils se reverraient bientôt. Hélas, il n’en fut rien. À peine arrivé à la maison, l’enfant fut accueilli par une gifle magistrale. Tout en le battant avec une grande violence et une méchanceté sans borne, le père lui annonça qu’il n’aurait plus le droit de sortir jusqu’à la fin de ses études. À Quel’thalas, il était bien rare de finir ses études avant ses 60 ans ! Mais alors que les parents de l’enfant avaient prévu toute une série de punitions pour l’enfant, un événement inattendu vint troubler leurs plans. Une immense troupe toute en armes marchait en direction des portes, portant bien haut la bannière du grand Anasterian. Et partout, des cris résonnaient « Nous avons été trahis ! Ils marchent sur la cité ! Ils arrivent ! Nous ne pouvons plus les arrêter. » Paniqués, les parents ordonnèrent alors à leurs serviteurs de barricader les portes de leur grande maison. Malgré les innombrables supplications de leur fils, les parents refusèrent de porter secours à Lilias. Ils savaient qu’il leur restait encore du temps avant l’arrivée du Fléau, mais dans leur cruauté démente, ils voyaient en l’événement l’occasion de se débarrasser de ce garçon si gênant pour leur famille. Et quelques heures plus tard, des cris atroces purent se faire entendre dans tout le quartier. Terrorisé, Dinian refusait de penser que l’un de ces cris provenait de son meilleur ami. « Il a trouvé refuge quelque part », se répétait-il. Le valet tentait de le rassurer de la même façon. « L’orphelinat va forcément mettre tous les enfants à l’abri ». Malgré cela, le garçon ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. S’il eut été roi ou ne serait-ce que patriarche de sa maison, Dinian aurait volé aux secours de son ami. Mais que pouvait faire un enfant seul face à la cruauté de tout un monde ? Lorsque tout fut fini et que les barricades furent défaites, Dinian profita du chaos pour sortir de la maison en cachette, courant en direction du Bazar. Les larmes aux yeux, il vit alors que le quartier n’était plus que ruines. L’orphelinat, fabriqué en bois, avait dû voler en éclat aux premières minutes de l’assaut. Mais, une lueur d’espoir dans ses yeux, Dinian vit alors la directrice de l’orphelinat, secouée, les vêtements en partie déchirés. Celle-ci informa le garçon que la plupart des enfants avaient pu se réfugier dans les quelques maisons bourgeoises du quartier et de la cité. Néanmoins, elle ne put s’empêcher d’ajouter, larmoyante, « Mais quel bourgeois offrirait l’asile à un bâtard ? ». L'enfant refusa de croire à cela, et il se mit à la recherche de son ami. Il se jura qu'il parcourrait toute la ville jusqu'à le retrouver. Il savait qu'il était quelque part, et il avait la conviction que la société n'était pas aussi cruelle que ses parents. Qui aurait pu reprocher à un si jeune garçon sa si douce naïveté ? Cherchant désespérément dans l’Allée des Anciens, Dinian retrouva finalement son ami Lilias, étendu au sol, à seulement quelques mètres d’une maison où on lui avait probablement refusé l’entrée. Ses pieds nus étaient couverts de blessures, comme s’il avait couru à travers toute la cité pour tenter de trouver un abri. En vain. Son corps déchiqueté portait les marques du Fléau et de l’abandon. Dinian se laissa tomber au sol, près de lui. Plus rien n'avait du sens à ses yeux. Le monde s'écroulait. Au fil des jours, la vie tendit à reprendre dans la cité dévastée. Mais pas pour tous. Inconsolable, Dinian ne pardonnera pas à ses parents d’avoir abandonné son ami. Il comprit que ce royaume n’était pas le sien, et il fit partie des nobles Elfes à refuser l’autorité du prince fou. Le garçon partit seul à l’aventure, en quête d’un monde plus juste, et ne revit plus jamais sa famille. Avant son grand départ, le jeune elfe enterra son ami au plus près des tombes des héros thalassiens. Et sur la pierre tombale, il fit graver « À mon ami Lilias – Condamné pour ses oreilles ».
  13. Il était une fois, à Lune-d’Argent, trois petites poupées-princesses qui vivaient dans la chambre d’une enfant, leur chère Reine. Tous les soirs, Valliamour, Eradorée et Alychoute jouaient à la dînette avec leur Reine, avant de lui souhaiter une merveilleuse nuit de sommeil. Elles se retiraient ensuite dans le Royaume des Jouets, jusqu’à leur petit château, où elles dormaient ensemble. Parfois, elles profitaient du chemin pour s’occuper de leurs poneys en peluche, pour se promener dans la forêt en carton ou pour discuter avec les princes charmants qui vivaient dans le deuxième château en jouet. Sous la main bienveillante de leur Reine, les trois poupées ne s’ennuyaient pas, et ne cessaient jamais de passer de bons moments. Malgré cela, la vie au Royaume des Jouets n’était pas si belle que l’on aurait pu l’imaginer. En effet, voilà quelques temps qu’un grand malheur s’était produit. Un beau matin, les trois princesses découvrirent avec stupeur que l’ensemble des gentilles poupées et des peluches qui vivaient au château avaient disparu sans laisser de trace. La Reine des Jouets en fut inconsolable. Qui plus est, depuis quelques semaines, la petite reine faisait de terribles cauchemars et se réveillait pour pleurer, réclamant sans cesse ses poupées pour se consoler. Pour cause, il ne se passait pas une nuit sans que des grattements et des cris se fassent entendre depuis le grenier, juste au-dessus de sa chambre. Très attristées et inquiètes, les trois poupées comprirent qu’un véritable danger menaçait le Royaume des Jouets, et décidèrent d’aller mener ensemble leur petite enquête. Néanmoins, une expédition jusqu’au grenier ne pouvait se faire sans une longue préparation ! Les parents de la jeune enfant étaient de riches commerçants, et leur demeure était particulièrement grande. Aussi, pour atteindre le grenier, trois jours de marche étaient nécessaires… et les affreux périls séparant la chambre de la mansarde étaient célèbres dans tout le Royaume des Jouets. Lorsque les trois amies parlèrent de leur projet au Conseil des Princes des Jouets, toutes les poupées furent terrifiées, et aucune n’accepta de les aider… pas même les deux beaux princes. Il faut dire que la disparition des serviteurs des trois princesses avait terrorisé tout le petit royaume, et nul n’osait se frotter à un mal si dangereux. Mais il était hors de question pour les trois princesses d’abandonner leur reine bienaimée. C’est ainsi qu’elles décidèrent de consulter l’une de leurs amies de confiance, la plus sage de la chambre : Briana, la boîte à musique de l’enfant. Âgée de plus de cinq cent ans, et avait connu bien des enfants avant de servir la reine des Jouets. Briana expliqua alors aux poupées que pour espérer atteindre le grenier, elles devraient d’abord échapper aux terribles lanternes enchantées du palais, monter les « marches du désespoir », puis amadouer les deux balais enchantés pour avoir accès au cajibi et utiliser l’échelle magique pour monter jusqu’à la mansarde. Elle leur conseilla également de se déplacer uniquement de nuit pour ne pas croiser d'elfes, et de se reposer la journée. Les poupées suivirent ses conseils, et se mirent alors en route. Elles allèrent d’abord prévenir leur reine de leur mission pour la protéger. Toute émue, la gentille enfant leur donna alors de nombreuses provisions pour la route : de la guimauve, des caramels, et même du nougat. Unies par le pouvoir de l’amitié, les poupées se prirent la main, et commencèrent à marcher en direction du couloir, et ce pendant toute la nuit. Au petit matin, alors qu’elles s’apprêtaient installer leur petite tente pour se reposer, elles entendirent du bruit, puis sentirent le sol trembler. Paniquées, elles se cachèrent et se firent un câlin pour se rassurer. Cachées derrière une étagère à couvertures, elles virent alors une servante qui s’en revenait de la chambre, chargée d’une valise. Les poupées la reconnurent facilement : c’était la valise de leur Reine ! Surprises et intriguées, les poupées décidèrent tout de même de monter le camp ici, en restant bien à l’abri. Après un agréable repos et de délicieuses confiseries, les princesses poursuivirent leur périple, arrivant alors devant les « marches du désespoir », réputées dans tout le Royaume des Jouets comme infranchissables. En effet, ces immenses