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Alynor

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  1. Il était une fois, au temps du beau roi Anasterian, une famille de maraîchers enrichis qui venait de s’installer à Lune-d’Argent, dans le beau quartier de la Bourse Royale. Bien que fiers de leurs origines et amoureux de la campagne, ils aspiraient à une vie plus urbaine afin d’offrir la meilleure instruction à leurs trois enfants. Hélas, rien ne s’était déroulé comme prévu. Méprisés pour leurs vêtements ordinaires, pour leurs manières simples et pour leur méconnaissance de la mode, ils avaient un grand mal à se faire accepter des riverains. Arrivés à l’académie, les enfants étaient quotidiennement moqués par leurs camarades ; on les affublait des injurieux surnoms de « croquants » et de « rustauds ». Les parents, eux, étaient royalement ignorés par les bourgeois et les nobles de la cité. Jamais invités aux événements mondains, ils avaient également grand mal à trouver de bons investissements. Communautaristes et élitistes, les notables de la cité faisaient tout pour que la famille retourne à la campagne. Les deux parents étaient très souvent la cible de tentatives d’escroquerie, parfois grotesques, car les riverains sous-estimaient leur intelligence. Leurs vils essais se soldaient toujours par un échec cuisant, et par une humiliation publique, peu volontaire, de la part des « rustauds »… ce qui n’améliorait pas leurs relations avec les élites de la cité. Ayant vite compris que les maraîchers étaient bien plus malins que le disait la rumeur, les bourgeois oublièrent l’idée de les ruiner, et décidèrent tout simplement de les mettre complètement à l’écart. Ils étaient fuis comme la peste, personne ne répondait à leurs salutations ni à leurs mots gentils. Et puisque les parents étaient trop intelligents pour les bourgeois, ceux-ci ne tardèrent pas à s’en prendre aux enfants. Lorsque les poupons se rendaient en ville pour acheter des bonbons, la pauvre confiseuse avait reçu l’ordre formel de leur dire « voyons, vous êtes déjà gros et vos dents déjà gâtées. Voulez-vous aggraver votre cas ? ». Lorsque la plus jeune sœur demandait gentiment au marchand de jouet de lui offrir une poupée qui lui ressemblait, le vendeur, les larmes aux yeux, était contraint à lui donner une peluche en forme de troll hideux. Très vite, la famille devint malheureuse, et les enfants ne voulurent plus sortir de chez eux. Ils pleuraient chaque nuit, en se demandant pourquoi les gens étaient si cruels à leur égard, eux qui ne voulaient que se faire des amis. Cependant, les deux parents parvinrent à rassurer leurs enfants, et leur promis que très bientôt, ils seraient aimés de tous. Afin de s’intégrer enfin auprès de la coterie mondaine, les ingénieux maraîchers décidèrent d’organiser un grand bal dans leur propriété, et d’inviter l’ensemble de leurs voisins. Mais en plus d’honorer les citadins en leur offrant une belle célébration, ils décidèrent de faire une référence directe à leurs origines, espérant ainsi éveiller les consciences et prouver que les campagnards pouvaient organiser de somptueuses réceptions. Aussi, leur bal serait celui des oranges, et célébrerait la cueillette de ces fruits - une cueillette survenant toujours à la fin de l’année. Les maraîchers étaient d’une grande intelligence, et le thème n’avait point été choisi par hasard : il était bien connu que les élites thalassiennes appréciaient tout particulièrement le jus d’orange, le sorbet à l’orange sanguine et surtout la fleur d’oranger, très en vogue, que l’on utilisait pour parfumer le thé et les biscuits. L’annonce du bal fut très bien accueillie, et la plupart des bourgeois furent surpris et ravis d’être invités. Beaucoup en profitèrent pour s’excuser auprès de la famille maraichère, expliquant les avoir boycottés sous la pression de la corporation des joailliers, hostile envers les paysans car ceux-ci sont rarement impressionnés par les bijoux. Il en allait de même pour un grand nombre de corporations thalassiennes, notamment liées aux Arcanes, qui gagnaient à ce que leurs clients ne connaissent rien d’autre que la vie urbaine, et soient habitués aux plaisirs artificiels en oubliant la nature. De tous temps, les ruraux, plus proches du mode de vie darnassien que thalassien, ont été haïs des vendeurs de luxe. Ils étaient bien trop lucides pour se laisser aveugler par ce qui brille. À tout le moins, les gens de la province étaient ceux de la Lune, quand les gens de la capitale étaient ceux du Soleil. - Si Lounie avait eu le choix à la naissance, elle aurait choisi sa reine la Lune mais hélas, le destin l’a fait vivre sous les rayons du tyran Soleil. - Toujours est-il que le bal fut organisé : la demeure fut majestueusement décorée à l’occasion, chaque petit détail rappelant le thème des oranges. Le bal devait se dérouler dans le jardin intérieur de la demeure, où des dizaines de petits orangers étaient présents. L’odeur qui embaumait les lieux était exquise. Le bal se déroulait en pleine nuit, et était éclairé par des lanternes arcaniques, dont la conception rappelait celle des kaldoreis. La famille avait fait un immense effort pour honorer leurs invités ; malgré ce que les mauvaises langues auraient pu imaginer, ils avaient revêtu des tenues de toute beauté, et parfaitement adaptées à leur nouveau rang de bourgeois. Toujours dans le jardin intérieur, un somptueux banquet avait été dressé, et associait habilement les mets urbains aux victuailles rurales. La réception fut très belle, et une trentaine d’invités merveilleusement vêtus se pressèrent pour apporter des cadeaux de toutes sortes à leurs hôtes. Ils félicitaient la famille pour leur bel accueil, pour leur élégance et pour la beauté des lieux. Rarement le couple de maraîchers n’avait été si heureux. Les bourgeois, eux-mêmes, avaient rarement été aussi impressionnés par la beauté d’un bal. La famille avait toutefois un regret de taille : aucun des bourgeois appartenant à la corporation des joailliers ne s’était présenté à la fête. Cependant, ils oublièrent bien vite cette déception pour se concentrer sur la belle soirée à venir. Mais tandis que le bal s’annonçait féerique, des cris monstrueux se mirent à retentir depuis le salon. Et très bientôt, cinq créatures firent irruption dans les jardins, terrorisant les convives. Il semblait s’agir de trolls, habillés dans une tenue caricaturale de paysans. Ils portaient des massues en bois, et des boucliers comportant l’insigne de la famille de maraîcher. Ils agitaient leurs armes en direction des participants afin de les effrayer. Bien entendu, les invités comprirent assez tôt qu’il s’agissait de simples déguisements… et d’une très mauvaise blague. Néanmoins, les insignes de la famille laissaient planer un sérieux doute aux invités : et s’il s’agissait d’une farce organisée par les maraîchers, pour se venger en ridiculisant les bourgeois ? Curieux, l’un des invités alluma une torche arcanique et s’approcha des cinq « monstres ». Ce qu’il ne savait point, c’est que les costumes utilisés étaient extrêmement inflammables. En l’espace d’une seule seconde au contact de la torche, tous les déguisements s’embrasèrent. D’horribles hurlements retentirent. Les mauvais farceurs se mirent à courir et à se rouler au sol pour tenter d’éteindre le feu, en vain. L’incompréhension était générale, et personne ne semblait en mesure de réagir… la mort semblait inévitable. Mais aguerris par leur ancien métier de maraîcher et habitués aux feux de forêt, le père et la mère surent exactement quoi faire. Ils commencèrent à incanter pour invoquer des sphères d’eau, et les briser au-dessus des convives enflammés. Le premier fut sauvé. Puis le deuxième. Puis le troisième. Hélas, dans la panique, les deux derniers s'étaient mis à courir dans toute la salle de bal, obligeant le couple à utiliser une quantité phénoménale d’eau, et donc de mana, pour les aider. Ils utilisèrent toutes leurs capacités pour tenter de sauver les brûlés. Pendant ce