escaliers s’étendaient à perte de vue, et chaque marche était plus grande que les poupées. Désespérées, les poupées pensèrent alors, avec tristesse, qu’elles n’y parviendraient jamais. Mais bientôt, les trois princesses s’exclamèrent en même temps « J’ai une idééééée ! ». Pour franchir chacune des marches du désespoir, Valliamour, la plus forte des trois poupées, devait se faire porter par ses deux amies pour atteindre le sommet. Ensuite, Eradorée devait aider Alychoute à grimper, avec l’aide de Valliamour. Enfin, les deux princesses devaient tendre leurs foulards en soie à Eradorée, la plus habile des trois, pour qu’elle puisse monter en toute simplicité. Après une demi-journée de périple, et par le pouvoir de l’Amitié, les princesses arrivèrent finalement au bout de cette épreuve. Elles se mirent de nouveau à l’abri afin de se reposer et de manger quelques bonbons. Et après plusieurs heures, tandis que la nuit était revenue dans la demeure, elles continuèrent en direction du cajibi. Mais soudain, les poupées aperçurent une lueur au loin… puis deux, puis trois… puis dix ! Une véritable armée de lanternes arpentait les couloirs, probablement averties de la présence d’intrus. De mystérieuses voix raisonnaient alors, provenant de la plus grosse lanterne : « Rattrapez-le, éclaireurs ! Il a dû utiliser un parachute pour éviter les escaliers. Il a un cheval blanc ! Hâtez-vous ! » Ne comprenant pas ce qu’il se passait, les princesses se mirent alors à courir à travers les couloirs, se cachant dès que possible. Tandis qu’Alychoute était terrorisée, Eradorée et Valliamour restaient calmes, et envisageaient même un éventuel combat. Heureusement, après plusieurs minutes de course effrénée, les lanternes furent finalement perdues. Rapidement, les poupées arrivèrent devant une petite porte de service, sur laquelle était écrit le mot « cajibi ». La porte semblait condamnée, comme si personne n’avait le droit d’entrer. Eradorée, très courageuse, vint frapper à plusieurs reprises sur la porte. C’est alors qu’un balai enchanté ouvrit la porte, l’air menaçant, tandis que son comparse était installé un peu plus loin. Voyant les trois arrivantes, il demanda d’un ton las et aigri : « Mh… Mes princesses. Que puis-je faire pour vous ? ». Valliamour, excellente diplomate, lui répondit alors d’une voix calme : « Messires, voilà plusieurs jours que notre reine fait d’affreux cauchemars à cause des bruits provenant du grenier. Nous souhaitons que vous nous laissiez accéder à l’échelle, afin de pouvoir y grimper. » Le balai annonça alors : « Bien. Je vais donc vous soumettre une énigme, et si vous parvenez à y répondre, je vous aiderai à monter. Vous aurez une chance chacune. » Alychoute répondit aussitôt, toute enjouée « Ouiiii ! Oohw, j’adore les éniiigmes, hihi ! ». Le balai poursuivit donc « Je sonne le glas de l’insouciance, et j’annonce la fin des jeux. Les parents me font toute confiance, mais j’emmène leurs enfants loin de chez eux. De la vie d’adulte je suis le heaume, et de la maturité je suis le professeur. Mais si l’enfance était un royaume, j’en serais le destructeur. » Les trois poupées, interloquées, se regardèrent entre elles. Alychoute, toute frétillante, fut la première à répondre. « C’est l’académiiiiie ! Ohw, quelle horreur ! Ou… le mariage arrangouillé ? » Eradorée, face au silence du balai, répondit à son tour : « C’est le fait de grandir, tout simplement. N'est-ce pas ? » Finalement, voyant que le balai ne répondait pas, Valliamour tenta finalement sa chance : « C’est le devoir, mon cher. L’académie, le fait de grandir, la guerre, le mariage d’intérêt… tout. » Sans même daigner donner la réponse, le balai conclut aussitôt « Cela ira. » Lui et son comparse saisirent alors l’échelle arcanique, entreposée dans un coin, mais l’un d’eux ajouta tout de même : « Vous risquez d’être très surprises en montant là-haut, mes princesses… ». Etonnées, les trois poupées montèrent alors ensemble sur l’échelle. Elle était si large qu’elles pouvaient grimper côte à côte, et se soutenir mutuellement. Finalement, quand elles arrivèrent enfin dans le grenier, elles furent surprises de voir une immense pile de jouets divers, qu’elles croyaient disparus depuis fort longtemps : des châteaux, des carrosses, des dizaines de peluches... Au milieu de la pièce, une grande boîte en bois semblait remplie d’objets. Alors que les poupées s’approchaient pour y voir de plus près, une petite tête dépassa alors. Eradorée fut la première à s’exclamer : « Resylounette ?! Tu es ici ? Nous te croyions disparue ! » « Oooh, mes princesses ! », répondit la poupée-servante. « J’espère que vous n’avez pas été emmenée là, vous aussi ! ». « Comment cela, ma chère ? », demanda Valliamour, « Les monstres t’ont amenée ici ? Ils te retiennent ici ? » Mais à peine Valliamour avait terminé sa phrase qu’une dizaine de poupées sortirent de la boîte ! Tous leurs amis, qui avaient disparu quelques semaines auparavant, étaient réunis ici. Certaines poupées avaient un petit râteau à la main… un outil idéal pour gratter le bois et faire du bruit. Alychoute, surprise, les regarda avec les larmes aux yeux. « Theinouneeeette, tu es ici, toi aussiii ? Oohw ! Gilverouneeet ! Mais… alors, vous… c’est vous qui faisiez du bruit ? Pour faire cauchemardouiller notre reine ? » « Mais non », répondit la servante Theinounette. « Jamais nous n’aurions fait de mal à notre reine bien aimée, au contraire ! ». « Ce sont ses méchants parents », continua Gilverounet, la poupée-valet. « Ses méchants parents veulent l’emmener dans un horrible internat d’ici la rentrée. Plusieurs d’entre nous les avons surpris en train d’en parler quand la Reine n’était pas là, alors… pour ne pas que nous lui en parlions, les parents nous ont amenés ici. Nous avons passé des nuits entières à gratter le sol, en espérant que vous veniez nous chercher avant qu’il ne soit trop tard, mes princesses Peut-être qu’il est encore possible de sauver notre reine. » « Vous tombez vraiment bien, mes princesses », poursuivit Theinounette « car il y a quelques jours, le beau Didinian a réussi à se faufiler dans une brèche et il est parti en éclaireur. D’ailleurs, vous l’avez peut-être croisé. Il devait revenir ce soir avec plein de nouvelles ! » Et en effet, seulement quelques minutes plus tard, le cocher Didinian revint avec son petit cheval blanc, complètement épuisé. Il avait certainement galopé toute la nuit. Les larmes aux yeux, il annonça alors : « C’est trop tard. Ils l’ont déjà emmenée, et ils sont en train de monter tous nos amis au grenier. Le Royaume des Jouets n’est plus, et ce pour l’éternité. Que deviendra notre Reine sans nous ? Et… nous, que deviendrons-nous ? ». Alychoute fut la première à fondre en larmes, serrant précieusement ses amies contre elle. Valliamour, elle, songea d’abord à la vengeance, mais Eradorée, plus sage que ses deux amies, réussit à les calmer toutes deux. Hélas, le destin des jouets abandonnés est toujours le même. Et ne pouvant se résoudre à vivre avec un tel chagrin, les trois princesses se réunirent en cercle, se tenant la main, avant de briser ensemble leur enchantement. Un jour, dans un autre monde, elles retrouveront leur Reine. « Les jouets ne représentent qu’une partie de la vie de leurs enfants, mais les enfants représentent toute la vie de leurs jouets. »