temps, les farceurs sauvés durent retirer leurs déguisements ; il s’agissait, sans grande surprise, de jeunes bourgeois qui appartenaient à la corporation joaillière, et qui espéraient sans-doute gâcher la fête. Après s’être occupés du cinquième avec grande difficulté, les deux amoureux s’effondrèrent à genoux, vidés de toutes leurs forces arcaniques. Épuisés, ils étaient persuadés d’avoir pu sauver tout le monde. Hélas, il restait un jeune homme, l'un des gentils invités, dont les mains étaient en flammes car il avait tenté d’aider les brûlés. Voyant que leurs parents n’étaient pas en état d’agir, les trois enfants maraîchers se précipitèrent, en tentant d’invoquer des sphères d’eau, alors qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant. Malheureusement, la magie ne s’improvise pas, et les enfants ne firent qu’envoyer une simple répulsion inversée, sauvant les mains du jeune homme, mais projetant le feu en leur propre direction. Bientôt, les trois enfants furent en flammes. Paniqués, ils se précipitèrent vers leurs parents qui, effondrés, tentèrent dans un geste vain d’éteindre le feu en les serrant contre eux. Hélas, le feu était bien trop puissant, et cette étreinte devint très vite un geste d’amour désespéré. Hurlant et pleurant de douleur, ils cherchèrent de l’aide auprès des convives qui, tétanisés, étaient incapables de faire quoi que ce soit. Tous assistaient à la scène, impuissants et benêts. Les maraîchers fermèrent bientôt les yeux, car la fumée les aveuglait. Lune merci, après quelques instants de souffrance, les cinq elfes furent définitivement soulagés de leur mal. Ils rouvrirent les yeux, se serrant toujours précieusement l’un contre l’autre, telle une famille unie. Ils n’étaient plus dans leur modeste salle de bal, mais dans un immense hall de réception, où ils furent accueillis par les célestes hôtes avec une grande tendresse. Sous les nuages, ils pouvaient voir un large tas de cendres dans un jardin intérieur, et une multitude de bourgeois attroupés autour, pleurant la perte de leurs héroïques amis avec incompréhension et impuissance, tels des agneaux sans leur berger. Invités d’honneur au Palais Cosmique, les beaux maraîchers devinrent des Etoiles, demis-dieux, en récompense de leur héroïsme, de leur bienveillance et de leur immense courage. Ils veillent aujourd’hui sur tous les agriculteurs d’Azeroth, et profitent d’être choyés par la Lune et unis en famille pour l’Eternité. Cependant, ils ne peuvent toujours pas s’empêcher de pleurer quand ils voient, depuis les cieux cosmiques, un maraîcher se faire rabrouer par un citadin alors qu’il est l’architecte de son moindre repas.
  2. - Une histoire écrite par Alynor Eclat-de-Lune, sur l'idée originale de sa filleule Alicia Norz. - Il était une fois, dans un monde où les animaux régnaient en maître, une petite ratoune qui allait sur sa sixième année. Hélas, la pauvre enfant venait de perdre ce qui lui était le plus cher : sa maison, ses amis, et surtout ses parents adorés. Depuis les cieux, son père et sa mère l’observaient avec amour, mais la douce ratoune ne pouvait malheureusement pas le savoir. Livrée à elle-même, l’enfant décida d’aller chercher l’aide de son peuple : elle était bien trop petite pour survivre seule. Elle avait besoin que l’on s’occupe d’elle, que l’on prenne soin de son pelage, et surtout d’être aimée. Elle décida alors de s’aventurer plus loin dans la forêt, arpentant timidement les sentiers feuillus et ombragés à la recherche de ses comparses ratounes. Elle n’avait encore jamais voyagé et cette idée lui faisait peur, mais elle se devait d’avancer… au fond d’elle, elle savait que ses parents voulaient qu’elle vive longtemps, et qu’elle vive heureuse. C’est alors qu’elle entendit un grognement terrifiant, qui la poussa à sauter dans les feuillages. Elle se recroquevilla alors avec crainte, en priant la Lune de la secourir. La pauvre enfant craignait qu’une bête terrifiante, telle qu’un worg ou un chien fou, la dévore toute crue. La gentille ratoune entendit le bruit se rapprocher progressivement, tant bien qu’elle se prît à trembler comme une feuille. Soudain, une voix grave mais douce arriva à ses oreilles : - Oh ! Je me disais bien qu’une adorable ratoune était cachouillée ici ! L’enfant se retourna alors, et vit une ourse géante qui l’observait, mais sans agressivité aucune. L’ourse demanda à la ratoune ce qu’elle faisait ici toute seule, et fut attristée quand elle lui raconta son histoire toute malheureuse. L’ursidé en fit de même, et lui expliqua qu’elle était une alchimiste ermite, et qu’elle fabriquait des potions pour tous les animaux de la forêt. C’est alors qu’elle proposa un marché à l’enfant : elle l’adopterait et prendrait soin d’elle toute sa vie, à condition que la ratoune l’aide à fabriquer ses potions magiques. Heureuse et persuadée d’avoir enfin trouvé celle qui lui donnerait l’amour dont elle a besoin, elle accepta. Hélas, la désillusion vient rapidement : même si elle était bien traitée, la douce ratoune devait travailler très dur pour sa maman ourse, sans aucune véritable rétribution. Elle se rendit d’ailleurs compte que les potions n’étaient pas destinées à aider les autres animaux, mais à rendre l’ourse encore plus puissante, afin qu’elle puisse dominer la forêt. Mais ce qui la chagrinait vraiment, c’est que l’ourse ne s’occupait pas assez d’elle. Elle ne prenait pas soin de son pelage, ne faisait pas sa toilette, ne jouait pas avec elle, et ne lui faisait pas assez de câlins. Malgré cela, la maman ourse était très protectrice, et voulait garder sa petite ratoune toute la vie. Toute triste, l’enfant savait toutefois qu’elle ne pourrait pas vivre ainsi. Elle pleurait chaque nuit, et réfléchissait à s’enfuir. Quand un beau jour, deux étranges loups vinrent discrètement voir la jeune ratoune tandis qu’elle travaillait. Curieusement, ces mystérieux arrivants semblaient connaître ses malheurs. Ainsi, ils lui proposèrent un marché : si elle venait avec eux, elle serait heureuse et oublierait tous ses chagrins. Misère, la gentille ratoune ne savait pas encore qu’il ne faut jamais faire confiance à un loup inconnu. Elle les suivit et, bien vite, elle se rendit compte de son erreur. En réalité, ces deux lupins étaient infiniment méchants, et ne souhaitaient qu’une seule chose : l’asservir afin qu’elle devienne, comme eux, une pratiquante de la magie noire. Ils prirent un malin plaisir à briser ses derniers espoirs, et à la forcer à faire toutes sortes de profanations ténébreuses. Sa magie naturelle de ratoune commença à se corrompre… et n’était qu’à quelques doigts de la changer pour l’éternité. À cette idée, les deux cruels loups se réjouissaient d’avance. Heureusement, les parents de la gentille ratoune veillaient sur elle depuis l’au-delà. Infiniment attristés par ce qui arrivait à leur pauvre enfant, ils implorèrent la Lune d’envoyer une noble chèvre à sa rescousse : dans cet univers, les chèvres étaient des animaux semi-divins qui vivaient sur une autre planète. Touchée par la détresse des parents, la Sainte Lune accepta, et envoya l’un de ses animaux légendaires. Pour commencer sa quête, la chèvre fit en sorte d’être engagée comme servante dans une famille. Celle-ci était composée d’une renarde, d’une tigresse et d’une griffonne. En effet, l’envoyée divine avait remarqué qu’une autre chèvre était amie avec cette famille. Enrichie de ces nouveaux contacts, la chevaleresse cosmique put se mettre au travail. La gentille chèvre ne tarda pas à retrouver la douce ratoune, et à la délivrer des méchants. À ce moment, la ratoune se sentit revivre, et voua un amour et une reconnaissance immenses à sa sauveuse. Cette dernière l’emmena alors dans la capitale de l’Alliance Animalière, dans le Palais des Goupils, pour lui présenter la famille qui l’avait embauchée. Joyeuses et attendries par l’enfant, les membres de la famille l’accueillirent sans hésitation. Hélas, même si elle aurait voulu se montrer chaleureuse envers ces doux animaux qui l’accueillaient, l’enfant ne put se résoudre à le faire. La vie avait eu raison de son espoir, et elle était désormais persuadée qu’elle n’était pas faire pour être heureuse. Pire encore, elle était habituée à perdre tous ceux qui lui étaient chers, et craignait qu’en s’attachant à cette famille, elle ne fasse que précipiter le destin. Cela dit, malgré ses tentatives de rester distante pour se protéger et pour protéger ses bienfaitrices, elle finit par s’attacher… et par se faire adopter. Aimée, elle reçut enfin l’attention et l’affection dont elle avait tant besoin. La famille ne cessa de s’occuper d’elle, et lui promit que sa vie ne serait plus jamais la même. Plus que n’importe qui, ces animaux la comprenaient. Et pour cause, chacune avait connu de grandes pertes. La renarde et la griffonne avaient vu leurs peuples décimés par les vils corbeaux, tandis que la tigresse avait été contrainte à d’affreux sacrifices par le dragon dont elle était disciple. Mais surtout, ces trois animaux avaient pour point commun de ne pas avoir eu de véritable enfance. Plongées bien vite dans le monde des adultes, elles avaient toujours souffert de ce manque. Aujourd’hui, enfin libérées de l’emprise du devoir, elles pouvaient vivre la vie dont elles avaient envie. Et par-dessus tout, elles souhaitaient que leur ratoune adoptive puisse avoir l’enfance qu’elles n’avaient jamais eue. Et leur vœu sincère fut exaucé. Au fil des jours, la ratoune commença à vivre une vie heureuse et insouciante, comme tout enfant le mérite. Petit à petit, ses blessures au cœur se mirent à cicatriser. Et très bientôt, ses nouvelles amies lui firent goûter une chose délicieuse qui lui était encore inconnue : les sucreries ! C’est alors que la vie d’enfant eut finalement un sens à ses yeux. Ainsi, durant de très longues années, la ratoune vécut heureuse et eut beaucoup de bonbons !
  3. Il était une fois, en l’an 20 et dans le Haut-Royaume, deux jeunes amis inséparables. Dinian, un gentil thalassien et Lilias, un charmant garçon tout à fait normal, quoiqu’aux oreilles un peu plus courtes que les autres. Né d’une idylle entre un libérateur humain et une citoyenne de Lune-d’Argent, il faisait partie des très rares bâtards nés de la Deuxième Guerre. Hélas, les parents de sa génitrice n’ont jamais accepté tel déshonneur, et Lilias fut abandonné devant l’orphelinat alors qu’il n’avait que quelques jours. Et tout lien ayant été rompu avec l’Alliance à la suite de l’incident des forêts, il fut impossible de retrouver le géniteur humain. L’enfant n’a donc jamais connu son père, ni sa mère. Si la mère avait été contrainte d’abandonner son enfant, c’est parce que dans la société thalassienne d’autrefois, une valeur quasi-mystique était accordée à la « pureté du sang ». Reconnaître un bâtard comme son enfant et l’accepter dans sa famille équivalait à se suicider socialement. Mais les enfants n’ont que faire des absurdités des adultes. Ils sont bien au-dessus des préjugés et des caprices mondains. Aussi, Dinian, un jeune garçon de très bonne famille vivant à la Bourse Royale, lui portait une grande affection. Tous deux âgés de douze ans, les garçons s’étaient liés d’amitié à l’académie, jusqu’à devenir comme des frères. Malheureusement, il était difficile pour Lilias de voir son cher ami Dinian comme sa seule famille, puisque les parents de celui-ci désapprouvaient formellement cette amitié. Risée de l’école et du quartier, l’enfant était seul, et ne parvenait à garder la joie de vivre que grâce à la présence de son ami. Timide et d’un naturel doux, Lilias ne parvenait à se défendre seul face à ses nombreux ennemis. De plus, du fait de son origine, il n’avait que peu d’affinités avec la magie. Néanmoins, les professeurs avaient déjà décelé en lui une certaine aptitude à la piété. En ces temps-là où seule la magie importait, une telle vocation n’était que peu respectée dans le Haut Royaume. Cela ne fit qu’en ajouter à la déchéance du pauvre enfant. Après l'école et avant de rentrer à l’orphelinat, Lilias partait souvent s'isoler dans la ville pour prier les Etoiles, ses larmes de détresse inondant le sol. Il ne demandait pas la lune, ni les longues oreilles... mais seulement qu'on l'accepte tel qu'il fut. Les parents de Dinian l’ont bien vite défendu de voir son ami en dehors de l’académie. Mais l’enfant n’en avait cure. Très souvent, les deux garçons se retrouvaient devant l’orphelinat du Bazar, là où ils ne risquaient pas de se faire importuner. Jusqu’au jour où, à la mode de Quel’thalas, les parents du jeune bourgeois firent suivre leur fils par le valet de la maison. Surpris en train de manger des bonbons ensemble, assis sur une simple rambarde, les enfants tentèrent d’abord de s’enfuir. Néanmoins, le valet supplia Dinian de le suivre, afin d’éviter les représailles. En effet, les parents du jeune garçon, très cruels, avaient pour coutume de battre à la fois les enfants et les serviteurs de la maison. Lilias, qui connaissait très bien la réputation de cette famille, conseilla même à son ami de lui obéir, les yeux larmoyants. Il ne voulait pas que son ami soit battu à cause de lui. Pris de pitié pour le pauvre serviteur et ému par les paroles de son ami, Dinian accepta de le suivre, en promettant à Lilias qu’ils se reverraient bientôt. Hélas, il n’en fut rien. À peine arrivé à la maison, l’enfant fut accueilli par une gifle magistrale. Tout en le battant avec une grande violence et une méchanceté sans borne, le père lui annonça qu’il n’aurait plus le droit de sortir jusqu’à la fin de ses études. À Quel’thalas, il était bien rare de finir ses études avant ses 60 ans ! Mais alors que les parents de l’enfant avaient prévu toute une série de punitions pour l’enfant, un événement inattendu vint troubler leurs plans. Une immense troupe toute en armes marchait en direction des portes, portant bien haut la bannière du grand Anasterian. Et partout, des cris résonnaient « Nous avons été trahis ! Ils marchent sur la cité ! Ils arrivent ! Nous ne pouvons plus les arrêter. » Paniqués, les parents ordonnèrent alors à leurs serviteurs de barricader les portes de leur grande maison. Malgré les innombrables supplications de leur fils, les parents refusèrent de porter secours à Lilias. Ils savaient qu’il leur restait encore du temps avant l’arrivée du Fléau, mais dans leur cruauté démente, ils voyaient en l’événement l’occasion de se débarrasser de ce garçon si gênant pour leur famille. Et quelques heures plus tard, des cris atroces purent se faire entendre dans tout le quartier. Terrorisé, Dinian refusait de penser que l’un de ces cris provenait de son meilleur ami. « Il a trouvé refuge quelque part », se répétait-il. Le valet tentait de le rassurer de la même façon. « L’orphelinat va forcément mettre tous les enfants à l’abri ». Malgré cela, le garçon ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. S’il eut été roi ou ne serait-ce que patriarche de sa maison, Dinian aurait volé aux secours de son ami. Mais que pouvait faire un enfant seul face à la cruauté de tout un monde ? Lorsque tout fut fini et que les barricades furent défaites, Dinian profita du chaos pour sortir de la maison en cachette, courant en direction du Bazar. Les larmes aux yeux, il vit alors que le quartier n’était plus que ruines. L’orphelinat, fabriqué en bois, avait dû voler en éclat aux premières minutes de l’assaut. Mais, une lueur d’espoir dans ses yeux, Dinian vit alors la directrice de l’orphelinat, secouée, les vêtements en partie déchirés. Celle-ci informa le garçon que la plupart des enfants avaient pu se réfugier dans les quelques maisons bourgeoises du quartier et de la cité. Néanmoins, elle ne put s’empêcher d’ajouter, larmoyante, « Mais quel bourgeois offrirait l’asile à un bâtard ? ». L'enfant refusa de croire à cela, et il se mit à la recherche de son ami. Il se jura qu'il parcourrait toute la ville jusqu'à le retrouver. Il savait qu'il était quelque part, et il avait la conviction que la société n'était pas aussi cruelle que ses parents. Qui aurait pu reprocher à un si jeune garçon sa si douce naïveté ? Cherchant désespérément dans l’Allée des Anciens, Dinian retrouva finalement son ami Lilias, étendu au sol, à seulement quelques mètres d’une maison où on lui avait probablement refusé l’entrée. Ses pieds nus étaient couverts de blessures, comme s’il avait couru à travers toute la cité pour tenter de trouver un abri. En vain. Son corps déchiqueté portait les marques du Fléau et de l’abandon. Dinian se laissa tomber au sol, près de lui. Plus rien n'avait du sens à ses yeux. Le monde s'écroulait. Au fil des jours, la vie tendit à reprendre dans la cité dévastée. Mais pas pour tous. Inconsolable, Dinian ne pardonnera pas à ses parents d’avoir abandonné son ami. Il comprit que ce royaume n’était pas le sien, et il fit partie des nobles Elfes à refuser l’autorité du prince fou. Le garçon partit seul à l’aventure, en quête d’un monde plus juste, et ne revit plus jamais sa famille. Avant son grand départ, le jeune elfe enterra son ami au plus près des tombes des héros thalassiens. Et sur la pierre tombale, il fit graver « À mon ami Lilias – Condamné pour ses oreilles ».