  14. Prologue : Une naissance difficile Selon notre fidèle valet Gilveradin, mon arrivée en ce monde fut le fruit d’une immense douleur, tant pour Mère que pour moi-même. Ma tête ne sortant point comme elle aurait dû le faire, il eut fallu tirer fortement sur mes jambes. Là, les témoins entendirent un terrible craquement, qui diffusa bien des effrois dans la sombre pièce. Pourtant, malgré cette atroce expérience, je n’ai pleuré que quelques secondes seulement. Après cela, je me serais blottie dans les bras de Mère, avant de me taire pour de bien longues années ; cette blessure à la nuque m’avait rendue sourde-muette. Accueillie par un grand frère et une grande sœur, tous deux d’une franche douceur, j’ai vécu un premier âge bienheureux malgré mon handicap. Nous vivions dans un somptueux palais où la magie était omniprésente et qui possédait plus d’une vingtaine de fenêtres, dont aucune ne donnait sur l’extérieur : chacune ne menait qu’à notre grande cour intérieure. Je compris bien vite que le monde extérieur était dangereux, et que seule la maison m’offrirait la joie et la tranquillité. J’appris très tôt, dès mes deux printemps, à me servir de la plume pour m’exprimer. D’abord par petits symboles, puis par mots. Père, mère, grand-frère et grande-sœur me soutenaient. Je me sentais aimée, mais hélas, je n’arrivais point à être heureuse. Je voulais être comme les autres. Grande-sœur, qui dormait dans la chambre voisine, fut la première à se rendre compte que je pleurais toutes les nuits, inconsolable. Chapitre 1 : Un monde instable Un beau matin, alors que je me levais paisiblement de mon lit, prête à prendre mon bain matinal, je sentis une curieuse odeur de brûlé. Je remarquai bien vite que toute la famille était réunie dehors. Je m’approchai donc en leur faisant de grands signes, comme pour les prévenir que quelque chose avait été laissé sur le feu. Mais c’est alors qu’en sortant de la maison, je vis une immense fumée en direction des remparts de la cité. Toute une forêt semblait avoir pris feu. Des centaines de soldats, armés comme jamais, couraient à travers les rues en direction de la grande porte. En même temps, d’autres combattants revenaient titubants dans la cité, affreusement brûlés. Quelque chose de terrible s’était passé, et j’étais incapable de comprendre quoi. Rapidement, Père ordonna à nos serviteurs de nous raccompagner dans la maison. Grand Frère, Grande Sœur et moi-même fûmes alors reconduits dans nos chambres respectives. Plusieurs jours passèrent, où nous étions confinés dans la demeure, sans pouvoir mettre un pied dehors. Mais après plusieurs jours, je fus réveillée par Gilveradin et notre servante Theine qui, souriants, me firent mettre l’une de mes plus belles robes, ainsi qu’une couronne de roses blanches. Je sortis alors avec toute la famille, avant de m’apercevoir qu’une foule d’habitants s’était réunie dans les rues, tout autour de la route principale. Un véritable défilé militaire eut alors lieu devant nos yeux ébahis. Là, je vis de curieuses créatures pour la première fois de mon existence. Ils étaient presque comme nous… à un seul détail près : leurs oreilles étaient plus courtes que les nôtres. Beaucoup plus courtes. En revanche, ces créatures étaient suivies de près par d’autres, bien plus petites, mais aussi plus barbues. Pour moi, mon frère et ma sœur, ce fut un immense choc mais également une amusante surprise. Je remarquai soudainement que de nombreux enfants s'étaient mis à applaudir, la bouche ouverte comme s’ils laissaient éclater leur joie. La plupart des adultes, eux, semblaient tristes, voire en colère, comme humiliés. Theine et Gilveradin nous tendirent à chacun de beaux bouquets. Là, je constatai que de nombreux enfants jetaient des fleurs sur le passage des soldats. J’ai alors compris que nous devions faire de même mais pour ma part, j’ai cru plus gentil de m’approcher pour tendre des fleurs à chacun des combattants qui passaient près de moi. Touchés, ils me lançaient de beaux sourires, et je le leur rendais. Mais bien vite, la main de Grande Sœur me ramena près de ma famille, et le froncement de sourcils de Père me fit comprendre que j’avais fait une bêtise. Chapitre 2 : L’espoir retrouvé Arrivée à mes cinq printemps, Père m’écrivit, et je le compris, qu’une chose merveilleuse venait de se produire. Un miracle qui allait changer ma vie. À ma grande incompréhension, Theine, notre fidèle servante, se chargea de m’habiller et de me coiffer comme pour une grande fête, avant de me conduire dans notre vaste jardin. Dedans, un groupe de cinq Elfes en robe, trois hommes et deux femmes, attendaient patiemment ma venue. Ils avaient tous fort belle allure et portaient de majestueux bâtons. Je souris avec admiration, en espérant de tout mon cœur qu’un beau jour, je deviendrais comme eux. Père m’ordonna de les suivre, et je lui obéi. Pour la première fois de ma vie, je quittais le domaine familial. Je suivis ce groupe qui m’emmena, de quartier en quartier, jusqu’à une jolie maison à l’allure mystérieuse. Le reste, hélas, je n’en ai point souvenance. Tout ce dont je me souviens, c’est que je suis sortie de cette mystique demeure en me tenant les oreilles, époustouflée par ce sens qui m’était jusqu’alors inédit. Je découvrais le bruit de la ville, le bruit d’un cheval au galop, et surtout les étranges bruits que les gens faisaient avec leur bouche pour s’exprimer. Ces héros m’avaient délivrée. Je fus reconduite, sous le choc de la joie, jusqu’au palais familial. Là, je serrai précieusement mes chers parents, grand-frère et grande-sœur dans mes bras. Je ne comprenais pas encore ce qu’ils me disaient mais je savais que désormais, je pourrais apprendre… et que j’allais enfin devenir comme les autres. Pour fêter cela, Père et Mère firent préparer un délicieux repas. Je me souviens encore de la douceur de ces plats que j’avais enfin pu savourer le cœur léger. Je me souviens encore de ce thé si délicieux, et des merveilleuses pâtisseries qui l’accompagnaient. Comme si c’était hier, je me souviens du beau sourire de grand-frère, tandis qu’il m’apprenait mes premiers mots. J’eus même le droit de manger de savoureux bonbons, alors que ceux-ci m’étaient habituellement interdits afin que je garde ligne fine et dents saines. Ces confiseries étaient si goûteuses que j’en rougissais. Je pensais que ma vie serait belle à partir de ce jour. Chapitre 3 : Une rude enfance Hélas, l’apprentissage de la langue orale fut plus compliqué que prévu. Je ne pouvais pas encore me rendre à l’école et je devais tout apprendre à domicile, malgré les journées chargées de mes parents et de nos serviteurs. Pourtant, jamais Père et Mère n’ont baissé les bras. Ils ont tout fait pour que, malgré mes difficultés, je parvienne à devenir une jeune fille normale, ce dont je rêvais intensément chaque nuit. En fin de compte, je n’ai appris à m’exprimer correctement qu’à mes dix printemps. Mais au fil des années, avec une profonde tristesse, mes parents remarquèrent que cet apprentissage tardif n’avait point été sans conséquence quant à mon élocution : jamais je ne serais une Elfe éloquente. Cela dit, puisque Mère, Gilveradin et Theine ont su me prodiguer un excellent enseignement pendant ma période de handicap, je pus ainsi être scolarisée à l’académie des jeunes filles, destinée aux familles bourgeoises J’avais alors douze ans. Cette école avait pour noble objectif de faire de ses élèves de véritables femmes, destinées à un fructueux mariage arrangé. Du haut de mes douze printemps, cette idée me révoltait déjà. Bien des matières étaient enseignées dans cette académie : les bonnes manières, la danse, la calligraphie, la magie utilitaire, la magie artistique, les bonnes manières, la musique, la langue commune ainsi que le darnassien, les bonnes manières, la littérature, la couture et enfin les bonnes manières. Les cours étaient fort éprouvants et duraient jusqu’à tard le soir, tant bien que le seul réconfort de ma journée fût de rentrer à la maison. Mais au-delà de la fatigue, c’était avant tout mon incompétence qui me faisait du tort. En effet, les instituteurs étaient très stricts et nous punissaient régulièrement quand on échouait un exercice. Hélas, j’étais bien souvent la première à recevoir la punition, du fait de mon handicap et de mon incapacité à m’exprimer avec clarté, comme le ferait une bonne demoiselle. Pour cela, je devins rapidement la risée des autres élèves. J’en pleurais souvent la nuit, et au matin, je suppliais parfois Mère de me garder auprès d’elle à la maison. Mère me rassurait tant bien que mal avant de me faire comprendre, d’une manière ou d’une autre, que je n’avais pas le choix. J’avais, le temps de quelques jours, trouvé un doux réconfort auprès de notre jeune voisin, écuyer, dont je m’étais éprise. J’avais une admiration sans borne pour la chevalerie, et ce garçon respirait l’héroïsme. Ses traits délicats et son étreinte protectrice me firent, un temps, oublier mes malheurs. Hélas, Père et Mère ont appris bien tôt l’existence de cette idylle, et m’eurent interdit de fréquenter ce garçon, en me faisant suivre par notre valet Gilveradin. J’ai eu du mal à le leur pardonner. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas leur geste, mais je n’ai plus un soupçon de rancune envers eux. Chapitre 4 : Une fleur tombée du ciel Ayant un cœur fort sensible, je n’ai pu supporter cette pression et je sombrais bientôt dans ma première déprime. J’étais infiniment malheureuse et je ne vivais plus… jusqu’à ce que, un beau jour, une nouvelle élève soit admise dans l’école. Nommée Rose Lunevent, elle était la fille d’un couple de poètes. Il en fallut bien peu pour que nous devenions de grandes amies, et de cette tendre amitié naquit une véritable communion sororale. Grâce à elle, j’avais enfin repris goût à l’école… et à la vie. Rose, fort bien intégrée, me protégea des autres élèves et m’assura qu’en réalité, ces filles étaient simplement jalouses de moi. J’avais une confiance totale en ses paroles, alors je la crus. Rose m’a initiée au culte sacré de la Sainte Lune. Elle passa des semaines à m’apprendre comment la Lune avait créé les Elfes à partir de pâte à pain, quel était le nom exact de chaque Astre, et même comment le Palais Cosmique était agencé. En référence à l’Etoile favorite de la Lune, « Lunie », Rose me donna le surnom de « Lounie ». Et pour sceller notre profond pacte d’amitié, Rose et moi nous offrîmes un présent à arborer dans nos cheveux. Elle me confia une rose enchantée et, en référence à mon nouveau surnom et à ma couleur favorite, je lui confiai une petite étoile bleue. Par ce pacte, nous nous jurâmes de veiller l’une sur l’autre pour l’éternité, et de ne jamais nous abandonner mutuellement. Nous partageâmes alors une étreinte chaleureuse qui dura pendant de longues minutes. Ainsi, de mes 13 à mes 22 ans, malgré mes difficultés d’apprentissage, j’ai vécu les plus belles années de ma vie. Les années d’insouciance, où nous riions de tout, où Rose et moi allions régulièrement dans les salons de thés et les soirées mondaines. Nous assistions volontiers aux exécutions des vauriens et autres méchants. C’était avant tout l’occasion de passer du temps entre amies, autour d’une activité conviviale. Quand, par moment, je recommençais à être malheureuse ou à avoir peur de quelque chose, Rose me prenait dans ses bras pour me réciter un poème ou me narrer un merveilleux conte pour enfants. Mon amie savait toujours me rassurer et me rendre le sourire. Elle, pour sa part, était toujours souriante et joyeuse. Contrairement à moi qui avais régulièrement des idées noires, Rose voyait la vie en… rose. Je trouvais cela magnifique. Différentes pour mieux nous compléter, notre union sororale était totale. Encore rancunière quant au doux écuyer que mes parents m’avaient interdit de fréquenter, je ne leur ai jamais parlé de mon amitié avec Rose. Pour ainsi dire, je pensais que Père et Mère ne me comprendraient pas et n’apprécieraient guère le métier qu’exerçaient les parents de ma tendre amie. Je ne me suis confessée qu’à messire Gilveradin, avec qui je partageais bon nombre de mes secrets. Celui-ci me proposa d’en parler lui-même avec mes parents, et il me promit qu’ils ne chercheraient pas à briser une simple amitié. J’acceptai, et il eut raison : Père et Mère, contre toute attente, furent ravis que je cultive une amitié aussi profonde. Chapitre 5 : Le Mal et le malheur Arrivée à mes 23 ans, je vivais toujours des jours merveilleux. Hélas, tandis que je rayonnais de bonheur auprès de ma famille et de mon amie Rose, j’appris une terrible nouvelle par grande-sœur. Puisqu’elle travaillait au service des messages de la capitale, elle eut compris que le Mal venait d’accoster sur notre terre sacrée. Rien ne semblait alors pouvoir l’arrêter. Père était un éminent commerçant : il possédait trois bijouteries dans la seule ville de Lune-d’Argent, et trois autres réparties dans le Royaume. Tout comme Mère, il occupait une place importante au conseil de notre quartier. C’est ainsi que Grand-Frère s’enrôla au sein de l’armée pour défendre notre peuple et, de par son rang, fut amené à commander un groupe de quinze éclaireurs. Grand-Frère se porta ensuite volontaire pour être l’un des premiers à faire la reconnaissance de l’ennemi. À maintes reprises, j’ai tenté de le retenir, en lui expliquant qu’une tâche aussi dangereuse était inadaptée à son rang social, mais, par fierté, il ne m’a point écoutée. Si seulement il l'avait fait... La grande majorité des éclaireurs envoyés reconnaître l’ennemi ne sont jamais revenus. Lui, nous est finalement revenu. Son corps seulement. Il était enveloppé d’un linceul, et lorsque nous ouvrîmes celui-ci pour faire nos adieux, ma douleur fut abominable. Le beau, le doux, le délicat visage de Grand-Frère avait été complètement détruit par ces immondes créatures. Jamais je ne pourrai oublier cette vision d’horreur. Celle-ci fut si choquante qu’elle eût effacé tous les autres souvenirs de la situation, hormis celui de mes pleurs interminables sur le corps glacial de Grand-Frère. Chapitre 6 : La fin d’un monde À ce moment-là, Père me pris dans ses bras afin de me réconforter et de me rassurer. Mais très bientôt, nous entendîmes des voix provenant des remparts de la cité. Des gardes, lourdement équipés, nous hurlaient d’une voix tremblante « Ils arrivent ! Rentrez ! Rentrez tous chez vous ! Barricadez vos portes avec tout ce que vous trouverez ! ». Une femme armée d’un arc ordonna « Soldats, préparez-vous ! Nous ne leur céderons rien ! Nous avons gagné toutes nos guerres, nous ne perdrons pas celle-ci ! ». Mais un autre garde, paniqué, répliqua « Le Roi est mort ! Ils ont tué le Roi ! On n’a aucune chance, il faut abandonner la ville au plus vite ! ». La pagaie était totale. Tout fut ensuite terriblement trouble pour moi. Grande-Sœur me prit par la main et m’emmena en sécurité dans le manoir, avant de me promettre qu’elle me protégerait pour l’éternité et ne laisserait aucun méchant me blesser. Père et Mère prirent le corps de Grand-Frère pour l’abriter dans la maison. Après quelques minutes, nous commençâmes à entendre de terribles cris, des hurlements terrifiants qui se rapprochaient de notre manoir sans fenêtres. À plusieurs reprises, j’aurais juré avoir entendu frapper à notre porte. Je suppliais mes parents de laisser une chance aux sans-abris, mais ils refusèrent catégoriquement de laisser quiconque entrer. Enfin, au bout d’un instant, le silence fut total. Quand Père nous autorisa à sortir quelques instants, une vision d’horreur s’offrit à nous : notre si doux et chaleureux quartier s’était métamorphosé en un véritable champ de ruines, recouvert par un océan de corps mutilés. Seul notre manoir, ne comportant pas de brèche, semblait avoir été épargné. À ce moment-là, traumatisée, je compris que plus rien ne serait jamais comme avant. Tremblante, je demandai alors à Père s’il était possible d’aller chercher mon amie Rose, qui vivait dans le quartier adjacent. Jamais je n’avais été aussi inquiète de ma vie. Père refusa d’abord mais, constatant mon infinie détresse, messire Gilveradin demanda l’autorisation de chercher Rose pour moi. Père accepta. De retour de la demeure de Rose et de ses parents, notre fidèle valet avait les larmes aux yeux. Il tenait une petite barrette en forme d’étoile bleue dans ses mains, en secouant tristement la tête en ma direction. Je ne voulais point y croire. J’en ai presque traité notre bon sire Gilveradin de menteur. Quand il apparut évident que ma chère Rose avait rejoint la Sainte Lune, je me mis à sangloter, inconsolable. Le monde venait de s’écrouler sous mes pieds. Chapitre 7 : La descente aux enfers Tandis que la plupart des Quel’doreis étaient descendus dans la rue dans l’espoir de rebâtir ce qui fut détruit, je passais toutes mes journées enfermée dans ma chambre à pleurer Rose et Grand-Frère, persuadée que mes pleurs allaient pouvoir les ramener à la vie. Je n’arrivais plus à avaler quoi que ce soit et je ne dormais que deux heures par nuit, avant d’être réveillée par un affreux cauchemar. Je me sentais horriblement coupable de ne pas avoir abrité Rose et ses parents dans notre palais avant qu’ils ne soient condamnés. Et j’avais que si peur que ces monstres reviennent me prendre. Père, Mère, Grande-Sœur et nos serviteurs n’étaient presque jamais à la maison. Je