  4. Il était une fois, à Lune-d’Argent, trois petites poupées-princesses qui vivaient dans la chambre d’une enfant, leur chère Reine. Tous les soirs, Valliamour, Eradorée et Alychoute jouaient à la dînette avec leur Reine, avant de lui souhaiter une merveilleuse nuit de sommeil. Elles se retiraient ensuite dans le Royaume des Jouets, jusqu’à leur petit château, où elles dormaient ensemble. Parfois, elles profitaient du chemin pour s’occuper de leurs poneys en peluche, pour se promener dans la forêt en carton ou pour discuter avec les princes charmants qui vivaient dans le deuxième château en jouet. Sous la main bienveillante de leur Reine, les trois poupées ne s’ennuyaient pas, et ne cessaient jamais de passer de bons moments. Malgré cela, la vie au Royaume des Jouets n’était pas si belle que l’on aurait pu l’imaginer. En effet, voilà quelques temps qu’un grand malheur s’était produit. Un beau matin, les trois princesses découvrirent avec stupeur que l’ensemble des gentilles poupées et des peluches qui vivaient au château avaient disparu sans laisser de trace. La Reine des Jouets en fut inconsolable. Qui plus est, depuis quelques semaines, la petite reine faisait de terribles cauchemars et se réveillait pour pleurer, réclamant sans cesse ses poupées pour se consoler. Pour cause, il ne se passait pas une nuit sans que des grattements et des cris se fassent entendre depuis le grenier, juste au-dessus de sa chambre. Très attristées et inquiètes, les trois poupées comprirent qu’un véritable danger menaçait le Royaume des Jouets, et décidèrent d’aller mener ensemble leur petite enquête. Néanmoins, une expédition jusqu’au grenier ne pouvait se faire sans une longue préparation ! Les parents de la jeune enfant étaient de riches commerçants, et leur demeure était particulièrement grande. Aussi, pour atteindre le grenier, trois jours de marche étaient nécessaires… et les affreux périls séparant la chambre de la mansarde étaient célèbres dans tout le Royaume des Jouets. Lorsque les trois amies parlèrent de leur projet au Conseil des Princes des Jouets, toutes les poupées furent terrifiées, et aucune n’accepta de les aider… pas même les deux beaux princes. Il faut dire que la disparition des serviteurs des trois princesses avait terrorisé tout le petit royaume, et nul n’osait se frotter à un mal si dangereux. Mais il était hors de question pour les trois princesses d’abandonner leur reine bienaimée. C’est ainsi qu’elles décidèrent de consulter l’une de leurs amies de confiance, la plus sage de la chambre : Briana, la boîte à musique de l’enfant. Âgée de plus de cinq cent ans, et avait connu bien des enfants avant de servir la reine des Jouets. Briana expliqua alors aux poupées que pour espérer atteindre le grenier, elles devraient d’abord échapper aux terribles lanternes enchantées du palais, monter les « marches du désespoir », puis amadouer les deux balais enchantés pour avoir accès au cajibi et utiliser l’échelle magique pour monter jusqu’à la mansarde. Elle leur conseilla également de se déplacer uniquement de nuit pour ne pas croiser d'elfes, et de se reposer la journée. Les poupées suivirent ses conseils, et se mirent alors en route. Elles allèrent d’abord prévenir leur reine de leur mission pour la protéger. Toute émue, la gentille enfant leur donna alors de nombreuses provisions pour la route : de la guimauve, des caramels, et même du nougat. Unies par le pouvoir de l’amitié, les poupées se prirent la main, et commencèrent à marcher en direction du couloir, et ce pendant toute la nuit. Au petit matin, alors qu’elles s’apprêtaient installer leur petite tente pour se reposer, elles entendirent du bruit, puis sentirent le sol trembler. Paniquées, elles se cachèrent et se firent un câlin pour se rassurer. Cachées derrière une étagère à couvertures, elles virent alors une servante qui s’en revenait de la chambre, chargée d’une valise. Les poupées la reconnurent facilement : c’était la valise de leur Reine ! Surprises et intriguées, les poupées décidèrent tout de même de monter le camp ici, en restant bien à l’abri. Après un agréable repos et de délicieuses confiseries, les princesses poursuivirent leur périple, arrivant alors devant les « marches du désespoir », réputées dans tout le Royaume des Jouets comme infranchissables. En effet, ces immenses escaliers s’étendaient à perte de vue, et chaque marche était plus grande que les poupées. Désespérées, les poupées pensèrent alors, avec tristesse, qu’elles n’y parviendraient jamais. Mais bientôt, les trois princesses s’exclamèrent en même temps « J’ai une idééééée ! ». Pour franchir chacune des marches du désespoir, Valliamour, la plus forte des trois poupées, devait se faire porter par ses deux amies pour atteindre le sommet. Ensuite, Eradorée devait aider Alychoute à grimper, avec l’aide de Valliamour. Enfin, les deux princesses devaient tendre leurs foulards en soie à Eradorée, la plus habile des trois, pour qu’elle puisse monter en toute simplicité. Après une demi-journée de périple, et par le pouvoir de l’Amitié, les princesses arrivèrent finalement au bout de cette épreuve. Elles se mirent de nouveau à l’abri afin de se reposer et de manger quelques bonbons. Et après plusieurs heures, tandis que la nuit était revenue dans la demeure, elles continuèrent en direction du cajibi. Mais soudain, les poupées aperçurent une lueur au loin… puis deux, puis trois… puis dix ! Une véritable armée de lanternes arpentait les couloirs, probablement averties de la présence d’intrus. De mystérieuses voix raisonnaient alors, provenant de la plus grosse lanterne : « Rattrapez-le, éclaireurs ! Il a dû utiliser un parachute pour éviter les escaliers. Il a un cheval blanc ! Hâtez-vous ! » Ne comprenant pas ce qu’il se passait, les princesses se mirent alors à courir à travers les couloirs, se cachant dès que possible. Tandis qu’Alychoute était terrorisée, Eradorée et Valliamour restaient calmes, et envisageaient même un éventuel combat. Heureusement, après plusieurs minutes de course effrénée, les lanternes furent finalement perdues. Rapidement, les poupées arrivèrent devant une petite porte de service, sur laquelle était écrit le mot « cajibi ». La porte semblait condamnée, comme si personne n’avait le droit d’entrer. Eradorée, très courageuse, vint frapper à plusieurs reprises sur la porte. C’est alors qu’un balai enchanté ouvrit la porte, l’air menaçant, tandis que son comparse était installé un peu plus loin. Voyant les trois arrivantes, il demanda d’un ton las et aigri : « Mh… Mes princesses. Que puis-je faire pour vous ? ». Valliamour, excellente diplomate, lui répondit alors d’une voix calme : « Messires, voilà plusieurs jours que notre reine fait d’affreux cauchemars à cause des bruits provenant du grenier. Nous souhaitons que vous nous laissiez accéder à l’échelle, afin de pouvoir y grimper. » Le balai annonça alors : « Bien. Je vais