ne savais rien de ce qu’il se passait. Ils me laissaient seule, livrée à moi-même et à mes phobies. Une nuit, je me suis réveillée en sursaut après avoir rêvé de ma tendre Rose qui, perdue au milieu du Néant Distordu, pleurait en tenant la petite étoile bleue contre son cœur. En sanglots, je me suis alors précipitée en direction de notre fenêtre intérieure, hurlant aussitôt « Ne pleure plus, Rose ! J’arrive ! J’arrive pour toi. » Mais tandis que je m’apprêtais à sauter, à rejoindre mon amie pour la consoler, je ressentis une terrible sensation que je n’avais, jusqu’à lors, jamais ressentie. Une sensation indescriptible. Mes forces m’abandonnaient. J’avais soif, mais pas d’eau. Je ne comprenais plus rien. Paniquée, je me précipitai alors dans la rue, presque titubante de mal-être. Avec effroi, je remarquai que les rares passants errant dans les rues étaient dans le même état que moi. Tandis que j’étais toujours en robe de chambre et point coiffée, un étrange homme armé est venu à moi. Il ressemblait en tous points aux gardes de notre cité, à la seule différence que sa tenue était rouge au lieu d’être bleue. Tremblante, je lui demandai de décliner son identité. Il rétorqua, d’une voix sèche qui me glaça le cœur « Vous êtes Mademoiselle Doucétoile, la plus jeune ? ». J’eus à peine le temps de hocher la tête que l’étrange homme déclara « Suivez-moi. Votre famille vous attend. ». J’étais tellement terrorisée par son attitude froide que j’obéi sans réfléchir. Chapitre 8 : Le pensionnat de l’horreur Tout au long du trajet, j’observais la ville en ruine, les maisons détruites, du sang partout. Pire encore, je voyais parfois des jouets pour bébé, éparpillés parmi les décombres. Dans le même temps, je constatai avec surprise que plusieurs hommes et femmes portaient la même tenue étrange que mon guide, et semblaient surveiller la ville. Mais tandis que nous nous dirigions vers l’extrême nord de la cité, c’est-à-dire la Place des Pérégrins, je me mis à m’interroger et à m’inquiéter de plus belle : Père et Mère ne se rendaient jamais dans ce quartier et m’interdisaient formellement de m’y rendre. « Nous sommes arrivés », lança l’étrange guide. C’est alors que j’aperçus un grand palais à l’allure presque militaire. À peine avions-nous approché de la bâtisse que deux vieilles dames m’ordonnèrent d’entrer. Une fois les portes fermées, le cauchemar commença. Je fus ainsi guidée dans les couloirs sombres du palais, en cherchant désespérément mes parents du regard. Je finissais par les interroger ouvertement « où m’emmenez-vous ? Père et Mère ne seraient jamais allés dans un endroit comme celui-ci ! ». Sans même daigner m’adresser un regard, l’une des deux mégères m’asséna une violente gifle en pleine figure. Je n’en crus point mes yeux et je fondis en sanglots. Arrivées devant une porte à l’allure usée, l’une des vieilles femmes déclara « voilà votre chambre. ». Paniquée, je secouai la tête en répondant « Ma chambre ?! Il y a erreur, par les Astres, je dois voir Père et Mère ! Et je ne peux dormir ici, tous mes vêtements et mes affaires sont à la maison ! ». Tandis qu’elle ouvrait la porte, la mégère me répondit d’une voix cruelle « Vos parents sont des parjures. Vous ne les reverrez jamais. Par ordre de votre responsable légal, c’est ici que vous terminerez vos études. » Elle me claqua la porte au nez, avant de me laisser dans ce dortoir vide et terriblement miteux. Nous étions dimanche, et les cours ne devaient logiquement commencer que le lendemain. Terrorisée, je sanglotai toute la nuit en pensant à mes parents, hantée par le souvenir de Grand-Frère et de ma tendre amie Rose. De plus, cette étrange sensation de soif était de plus en plus puissante, de plus en plus insupportable. Bien sûr, je fus totalement incapable de trouver le sommeil. Chapitre 9 : Trahison pour trahison Au petit matin, tandis que j’étais dans un état épouvantable, quatre jeunes filles arrivèrent dans les dortoirs, visiblement peu surprises de ma présence. Elles ne m’adressèrent point un mot, mais leurs regards exprimaient de la pitié, comme si elles savaient tout. Certainement leur avait-on interdit de me parler. Elles tenaient des petits cristaux dans leurs mains, qu’elles gardaient dans leur chambre. En les regardant de plus près, je remarquai avec stupeur qu’elles avaient toutes les yeux verts. Et vient enfin le pire : je me suis sentie infiniment attirée par ces cristaux qu’elles cachaient. J’étais persuadée que c’était ainsi que j’étancherais ma soif. Une voix émotive résonna alors dans ma tête : c’était la voix de ma douce amie Rose « LOUNIE ! NON ! N’Y TOUCHE SURTOUT PAS ! » Je sursautai, poussant un petit cri de frayeur qui intrigua les quatre autres filles. Il me fallut du temps pour revenir à mes esprits, chasser ces pensées indignes et comprendre que la situation était dramatique. Je murmurai « merci, Rose », avant de suivre mes quatre camarades en direction de la salle de classe, mais tandis que je passais en dernier, prête à entrer, une main me tira le bras et m’emmena à toute hâte. Tremblante comme une feuille, je tournai la tête, et reconnus alors messire Gilveradin, infiniment rassurée. Nous courûmes durant au moins cinq minutes à travers les immenses couloirs, avant de sortir par une porte à la dérobée, menant à un dédale de rues. La première chose que je fis fut d’observer si messire Gilveradin avait bien les yeux bleus. Lune merci, ce fut le cas. « Vous n’avez rien, mademoiselle ? », souffla-t-il, en déposant un châle sur mes épaules et en me faisant enfiler un chapeau qui couvrait une partie de mon visage. Sans même lui répondre, je me pressai à prendre des nouvelles, avide de réponses « Que s’est-il passé ? Père et Mère, où sont-ils ? Et Grande-Sœur ? Et pourquoi ai-je été emmenée là, et… comment saviez-vous ? Et pourquoi ces filles avaient-elles les yeux verts ? ». Messire Gilveradin m’observa avec tristesse, avant de répondre « Votre père et votre mère ont été héroïques. Ils ont voulu sauver notre peuple, mais ils ont été trahis et… mis à mort. Ces yeux que vous avez vus sont ce contre quoi vos parents se sont révoltés. Et leur échec vous a menée ici. Je vous ai suivie de loin, hier, après avoir su que vous étiez trahis » Complètement effondrée par la nouvelle, persuadée de naviguer en plein cauchemar, je ne pouvais croire que Père et Mère étaient partis au ciel. Je lui demandai d’une voix très basse et tremblante « Mais alors… où est Grande-Sœur ? Et quelle trahison ? ». Déposant une main sur mon épaule et actionnant sa pierre de foyer de sa main libre, le valet fut, par honnêteté, contraint de dire les mots qui brisèrent le peu d’espoir qu’il me restait « Votre sœur est désormais à la tête de la maison Doucétoile. Le régent l’a fort bien façonnée. C’est elle qui a détruit votre famille et désormais, en tant qu’aînée, elle est votre tutrice légale. Venez, Mademoiselle, il nous faut partir avant qu’elle n’apprenne votre fuite, nous allons en direction de Quel’lithien. Theine nous y attend avec toutes vos affaires. ». Chapitre 10 : Nouvelle vie, nouvel espoir Sans plus attendre, messire Gilveradin nous téléporta au gîte de Quel’lithien, où nous passâmes quelques jours avec d’autres réfugiés politiques. Là, je me rendis compte que notre famille était bien loin d’être la seule à avoir subi des persécutions. J’observai alors les nombreuses victimes de la tyrannie, tant de jeunes parmi eux. Ceux-ci me regardaient avec des yeux malheureux, pleins de détresse. Et c’est à la vue de ces nombreux enfants en larmes, inconsolables après avoir vécu le pire, que me revinrent les souvenirs de ma tendre amie Rose et de ses merveilleux contes, qui savaient me rendre le sourire quand j’étais malheureuse. Rendre le sourire aux enfants par ma plume serait le meilleur hommage que je puisse faire à Rose. Répandre la douceur et la joie serait le seul moyen d’oublier cette vie de malheur et de peine. À ce jour, mon destin fut scellé. Je passai alors un peu de temps avec les réfugiés thalassiens, afin d’apprendre à mieux les connaître. Hélas, je continuais à ressentir cette étrange soif, quoique de manière moins puissante. Comprenant ma détresse, l’un de mes compagnons d’infortune m’expliqua que cette sensation