donc vous soumettre une énigme, et si vous parvenez à y répondre, je vous aiderai à monter. Vous aurez une chance chacune. » Alychoute répondit aussitôt, toute enjouée « Ouiiii ! Oohw, j’adore les éniiigmes, hihi ! ». Le balai poursuivit donc « Je sonne le glas de l’insouciance, et j’annonce la fin des jeux. Les parents me font toute confiance, mais j’emmène leurs enfants loin de chez eux. De la vie d’adulte je suis le heaume, et de la maturité je suis le professeur. Mais si l’enfance était un royaume, j’en serais le destructeur. » Les trois poupées, interloquées, se regardèrent entre elles. Alychoute, toute frétillante, fut la première à répondre. « C’est l’académiiiiie ! Ohw, quelle horreur ! Ou… le mariage arrangouillé ? » Eradorée, face au silence du balai, répondit à son tour : « C’est le fait de grandir, tout simplement. N'est-ce pas ? » Finalement, voyant que le balai ne répondait pas, Valliamour tenta finalement sa chance : « C’est le devoir, mon cher. L’académie, le fait de grandir, la guerre, le mariage d’intérêt… tout. » Sans même daigner donner la réponse, le balai conclut aussitôt « Cela ira. » Lui et son comparse saisirent alors l’échelle arcanique, entreposée dans un coin, mais l’un d’eux ajouta tout de même : « Vous risquez d’être très surprises en montant là-haut, mes princesses… ». Etonnées, les trois poupées montèrent alors ensemble sur l’échelle. Elle était si large qu’elles pouvaient grimper côte à côte, et se soutenir mutuellement. Finalement, quand elles arrivèrent enfin dans le grenier, elles furent surprises de voir une immense pile de jouets divers, qu’elles croyaient disparus depuis fort longtemps : des châteaux, des carrosses, des dizaines de peluches... Au milieu de la pièce, une grande boîte en bois semblait remplie d’objets. Alors que les poupées s’approchaient pour y voir de plus près, une petite tête dépassa alors. Eradorée fut la première à s’exclamer : « Resylounette ?! Tu es ici ? Nous te croyions disparue ! » « Oooh, mes princesses ! », répondit la poupée-servante. « J’espère que vous n’avez pas été emmenée là, vous aussi ! ». « Comment cela, ma chère ? », demanda Valliamour, « Les monstres t’ont amenée ici ? Ils te retiennent ici ? » Mais à peine Valliamour avait terminé sa phrase qu’une dizaine de poupées sortirent de la boîte ! Tous leurs amis, qui avaient disparu quelques semaines auparavant, étaient réunis ici. Certaines poupées avaient un petit râteau à la main… un outil idéal pour gratter le bois et faire du bruit. Alychoute, surprise, les regarda avec les larmes aux yeux. « Theinouneeeette, tu es ici, toi aussiii ? Oohw ! Gilverouneeet ! Mais… alors, vous… c’est vous qui faisiez du bruit ? Pour faire cauchemardouiller notre reine ? » « Mais non », répondit la servante Theinounette. « Jamais nous n’aurions fait de mal à notre reine bien aimée, au contraire ! ». « Ce sont ses méchants parents », continua Gilverounet, la poupée-valet. « Ses méchants parents veulent l’emmener dans un horrible internat d’ici la rentrée. Plusieurs d’entre nous les avons surpris en train d’en parler quand la Reine n’était pas là, alors… pour ne pas que nous lui en parlions, les parents nous ont amenés ici. Nous avons passé des nuits entières à gratter le sol, en espérant que vous veniez nous chercher avant qu’il ne soit trop tard, mes princesses Peut-être qu’il est encore possible de sauver notre reine. » « Vous tombez vraiment bien, mes princesses », poursuivit Theinounette « car il y a quelques jours, le beau Didinian a réussi à se faufiler dans une brèche et il est parti en éclaireur. D’ailleurs, vous l’avez peut-être croisé. Il devait revenir ce soir avec plein de nouvelles ! » Et en effet, seulement quelques minutes plus tard, le cocher Didinian revint avec son petit cheval blanc, complètement épuisé. Il avait certainement galopé toute la nuit. Les larmes aux yeux, il annonça alors : « C’est trop tard. Ils l’ont déjà emmenée, et ils sont en train de monter tous nos amis au grenier. Le Royaume des Jouets n’est plus, et ce pour l’éternité. Que deviendra notre Reine sans nous ? Et… nous, que deviendrons-nous ? ». Alychoute fut la première à fondre en larmes, serrant précieusement ses amies contre elle. Valliamour, elle, songea d’abord à la vengeance, mais Eradorée, plus sage que ses deux amies, réussit à les calmer toutes deux. Hélas, le destin des jouets abandonnés est toujours le même. Et ne pouvant se résoudre à vivre avec un tel chagrin, les trois princesses se réunirent en cercle, se tenant la main, avant de briser ensemble leur enchantement. Un jour, dans un autre monde, elles retrouveront leur Reine. « Les jouets ne représentent qu’une partie de la vie de leurs enfants, mais les enfants représentent toute la vie de leurs jouets. »
  5. Prologue : Une naissance difficile Selon notre fidèle valet Gilveradin, mon arrivée en ce monde fut le fruit d’une immense douleur, tant pour Mère que pour moi-même. Ma tête ne sortant point comme elle aurait dû le faire, il eut fallu tirer fortement sur mes jambes. Là, les témoins entendirent un terrible craquement, qui diffusa bien des effrois dans la sombre pièce. Pourtant, malgré cette atroce expérience, je n’ai pleuré que quelques secondes seulement. Après cela, je me serais blottie dans les bras de Mère, avant de me taire pour de bien longues années ; cette blessure à la nuque m’avait rendue sourde-muette. Accueillie par un grand frère et une grande sœur, tous deux d’une franche douceur, j’ai vécu un premier âge bienheureux malgré mon handicap. Nous vivions dans un somptueux palais où la magie était omniprésente et qui possédait plus d’une vingtaine de fenêtres, dont aucune ne donnait sur l’extérieur : chacune ne menait qu’à notre grande cour intérieure. Je compris bien vite que le monde extérieur était dangereux, et que seule la maison m’offrirait la joie et la tranquillité. J’appris très tôt, dès mes deux printemps, à me servir de la plume pour m’exprimer. D’abord par petits symboles, puis par mots. Père, mère, grand-frère et grande-sœur me soutenaient. Je me sentais aimée, mais hélas, je n’arrivais point à être heureuse. Je voulais être comme les autres. Grande-sœur, qui dormait dans la chambre voisine, fut la première à se rendre compte que je pleurais toutes les nuits, inconsolable. Chapitre 1 : Un monde instable Un beau matin, alors que je me levais paisiblement de mon lit, prête à prendre mon bain matinal, je sentis une curieuse odeur de brûlé. Je remarquai bien vite que toute la famille était réunie dehors. Je m’approchai donc en leur faisant de grands signes, comme pour les prévenir que quelque chose avait été laissé sur le feu. Mais c’est alors qu’en sortant de la maison, je vis une immense fumée en direction des remparts de la cité. Toute une forêt semblait avoir pris feu. Des centaines de soldats, armés comme jamais, couraient à travers les rues en direction de la grande porte. En même temps, d’autres combattants revenaient titubants dans la cité, affreusement brûlés. Quelque chose de terrible s’était passé, et j’étais incapable de comprendre quoi. Rapidement, Père ordonna à nos serviteurs de nous raccompagner dans la maison. Grand Frère, Grande Sœur et moi-même fûmes alors reconduits dans nos chambres respectives. Plusieurs jours passèrent, où nous étions confinés dans la demeure, sans pouvoir mettre un pied dehors. Mais après plusieurs jours, je fus réveillée par Gilveradin et notre servante Theine qui, souriants, me firent mettre l’une de mes plus belles robes, ainsi qu’une couronne de roses blanches. Je sortis alors avec toute la famille, avant de m’apercevoir qu’une foule d’habitants s’était réunie dans les rues, tout autour de la route principale. Un véritable défilé militaire eut alors lieu devant nos yeux ébahis. Là, je vis de curieuses créatures pour la première fois de mon existence. Ils étaient presque comme nous… à un seul détail près : leurs oreilles étaient plus courtes que les nôtres. Beaucoup plus courtes. En revanche, ces créatures étaient suivies de près par d’autres, bien plus petites, mais aussi plus barbues. Pour moi, mon frère et ma sœur, ce fut un immense choc mais également une amusante surprise. Je remarquai soudainement que de nombreux enfants s'étaient mis à applaudir, la bouche ouverte comme s’ils laissaient éclater leur joie. La plupart des adultes, eux, semblaient tristes, voire en colère, comme humiliés. Theine et Gilveradin nous tendirent à chacun de beaux bouquets. Là, je constatai que de nombreux enfants jetaient des fleurs sur le passage des soldats. J’ai alors compris que nous devions faire de même mais pour ma part, j’ai cru plus gentil de m’approcher pour tendre des fleurs à chacun des combattants qui passaient près de moi. Touchés, ils me lançaient de beaux sourires, et je le leur rendais. Mais bien vite, la main de Grande Sœur me ramena près de ma famille, et le froncement de sourcils de Père me fit comprendre que j’avais fait une bêtise. Chapitre 2 : L’espoir retrouvé Arrivée à mes cinq printemps, Père m’écrivit, et je le compris, qu’une chose merveilleuse venait de se produire. Un miracle qui allait changer ma vie. À ma grande incompréhension, Theine, notre fidèle servante, se chargea de m’habiller et de me coiffer comme pour une grande fête, avant de me conduire dans notre vaste jardin. Dedans, un groupe de cinq Elfes en robe, trois hommes et deux femmes, attendaient patiemment ma venue. Ils avaient tous fort belle allure et portaient de majestueux bâtons. Je souris avec admiration, en espérant de tout mon cœur qu’un beau jour, je deviendrais comme eux. Père m’ordonna de les suivre, et je lui obéi. Pour la première fois de ma vie, je quittais le domaine familial. Je suivis ce groupe qui m’emmena, de quartier en quartier, jusqu’à une jolie maison à l’allure mystérieuse. Le reste, hélas, je n’en ai point souvenance. Tout ce dont je me souviens, c’est que je suis sortie de cette mystique demeure en me tenant les oreilles, époustouflée par ce sens qui m’était jusqu’alors inédit. Je découvrais le bruit de la ville, le bruit d’un cheval au galop, et surtout les étranges bruits que les gens faisaient avec leur bouche pour s’exprimer. Ces héros m’avaient délivrée. Je fus reconduite, sous le choc de la joie, jusqu’au palais familial. Là, je serrai précieusement mes chers parents, grand-frère et grande-sœur dans mes bras. Je ne comprenais pas encore ce qu’ils me disaient mais je savais que désormais, je pourrais apprendre… et que j’allais enfin devenir comme les autres. Pour fêter cela, Père et Mère firent préparer un délicieux repas. Je me souviens encore de la douceur de ces plats que j’avais enfin pu savourer le cœur léger. Je me souviens encore de ce thé si délicieux, et des merveilleuses pâtisseries qui l’accompagnaient. Comme si c’était hier, je me souviens du beau sourire de grand-frère, tandis qu’il m’apprenait mes premiers mots. J’eus même le droit de manger de savoureux bonbons, alors que ceux-ci m’étaient habituellement interdits afin que je garde ligne fine et dents saines. Ces confiseries étaient si goûteuses que j’en rougissais. Je pensais que ma vie serait belle à partir de ce jour. Chapitre 3 : Une rude enfance Hélas, l’apprentissage de la langue orale fut plus compliqué que prévu. Je ne pouvais pas encore me rendre à l’école et je devais tout apprendre à domicile, malgré les journées chargées de mes parents et de nos serviteurs. Pourtant, jamais Père et Mère n’ont baissé les bras. Ils ont tout fait pour que, malgré mes difficultés, je parvienne à devenir une jeune fille normale, ce dont je rêvais intensément chaque nuit. En fin de compte, je n’ai appris à m’exprimer correctement qu’à mes dix printemps. Mais au fil des années, avec une profonde tristesse, mes parents remarquèrent que cet apprentissage tardif n’avait point été sans conséquence quant à mon élocution : jamais je ne serais une Elfe éloquente. Cela dit, puisque Mère, Gilveradin et Theine ont su me prodiguer un excellent enseignement pendant ma période de handicap, je pus ainsi être scolarisée à l’académie des jeunes filles, destinée aux familles bourgeoises J’avais alors douze ans. Cette école avait pour noble objectif de faire de ses élèves de véritables femmes, destinées à un fructueux mariage arrangé. Du haut de mes douze printemps, cette idée me révoltait déjà. Bien des matières étaient enseignées dans cette académie : les bonnes manières, la danse, la calligraphie, la magie utilitaire, la magie artistique, les bonnes manières, la musique, la langue commune ainsi que le darnassien, les bonnes manières, la littérature, la couture et enfin les bonnes manières. Les cours étaient fort éprouvants et duraient jusqu’à tard le soir, tant bien que le seul réconfort de ma journée fût de rentrer à la maison. Mais au-delà de la fatigue, c’était avant tout mon incompétence qui me faisait du tort. En effet, les instituteurs étaient très stricts et nous punissaient régulièrement quand on échouait un exercice. Hélas, j’étais bien souvent la première à recevoir la punition, du fait de mon handicap et de mon incapacité à m’exprimer avec clarté, comme le ferait une bonne demoiselle. Pour cela, je devins rapidement la risée des autres élèves. J’en pleurais souvent la nuit, et au matin, je suppliais parfois Mère de me garder auprès d’elle à la maison. Mère me rassurait tant bien que mal avant de me faire comprendre, d’une manière ou d’une autre, que je n’avais pas le choix. J’avais, le temps de quelques jours, trouvé un doux réconfort auprès de notre jeune voisin, écuyer, dont je m’étais éprise. J’avais une admiration sans borne pour la chevalerie, et ce garçon respirait l’héroïsme. Ses traits délicats et son étreinte protectrice me firent, un temps, oublier mes malheurs. Hélas, Père et Mère ont appris bien tôt l’existence de cette idylle, et m’eurent interdit de fréquenter ce garçon, en me faisant suivre par notre valet Gilveradin. J’ai eu du mal à le leur pardonner. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas leur geste, mais je n’ai plus un soupçon de rancune envers eux. Chapitre 4 : Une fleur tombée du ciel Ayant un cœur fort sensible, je n’ai pu supporter cette pression et je sombrais bientôt dans ma première déprime. J’étais infiniment malheureuse et je ne vivais plus… jusqu’à ce que, un beau jour, une nouvelle élève soit admise dans l’école. Nommée Rose Lunevent, elle était la fille d’un couple de poètes. Il en fallut bien peu pour que nous devenions de grandes amies, et de cette tendre amitié naquit une véritable communion sororale. Grâce à elle, j’avais enfin repris goût à l’école… et à la vie. Rose, fort bien intégrée, me protégea des autres élèves et m’assura qu’en réalité, ces filles étaient simplement jalouses de moi. J’avais une confiance totale en ses paroles, alors je la crus. Rose m’a initiée au culte sacré de la Sainte Lune. Elle passa des semaines à m’apprendre comment la Lune avait créé les Elfes à partir de pâte à pain, quel était le nom exact de chaque Astre, et même comment le Palais Cosmique était agencé. En référence à l’Etoile favorite de la Lune, « Lunie », Rose me donna le surnom de « Lounie ». Et pour sceller notre profond pacte d’amitié, Rose et moi nous offrîmes un présent à arborer dans nos cheveux. Elle me confia une rose enchantée et, en référence à mon nouveau surnom et à ma couleur favorite, je lui confiai une petite étoile bleue. Par ce pacte, nous nous jurâmes de veiller l’une sur l’autre pour l’éternité, et de ne jamais nous abandonner mutuellement. Nous partageâmes alors une étreinte chaleureuse qui dura pendant de longues minutes. Ainsi, de mes 13 à mes 22 ans, malgré mes difficultés d’apprentissage, j’ai vécu les plus belles années de ma vie. Les années d’insouciance, où nous riions de tout, où Rose et moi allions régulièrement dans les salons de thés et les soirées mondaines. Nous assistions volontiers aux exécutions des vauriens et autres méchants. C’était avant tout l’occasion de passer du temps entre amies, autour d’une activité conviviale. Quand, par moment, je recommençais à être malheureuse ou à