était due à la destruction du Puits de Soleil et qu’il ne fallait surtout pas céder à sa soif, au risque de « mal finir ». Il m’expliqua qu’il n’existait aucun remède miracle à cette envie et que seule la méditation et le sommeil pouvaient l’apaiser. « Cela tombe fort bien, j’ai toujours aimé dormir », répondis-je avec une candeur qui amusa mes confrères. Bientôt, un premier convoi se mit en route pour la capitale des humains. Hurlevent, ou « la cité bleue », comme on la surnommait. J’avais tant entendu parler de cette cité idyllique. On la disait majestueuse, romantique et peuplée de héros de toute beauté, à l’instar de la légendaire Lordaeron. Une ville où tous les habitants sont nobles et respectueux, où la cuisine est délicieuse et où les fêtes mondaines sont majestueuses. Je me languissais dûment. Les femmes non-combattantes et les enfants furent prioritaires dans les premières caravanes de transport. Je m’y suis donc rendue avec Theine et Gilveradin, qui y a été autorisé en raison de ses talents de transmutateur et d’abjurateur. J’ai été désagréablement surprise par le manque de confort dans ces calèches, dont les sofas étaient trop mous et épousaient mal le dos. Du thé nous fut servi, mais hélas sans petits gâteaux ni confiseries, ce qui fut une nouvelle déception pour moi. Les auberges dans lesquelles nous nous arrêtions comportaient souvent des baignoires bien trop petites, et les repas offerts ne comptaient que 3 services. Chapitre 11 : La cité bleue Au bout de quelques jours extrêmement inconfortables, nous arrivâmes finalement à Hurlevent. Malgré mon bonheur d’être enfin sortie de la calèche, je commençais à être quelque peu déçue : la cité bleue ne ressemblait que bien peu aux descriptions idylliques que l’on m’en avait fait. Je tentais de ne point montrer ma désillusion. Messire Gilveradin semblait déjà fort bien connaître la capitale, pour une raison que j’ignorais complètement. Sans même m’expliquer ce qu’il souhaitait faire, il me guida alors jusqu’à la plus grande banque de la capitale. Elle était fortement bondée, mais il suffit à messire Gilveradin de donner son nom pour passer en priorité dans la partie réservée. Arrivant devant le guichet, mon valet présenta tous mes papiers au banquier. Celui-ci s’adressa directement à moi, en hochant la tête : « Fort bien, Mademoiselle Doucétoile. J’ai bien reçu le message de votre valet ici présent ; Le coffre-fort est encore au nom de vos parents mais, compte tenu des événements, nous allons y remédier dans les jours qui suivent. Vos parents vous ont laissé une grande fortune, Mademoiselle. » Epoustouflée, je me contentai de hocher la tête, comme dans un rêve irréaliste. J’appris plus tard que Père et Mère, au moment où leur conflit avec le gouvernement régent eut débuté, ont transféré la grande majorité de leurs richesses dans la banque royale de Hurlevent, dans le coffre-fort qu’ils louaient depuis plus de trente ans. Messire Gilveradin s’était lui-même chargé de toutes les formalités de mes parents et, suspectant déjà ma sœur de trahison, n’a pas intégré son nom au registre d’héritage. Messire Gilveradin m’apprit ensuite que la majorité des réfugiés Quel’doreis allaient s’installer au Quartier des Mages. Je décidai donc, grâce à cet argent, d’acheter un hôtel particulier dans ce quartier et de le faire aménager comme le fut autrefois notre palais familial : sans aucune fenêtre extérieure, pour une sécurité complète. Gilveradin se chargea de l’acheter du bien, et Theine de l’agencement. Au bout de quelques mois seulement, le palais fut absolument merveilleux. Confortablement installée dans l'hôtel le plus élégant de la cité, j’ai profité de toute la durée des travaux pour travailler sur mes plus grands contes, et il ne restait plus qu’à les publier. Mais au moment où je les présentais à mes deux serviteurs, mademoiselle Theine me fit part de ses craintes : les maisons d’édition hurleventoises sont peu enclines à accepter la littérature étrangère, d’autant plus quand elle est elfique. Elle me proposa alors de créer ma propre maison d’édition, afin d’être parfaitement libre et indépendante. C’est ainsi que, depuis ce jour, tous mes contes furent publiés par la maison « Des Sourires et des Rêves », sous la direction de Theine, responsable de cette entreprise. Chapitre 12 : L’argent ne suffit point au bonheur Mon palais bâti, mes contes publiés, j’avais désormais tout pour être heureuse. Du moins, presque tout. Je ressentais encore un grand vide au fond de mon cœur et malgré mon soulagement d'avoir quitté l'enfer sin'doreï, ma peine n'avait point disparue. Car j'étais une Elfe, mon arrivée n’était point passée inaperçue dans le quartier… et elle était loin de faire l’unanimité. Vivant dans cette capitale mystérieuse où j’étais quotidiennement dévisagée, je commençai à ressentir cette douleur intense qu’est le manque d’amour. Ni Père, ni Mère, ni Grand-Frère, ni Grande-Sœur, ni Rose n’étaient là pour veiller sur moi, me protéger. Je me sentais vide, infiniment vulnérable. Voilà fort longtemps que j’avais besoin de tendresse, de protection… d’amour. Amour au masculin ? Au féminin ? Je ne me suis jamais posée la question. Après tout, je n’ai jamais su différencier l’amitié profonde de l’amour. Quand on y pense, l’amour n’est-il point l’aboutissement final de l’amitié ? J’aimais Rose. Platoniquement, bien sûr, mais je l’aimais. Ce que les humains nomment « choses de l’amour » n’ont que bien peu à voir avec l’amour. Une douceur, une étreinte ou même un baiser sont, à mes yeux, plus belle preuve d’amour que de se métamorphoser en un couple de bêtes fauves. Nous sommes des créatures sentimentales, c’est ce qui nous différencie des Trolls et autres animaux. Aussi, quelle que soit la personne vers qui mon cœur se tournerait, je tenais à me préserver de la bestialité. Père et Mère souhaitaient autrefois me voir mariée à un riche commerçant à Lune-d’Argent, afin que je sois protégée de tous les dangers. Le décor avait changé, mais l’idée d’un mariage arrangé me répugnait toujours au plus haut point. Vivre sans amour me paraissait inimaginable. C’est ainsi que je décidai de me faire connaître auprès de la communauté mondaine de Hurlevent. Mais hélas, à l’époque, je n’ai eu besoin d’assister qu’à quelques bals et réceptions pour comprendre qu’une haute-elfe n’était point la bienvenue dans ce milieu. Les habitants des demeures voisines n’appréciaient guère mon palais, dont la seule splendeur suffisait à effacer toute bâtisse adjacente. Ils n’apprécient point non plus l’absence de fenêtres qu’ils, dans leur grande ignorance et leur racisme viscéral, voyaient comme une forme d’arrogance et de mépris du peuple. Lasse de cette hostilité constante, je décidai alors de louer les services d’un cocher afin de partir à la découverte de la belle région d’Elwynn et de me changer les idées. Ayant emporté bien des bagages avec moi, j’ai embarqué dans la cariole avec mes deux serviteurs. Passant entre forêts et collines, nous nous arrêtâmes dans le premier village où la vie semblait bien présente : le Comté-de-l’Or. Chapitre 13 : L’artisane J'avais pour ambition, à un moment donné, de bâtir un palais campagnard, où je posséderais des vaches parfumées et des poules aux œufs en chocolat. La vie paysanne me fascinait grandement, une fois enlevés le labeur de la ferme et l'odeur de la campagne. Hélas, mon arrivée au Comté-de-l’Or fut extrêmement difficile. Je pense y avoir été encore plus mal reçue que je ne l’ai été à Hurlevent. Ayant installé un petit guichet afin que Theine puisse y vendre mes livres, force fut de constater que le succès n’était point au rendez-vous. Pour sûr, les choses auraient été bien différentes si j’étais née sans oreilles à défaut d’être seulement née sourde. La populace locale n’était que bien peu réceptive à mes contes, car leur autrice était bien trop elfique à leur goût. Bon nombre de coupe-jarrets se sont montrés hostiles envers ma personne en raison de mes origines et, dans les premières heures, bien peu se sont manifestés pour me protéger de ces criminels… hormis une jeune femme, artisane, très populaire dans le comté. Prenant ouvertement ma défense, elle m’a offert son hospitalité et m’a protégée de mes