avoir peur de quelque chose, Rose me prenait dans ses bras pour me réciter un poème ou me narrer un merveilleux conte pour enfants. Mon amie savait toujours me rassurer et me rendre le sourire. Elle, pour sa part, était toujours souriante et joyeuse. Contrairement à moi qui avais régulièrement des idées noires, Rose voyait la vie en… rose. Je trouvais cela magnifique. Différentes pour mieux nous compléter, notre union sororale était totale. Encore rancunière quant au doux écuyer que mes parents m’avaient interdit de fréquenter, je ne leur ai jamais parlé de mon amitié avec Rose. Pour ainsi dire, je pensais que Père et Mère ne me comprendraient pas et n’apprécieraient guère le métier qu’exerçaient les parents de ma tendre amie. Je ne me suis confessée qu’à messire Gilveradin, avec qui je partageais bon nombre de mes secrets. Celui-ci me proposa d’en parler lui-même avec mes parents, et il me promit qu’ils ne chercheraient pas à briser une simple amitié. J’acceptai, et il eut raison : Père et Mère, contre toute attente, furent ravis que je cultive une amitié aussi profonde. Chapitre 5 : Le Mal et le malheur Arrivée à mes 23 ans, je vivais toujours des jours merveilleux. Hélas, tandis que je rayonnais de bonheur auprès de ma famille et de mon amie Rose, j’appris une terrible nouvelle par grande-sœur. Puisqu’elle travaillait au service des messages de la capitale, elle eut compris que le Mal venait d’accoster sur notre terre sacrée. Rien ne semblait alors pouvoir l’arrêter. Père était un éminent commerçant : il possédait trois bijouteries dans la seule ville de Lune-d’Argent, et trois autres réparties dans le Royaume. Tout comme Mère, il occupait une place importante au conseil de notre quartier. C’est ainsi que Grand-Frère s’enrôla au sein de l’armée pour défendre notre peuple et, de par son rang, fut amené à commander un groupe de quinze éclaireurs. Grand-Frère se porta ensuite volontaire pour être l’un des premiers à faire la reconnaissance de l’ennemi. À maintes reprises, j’ai tenté de le retenir, en lui expliquant qu’une tâche aussi dangereuse était inadaptée à son rang social, mais, par fierté, il ne m’a point écoutée. Si seulement il l'avait fait... La grande majorité des éclaireurs envoyés reconnaître l’ennemi ne sont jamais revenus. Lui, nous est finalement revenu. Son corps seulement. Il était enveloppé d’un linceul, et lorsque nous ouvrîmes celui-ci pour faire nos adieux, ma douleur fut abominable. Le beau, le doux, le délicat visage de Grand-Frère avait été complètement détruit par ces immondes créatures. Jamais je ne pourrai oublier cette vision d’horreur. Celle-ci fut si choquante qu’elle eût effacé tous les autres souvenirs de la situation, hormis celui de mes pleurs interminables sur le corps glacial de Grand-Frère. Chapitre 6 : La fin d’un monde À ce moment-là, Père me pris dans ses bras afin de me réconforter et de me rassurer. Mais très bientôt, nous entendîmes des voix provenant des remparts de la cité. Des gardes, lourdement équipés, nous hurlaient d’une voix tremblante « Ils arrivent ! Rentrez ! Rentrez tous chez vous ! Barricadez vos portes avec tout ce que vous trouverez ! ». Une femme armée d’un arc ordonna « Soldats, préparez-vous ! Nous ne leur céderons rien ! Nous avons gagné toutes nos guerres, nous ne perdrons pas celle-ci ! ». Mais un autre garde, paniqué, répliqua « Le Roi est mort ! Ils ont tué le Roi ! On n’a aucune chance, il faut abandonner la ville au plus vite ! ». La pagaie était totale. Tout fut ensuite terriblement trouble pour moi. Grande-Sœur me prit par la main et m’emmena en sécurité dans le manoir, avant de me promettre qu’elle me protégerait pour l’éternité et ne laisserait aucun méchant me blesser. Père et Mère prirent le corps de Grand-Frère pour l’abriter dans la maison. Après quelques minutes, nous commençâmes à entendre de terribles cris, des hurlements terrifiants qui se rapprochaient de notre manoir sans fenêtres. À plusieurs reprises, j’aurais juré avoir entendu frapper à notre porte. Je suppliais mes parents de laisser une chance aux sans-abris, mais ils refusèrent catégoriquement de laisser quiconque entrer. Enfin, au bout d’un instant, le silence fut total. Quand Père nous autorisa à sortir quelques instants, une vision d’horreur s’offrit à nous : notre si doux et chaleureux quartier s’était métamorphosé en un véritable champ de ruines, recouvert par un océan de corps mutilés. Seul notre manoir, ne comportant pas de brèche, semblait avoir été épargné. À ce moment-là, traumatisée, je compris que plus rien ne serait jamais comme avant. Tremblante, je demandai alors à Père s’il était possible d’aller chercher mon amie Rose, qui vivait dans le quartier adjacent. Jamais je n’avais été aussi inquiète de ma vie. Père refusa d’abord mais, constatant mon infinie détresse, messire Gilveradin demanda l’autorisation de chercher Rose pour moi. Père accepta. De retour de la demeure de Rose et de ses parents, notre fidèle valet avait les larmes aux yeux. Il tenait une petite barrette en forme d’étoile bleue dans ses mains, en secouant tristement la tête en ma direction. Je ne voulais point y croire. J’en ai presque traité notre bon sire Gilveradin de menteur. Quand il apparut évident que ma chère Rose avait rejoint la Sainte Lune, je me mis à sangloter, inconsolable. Le monde venait de s’écrouler sous mes pieds. Chapitre 7 : La descente aux enfers Tandis que la plupart des Quel’doreis étaient descendus dans la rue dans l’espoir de rebâtir ce qui fut détruit, je passais toutes mes journées enfermée dans ma chambre à pleurer Rose et Grand-Frère, persuadée que mes pleurs allaient pouvoir les ramener à la vie. Je n’arrivais plus à avaler quoi que ce soit et je ne dormais que deux heures par nuit, avant d’être réveillée par un affreux cauchemar. Je me sentais horriblement coupable de ne pas avoir abrité Rose et ses parents dans notre palais avant qu’ils ne soient condamnés. Et j’avais que si peur que ces monstres reviennent me prendre. Père, Mère, Grande-Sœur et nos serviteurs n’étaient presque jamais à la maison. Je ne savais rien de ce qu’il se passait. Ils me laissaient seule, livrée à moi-même et à mes phobies. Une nuit, je me suis réveillée en sursaut après avoir rêvé de ma tendre Rose qui, perdue au milieu du Néant Distordu, pleurait en tenant la petite étoile bleue contre son cœur. En sanglots, je me suis alors précipitée en direction de notre fenêtre intérieure, hurlant aussitôt « Ne pleure plus, Rose ! J’arrive ! J’arrive pour toi. » Mais tandis que je m’apprêtais à sauter, à rejoindre mon amie pour la consoler, je ressentis une terrible sensation que je n’avais, jusqu’à lors, jamais ressentie. Une sensation indescriptible. Mes forces m’abandonnaient. J’avais soif, mais pas d’eau. Je ne comprenais plus rien. Paniquée, je me précipitai alors dans la rue, presque titubante de mal-être. Avec effroi, je remarquai que les rares passants errant dans les rues étaient dans le même état que moi. Tandis que j’étais toujours en robe de chambre et point coiffée, un étrange homme armé est venu à moi. Il ressemblait en tous points aux gardes de notre cité, à la seule différence que sa tenue était rouge au lieu d’être bleue. Tremblante, je lui demandai de décliner son identité. Il rétorqua, d’une voix sèche qui me glaça le cœur « Vous êtes Mademoiselle Doucétoile, la plus jeune ? ». J’eus à peine le temps de hocher la tête que l’étrange homme déclara « Suivez-moi. Votre famille vous attend. ». J’étais tellement terrorisée par son attitude froide que j’obéi sans réfléchir. Chapitre 8 : Le pensionnat de l’horreur Tout au long du trajet, j’observais la ville en ruine, les maisons détruites, du sang partout. Pire encore, je voyais parfois des jouets pour bébé, éparpillés parmi les décombres. Dans le même temps, je constatai avec surprise que plusieurs hommes et femmes portaient la même tenue étrange que mon guide, et semblaient surveiller la ville. Mais tandis que nous nous dirigions vers l’extrême nord de la cité, c’est-à-dire la Place des