détracteurs. C’est ainsi que nous sommes devenues des amies et, de fil en aiguille, des amies proches. J’ai cru l’aimer comme j’ai aimé Rose. Mais je me rendis compte qu’elle, pour sa part, ne désirait ni mon amitié, ni même mon amour. Infiniment jalouse et possessive, mon héroïne s’est, en l’espace de quelques jours, métamorphosée en geôlière. Prétextant que j’avais trop d’ennemis pour me montrer au comté, elle m’enfermait des journées entières dans sa demeure. Elle remettait en question ma religion – louée soit la Sainte Lune -, mon éducation et tout ce qui faisait de moi une Elfe. Elle me montra ainsi son vrai visage, qui n’était finalement pas différent de celui des autres comtois. Devenue à nouveau dépressive, je ne mangeais plus, je ne dormais plus, je n’écrivais plus… et cette horrible soif me revenait, toujours plus intensément. Quand, au cours de notre étrange relation, je suis tombée sous le charme d’un noble humain, l’artisane n’a pas supporté cela et a tout fait pour briser cette idylle. Le comble de la trahison est venu lorsqu’elle a fait appel à son amie sorcière pour me blesser physiquement et mentalement… moi, qu’elle prétendait aimer. Ne cédant à sa cruauté, je l’ai définitivement éconduite. Elle eut laissé couler quelques larmes, mais je ne pouvais croire à leur sincérité après ses acte si cruels Je lui ai dit adieu. Nul ne l’a plus jamais revue au Comté-de-l’Or. Chapitre 14 : Libération et belles rencontres Peu après avoir fui la demeure de l’artisane, je suis retournée au Comté-de-l’Or, bien décidée à prendre ma revanche et à ne pas m’avouer vaincue face à la xénophobie ambiante. J’ai recommencé à vendre fièrement mes livres, n’offrant pas à mes détracteurs le plaisir de me voir faiblir. Reprenant confiance en moi, j’ai fini par obtenir le succès dont je rêvais auprès des jeunes enfants du comté. Je continuais à susciter la critique de jaloux détracteurs, bien sûr en raison de mes longues oreilles. Toujours à la recherche de la personne qui apporterait le Soleil dans ma vie, j’ai alors rencontré un beau sire, thalassien et chevalier au service de la belle Alliance. Malgré son devoir de guerrier et son héroïque prestance, il savait faire preuve d’une grande douceur avec les femmes. Mon cœur a chaviré en sa direction… du moins, seulement quand mon cœur était près du sien. En effet, le beau sire ayant de lourdes responsabilités dans l’armée, il n’était que rarement disponible pour moi et souvent en mission, à mon plus grand malheur. Hélas, je ne pouvais vivre ainsi. Mon cœur ne le supportait point. J’ai toujours eu besoin de tendresse, d’amour. Que l’on prenne soin de moi et que je puisse, en retour, prendre soin de l’élu de mon cœur. Finalement, le beau sire, nostalgique de la belle Lune-d’Argent, fit son ultime choix en quittant définitivement l’Alliance pour s’en aller rejoindre les immondes Sin’doreïs, trahissant ainsi notre peuple et mon cœur qui, lui, se brisa en douze morceaux. Je recommençai à déprimer et à pleurer chaque nuit durant, souffrant à nouveau du manque de magie. Chapitre 15 : Le joyau, la fine lame et le gobelin Heureusement, quelques semaines plus tard, j’ai pu remonter la pente, en grande partie grâce à la rencontre d’un adorable groupe d’amis composé d’un Gobelin, d’une Kal’dorei et d’une humanoïde. Et c’est parmi eux que j’ai finalement trouvé mon âme sœur. Faite de magie et d’enchantement, protectrice aimante, il s’agissait et s’agit à mes yeux de la perfection incarnée. N’étant point réellement humaine, elle est dénuée de toute perversité propre à l’humanité. Séparables pour rien au monde, nous partageons une divine complicité et une sororale tendresse. C’est dans ce contexte enfin apaisé que j’ai rencontré l’un de mes premiers lecteurs hauts-elfes. Un Elfe aussi ténébreux qu’attachant et aussi mystérieux que fascinant. Il n’était point souvent sur la terre ferme et préférait naviguer de toit en toit. Par son visage bel, doux et presque enfantin, partiellement caché sous un masque, l’on devinait à peine à quel point il était redoutable. Lui-même se gardait bien de le faire savoir. Il dégageait pourtant une puissante aura obscure et dissimulait des armes fort discrètes, à l’image des légendaires fines lames du désert. Très secret, le mystérieux Thalassien ne parlait que bien peu de lui-même, et c’était fort dommage : j’aurais aimé en savoir davantage sur lui. J’ai passé dans ce comté, avec mes amis, l’une des plus douces périodes de ma vie, et ce malgré l’intense pression de mes détracteurs hostiles à la race elfique. Je m’entendais merveilleusement bien avec notre ami gobelin, que je surnommais affectueusement « veste verte » en référence à ses beaux vêtements de couleur émeraude. Malheureusement, alors que nous profitions de ces merveilleux moments tous les quatre, un terrible événement se produisit au Comté-de-l’Or. En effet, des gobelins malintentionnés ont décidé de mettre un complot ancestral à exécution, en empoisonnant les eaux des puits afin de rendre la population malade. Notre ami gobelin s’opposait aux abjectes gobelineries de ses compatriotes mais, hélas, les habitants du comté ne voyaient pas cela du même œil, et décidèrent de le chasser par précaution. Sans réfléchir, ma très blanche amie et moi prîmes la décision d’accueillir notre ami gobelin dans ma demeure hurleventoise. Chapitre 16 : thé, biscuits et trahison Dans le même temps, tandis que notre ami gobelin avait des affaires à régler, nous invitâmes deux amis à prendre le thé au palais. Il s’agissait d’un sire et d’une dame que nous avions rencontrés au Comté-de-l’Or et qui nous parurent fort sympathiques. La dame avait amené de jolis biscuits de toutes les couleurs qui nous donnèrent l’eau à la bouche. Etant très gourmande et friande de sucreries, je ne pus dissimuler mon envie à la vue d’aussi attrayantes pâtisseries. Aussi, afin d’impressionner nos convives et de les mettre à l’aise, je décidai de mettre en pratique un sortilège amusant que j’avais appris à l’académie des demoiselles : contrôler magiquement la théière afin de lui faire servir les tasses à distance. Mon tour de passe-passe eut pour effet de faire rire nos convives ainsi que ma douce amie. Nous ne tardâmes point à goûter les merveilleux biscuits que nous avaient apporté nos invités. Mon amie et moi choisîmes un gâteau de couleur rose. Comme nous avions pu l’imaginer, ils étaient absolument délicieux. Toutefois, après quelques secondes, je commençai à ressentir une atroce douleur dans le ventre et dans la gorge. Je me tins le cou observant ma chère alors que celle-ci, paniquée, me prit dans ses bras. Fort heureusement, mon amie étant une créature magique, elle n’était pas affectée par les mêmes symptômes. Je commençai alors à pleurer, tant la souffrance était intense. Et tandis que, larmes aux yeux, j’observais nos invités avec incompréhension, ceux-ci feintèrent d’abord la surprise et l’innocence. Je n’étais point dupe et, malgré mon immense douleur, je parvins à incanter silencieusement. Au même moment où l’homme sortit sa dague pour nous attaquer, j'utilisais ma magie pour lui lancer la théière à la figure, ce qui envoya l'assassin valser par-dessus la terrasse. Je hurlai ensuite à l’aide. Ma très blanche amie, elle, se mit à combattre la dame et la maîtrisa bien vite. Alerté par le vacarme et les cris, messire Gilveradin fit alors venir la garde et se précipita à notre secours. Au même moment où les gardes se mirent à envahir le salon, je commençai à voir tout noir. À ne plus rien entendre, ce qui me rappelait mes plus horribles souvenirs. Je ne pouvais m’arrêter de pleurer. C’est ainsi que, cherchant désespérément ma tendre amie qui avait dû s’éloigner quelques instants, je finis par perdre connaissance. J’entamai alors un long, interminable voyage. Le plus beau voyage de ma vie. Je les ai tous vus. Père, Mère, Grand-Frère, Rose. Ils étaient tous là, au clair de la Lune, partageant un délicieux repas parmi les Astres dans le Palais Cosmique. Escortée par les jumelles Strela et Stelia, je fus conduite auprès de mes proches. J’étais infiniment heureuse de les voir. Grand-Frère m’observait avec un regard bienveillant et protecteur. « Est-ce le moment, leur demandai-je. Suis-je venue pour rester auprès de vous ? M’invitez-vous pour ce délicieux repas ? ». « Non, ma fille bienaimée, ce n’est point encore l’heure de manger. », répondit simplement ma mère après quelques secondes, avant que Rose ne prenne la parole, de sa voix rassurante. : « Tu as tant de belles choses à accomplir, Lounie. Ce serait tellement dommage ! Attends donc d’avoir de magnifiques histoires à me raconter ! ». Père, lui, m’apparut bien plus inquiet, bien plus grave. « Ma chère fille, écoute-moi. Tu ne dois pas rester. Tu ne peux pas rester. Tu es l’avenir de notre maison, il ne reste plus que toi, et ton destin est grand. Je t’en supplie, n’anéantis point nos espoirs. Notre famille est déchue et, par-dessus tout, elle est éteinte. Il n’y a plus d’homme pour perpétuer la lignée. Aujourd’hui, il ne reste plus que toi qui puisse laver notre nom avant que celui-ci ne disparaisse à tout jamais. ». Infiniment marquée par ces paroles, je vis aussitôt une intense lumière, et je recommençai à entendre les bruits autour de moi. J’étais en vie. En état de semi-conscience, de béatitude et de rage de vivre, je sus que ma douce amie patienta des jours entiers à mon chevet. Je la savais là, présente à mes côtés. J’aurais reconnu sa présence parmi mille, sans même devoir ouvrir les yeux. Je me souviens encore, dans mes songes, d’avoir murmuré son précieux nom tandis que je cherchais sa main, avant de la trouver et de la serrer. Au bout de plusieurs jours, je finis par me réveiller, dans les bras de ma très chère amie, qui ne m’eut jamais abandonnée durant ma convalescence. J'avais rarement été aussi touchée et heureuse de toute ma vie. Car j'avais découvert la vraie valeur de l'amitié. Cet épisode de notre vie, aussi douloureux et éprouvant fut-il, ne nous eut que rapprochées toutes les deux. Notre vie reprit et dès lors, chaque journée fut porteuse d’une joie immense. C’est ainsi que nous décidâmes de profiter de chaque journée comme si c’était la dernière. Nous partîmes pour un long voyage afin de découvrir le monde, allant au gré de nos envies, infiniment libres… libres à en mourir. Aujourd’hui, je ne ressens plus guère le manque arcanique ni le mal d’amour. Et lorsque je vois le doux visage d’un enfant s’illuminer à la lecture de mes contes, passant de la tristesse à la joie, je ne puis m’empêcher de sourire à mon tour en me rappelant que moi aussi, fut un temps, je me pensais inconsolable. À suivre…
  15. Aux premières heures d'Azeroth, le monde n'était alors composé que d'un vierge et immense continent bordé par une vaste mer. Afin de rendre cette terre vivante, la Lune et ses Étoiles, abusivement surnommées "Titans" par les profanes, créèrent les premiers paysages, tous plus somptueux les uns que les autres. Mais il en était un, parmi cette belle étendue de splendeur, qui surpassait amplement tous les autres : il s'agissait d'une très vaste et admirable forêt, qui occupait la majeure partie du continent. La Sainte Lune n'était toutefois pas encore satisfaite, car son rêve le plus intense était celui de créer une race parfaite, semi-divine, qui rendrait hommage à la luxuriance de la forêt féerique. Observant les éléments qui composaient la forêt humide, la Lune choisit dans un premier temps d'utiliser de la boue pour créer ses sujets. Cependant, la facilité de leur création était également porteuse de nombreux défauts. Ils étaient incapables de se mouvoir correctement ou de s'exprimer, et ils n'avaient aucune résistance. Pire encore, leurs beaux traits finissaient par se gâter, et leur magnificence se transformait bien vite en laideur. Déçue, la Lune provoqua une interminable sécheresse sur la région, ce qui causa la disparition des elfes ratés, qui tombèrent en poussière. Certaines de ces créations boueuses survécurent pourtant à la destruction, en s'abritant dans les eaux vaseuses d'un marécage, et en y demeurant durant des milliers d'années. Bientôt recouvertes d'algues, ces créatures prirent un teint définitivement verdâtre mais conservèrent toutefois des longues oreilles. Elles sont aujourd'hui connues sous le nom de "gobelins". Le regard dépité de la Déesse se posa sur les robustes arbres qui composaient la forêt. C'est à ce moment que lui vint l'idée de tailler sa race rêvée dans le bois d'un énorme chêne. Le résultat fut d'abord surprenant, car les créatures étaient capables de se mouvoir parfaitement, en plus d'être d'une grande robustesse et de savoir articuler les mots. Toutefois, la Lune se rendit bien vite compte que les paroles étaient complètement dénuées de sens et ressemblaient davantage à des grognements bestiaux. Ils étaient agressifs et ne rendaient pas même hommage à leur créatrice. Qui plus est, leur laideur était telle qu'elle effrayait les animaux de la forêt. Mécontente, la Lune décida d'invoquer une dizaine de faux dieux, qui eurent pour mission de duper ces horreurs belliqueuses et de les convaincre à se battre entre eux, sous le prétexte absurde d'un « besoin de sacrifices ». Le subterfuge fonctionna à merveille, et la race semi-ratée finit par entrer dans une guerre intestine extrêmement violente et meurtrière. Les rares créatures ayant survécu à ce cataclysme, par leur cruauté et leur insensibilité, se donnèrent eux-mêmes le nom de "trolls". Par profonde déception, la Lune les oublia complètement, et la race trolle, têtue comme un grondax cornouillu, est encore aujourd'hui persuadée de l'existence des "loas". Bien que très déçue, la Déesse n'avait point abandonné l'idée de créer la race parfaite pour veiller sur ses somptueuses forêts. Mais Elle comprit alors que pour créer les illustres gardiens de la forêt, il lui faudrait utiliser l'élément le plus pur et le plus symbolique de la Vie. Par conséquent, cela impliquait de chercher ailleurs de ces bois, malgré leur splendeur. C'est alors qu'Elle aperçut, tout au nord du continent, les magnifiques bois qui lui paraissaient éternels et qu'Elle destinait à devenir, un jour, la terre des Elfes. Les fruits étaient omniprésents dans ses prés, et des céréales sauvages poussaient en abondance dans ses vastes champs d'or. C'est sur ces dites céréales, symboles de prospérité et porteuses de mille vertus, que le regard de la Lune se posa. De ces riches domaines, Elle extirpa une tige d'un blé si doré et si pur que la lueur de la divinité se reflétait en lui. La Lune sut, à cet instant, qu'Elle venait de trouver la matière idéale pour créer la race idéale. Néanmoins, la texture du blé ne permettait pas encore de modeler correctement une belle créature. En conséquence, elle broya les céréales entre ses mains, jusqu'à ce que l'aliment de la Vie ne soit plus que poussière. Enfin, la Lune, dans sa divine mansuétude, s'entailla le bout du pouce afin de faire couler son propre sang, qui devint torrent une fois versé dans la poudre dorée. Le tout forma une pâte si douce et si malléable que la Déesse n'eut aucun mal à modeler ses créatures rêvées, qui furent douées d'une intelligence profonde, d'un esprit affûté et d'une beauté époustouflante. Ivre de joie, la Lune donna à ces merveilles le nom de Bien-nés, et Elle fut si heureuse de sa création qu'elle en pleura pendant tout un millénaire, tout en observant ses enfants grandir et fonder leur somptueuse civilisation. Cette pluie de larmes divines versée sur la terre bénie forma bientôt une source d'eau que les Elfes, reconnaissants envers leur Créatrice, ne tardèrent pas à vénérer. Mais il ne s'agissait point d'un simple lac, car né des propres larmes de la Déesse, il contenait une part de sa magie divine. C'est ainsi que, par la grâce de la Divine, le Puits d’Éternité fut créé, et la race élue commença à assimiler sa puissance, qui se présentait tel un héritage de la Lune. Hélas, bien des milliers d'années étaient passés, et l'ignoble peuple de bois avait gagné en puissance ainsi qu'en cruauté. La race trolle, uniquement animée par la jalousie et la haine à l'égard de la race élue, connaissait son histoire tout en la niant honteusement. Le seul but de l'existence des trolls devint alors, et demeure encore de nuire aux Elfes, aimés de la Déesse. Mille et une guerres s'ensuivirent, desquelles les Elfes sortirent mille et une fois vainqueurs.
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