Pérégrins, je me mis à m’interroger et à m’inquiéter de plus belle : Père et Mère ne se rendaient jamais dans ce quartier et m’interdisaient formellement de m’y rendre. « Nous sommes arrivés », lança l’étrange guide. C’est alors que j’aperçus un grand palais à l’allure presque militaire. À peine avions-nous approché de la bâtisse que deux vieilles dames m’ordonnèrent d’entrer. Une fois les portes fermées, le cauchemar commença. Je fus ainsi guidée dans les couloirs sombres du palais, en cherchant désespérément mes parents du regard. Je finissais par les interroger ouvertement « où m’emmenez-vous ? Père et Mère ne seraient jamais allés dans un endroit comme celui-ci ! ». Sans même daigner m’adresser un regard, l’une des deux mégères m’asséna une violente gifle en pleine figure. Je n’en crus point mes yeux et je fondis en sanglots. Arrivées devant une porte à l’allure usée, l’une des vieilles femmes déclara « voilà votre chambre. ». Paniquée, je secouai la tête en répondant « Ma chambre ?! Il y a erreur, par les Astres, je dois voir Père et Mère ! Et je ne peux dormir ici, tous mes vêtements et mes affaires sont à la maison ! ». Tandis qu’elle ouvrait la porte, la mégère me répondit d’une voix cruelle « Vos parents sont des parjures. Vous ne les reverrez jamais. Par ordre de votre responsable légal, c’est ici que vous terminerez vos études. » Elle me claqua la porte au nez, avant de me laisser dans ce dortoir vide et terriblement miteux. Nous étions dimanche, et les cours ne devaient logiquement commencer que le lendemain. Terrorisée, je sanglotai toute la nuit en pensant à mes parents, hantée par le souvenir de Grand-Frère et de ma tendre amie Rose. De plus, cette étrange sensation de soif était de plus en plus puissante, de plus en plus insupportable. Bien sûr, je fus totalement incapable de trouver le sommeil. Chapitre 9 : Trahison pour trahison Au petit matin, tandis que j’étais dans un état épouvantable, quatre jeunes filles arrivèrent dans les dortoirs, visiblement peu surprises de ma présence. Elles ne m’adressèrent point un mot, mais leurs regards exprimaient de la pitié, comme si elles savaient tout. Certainement leur avait-on interdit de me parler. Elles tenaient des petits cristaux dans leurs mains, qu’elles gardaient dans leur chambre. En les regardant de plus près, je remarquai avec stupeur qu’elles avaient toutes les yeux verts. Et vient enfin le pire : je me suis sentie infiniment attirée par ces cristaux qu’elles cachaient. J’étais persuadée que c’était ainsi que j’étancherais ma soif. Une voix émotive résonna alors dans ma tête : c’était la voix de ma douce amie Rose « LOUNIE ! NON ! N’Y TOUCHE SURTOUT PAS ! » Je sursautai, poussant un petit cri de frayeur qui intrigua les quatre autres filles. Il me fallut du temps pour revenir à mes esprits, chasser ces pensées indignes et comprendre que la situation était dramatique. Je murmurai « merci, Rose », avant de suivre mes quatre camarades en direction de la salle de classe, mais tandis que je passais en dernier, prête à entrer, une main me tira le bras et m’emmena à toute hâte. Tremblante comme une feuille, je tournai la tête, et reconnus alors messire Gilveradin, infiniment rassurée. Nous courûmes durant au moins cinq minutes à travers les immenses couloirs, avant de sortir par une porte à la dérobée, menant à un dédale de rues. La première chose que je fis fut d’observer si messire Gilveradin avait bien les yeux bleus. Lune merci, ce fut le cas. « Vous n’avez rien, mademoiselle ? », souffla-t-il, en déposant un châle sur mes épaules et en me faisant enfiler un chapeau qui couvrait une partie de mon visage. Sans même lui répondre, je me pressai à prendre des nouvelles, avide de réponses « Que s’est-il passé ? Père et Mère, où sont-ils ? Et Grande-Sœur ? Et pourquoi ai-je été emmenée là, et… comment saviez-vous ? Et pourquoi ces filles avaient-elles les yeux verts ? ». Messire Gilveradin m’observa avec tristesse, avant de répondre « Votre père et votre mère ont été héroïques. Ils ont voulu sauver notre peuple, mais ils ont été trahis et… mis à mort. Ces yeux que vous avez vus sont ce contre quoi vos parents se sont révoltés. Et leur échec vous a menée ici. Je vous ai suivie de loin, hier, après avoir su que vous étiez trahis » Complètement effondrée par la nouvelle, persuadée de naviguer en plein cauchemar, je ne pouvais croire que Père et Mère étaient partis au ciel. Je lui demandai d’une voix très basse et tremblante « Mais alors… où est Grande-Sœur ? Et quelle trahison ? ». Déposant une main sur mon épaule et actionnant sa pierre de foyer de sa main libre, le valet fut, par honnêteté, contraint de dire les mots qui brisèrent le peu d’espoir qu’il me restait « Votre sœur est désormais à la tête de la maison Doucétoile. Le régent l’a fort bien façonnée. C’est elle qui a détruit votre famille et désormais, en tant qu’aînée, elle est votre tutrice légale. Venez, Mademoiselle, il nous faut partir avant qu’elle n’apprenne votre fuite, nous allons en direction de Quel’lithien. Theine nous y attend avec toutes vos affaires. ». Chapitre 10 : Nouvelle vie, nouvel espoir Sans plus attendre, messire Gilveradin nous téléporta au gîte de Quel’lithien, où nous passâmes quelques jours avec d’autres réfugiés politiques. Là, je me rendis compte que notre famille était bien loin d’être la seule à avoir subi des persécutions. J’observai alors les nombreuses victimes de la tyrannie, tant de jeunes parmi eux. Ceux-ci me regardaient avec des yeux malheureux, pleins de détresse. Et c’est à la vue de ces nombreux enfants en larmes, inconsolables après avoir vécu le pire, que me revinrent les souvenirs de ma tendre amie Rose et de ses merveilleux contes, qui savaient me rendre le sourire quand j’étais malheureuse. Rendre le sourire aux enfants par ma plume serait le meilleur hommage que je puisse faire à Rose. Répandre la douceur et la joie serait le seul moyen d’oublier cette vie de malheur et de peine. À ce jour, mon destin fut scellé. Je passai alors un peu de temps avec les réfugiés thalassiens, afin d’apprendre à mieux les connaître. Hélas, je continuais à ressentir cette étrange soif, quoique de manière moins puissante. Comprenant ma détresse, l’un de mes compagnons d’infortune m’expliqua que cette sensation était due à la destruction du Puits de Soleil et qu’il ne fallait surtout pas céder à sa soif, au risque de « mal finir ». Il m’expliqua qu’il n’existait aucun remède miracle à cette envie et que seule la méditation et le sommeil pouvaient l’apaiser. « Cela tombe fort bien, j’ai toujours aimé dormir », répondis-je avec une candeur qui amusa mes confrères. Bientôt, un premier convoi se mit en route pour la capitale des humains. Hurlevent, ou « la cité bleue », comme on la surnommait. J’avais tant entendu parler de cette cité idyllique. On la disait majestueuse, romantique et peuplée de héros de toute beauté, à l’instar de la légendaire Lordaeron. Une ville où tous les habitants sont nobles et respectueux, où la cuisine est délicieuse et où les fêtes mondaines sont majestueuses. Je me languissais dûment. Les femmes non-combattantes et les enfants furent prioritaires dans les premières caravanes de transport. Je m’y suis donc rendue avec Theine et Gilveradin, qui y a été autorisé en raison de ses talents de transmutateur et d’abjurateur. J’ai été désagréablement surprise par le manque de confort dans ces calèches, dont les sofas étaient trop mous et épousaient mal le dos. Du thé nous fut servi, mais hélas sans petits gâteaux ni confiseries, ce qui fut une nouvelle déception pour moi. Les auberges dans lesquelles nous nous arrêtions comportaient souvent des baignoires bien trop petites, et les repas offerts ne comptaient que 3 services. Chapitre 11 : La cité bleue Au bout de quelques jours extrêmement inconfortables, nous arrivâmes finalement à Hurlevent. Malgré mon bonheur d’être enfin sortie de la calèche, je commençais à être quelque peu déçue : la cité bleue ne ressemblait que bien peu aux descriptions idylliques que l’on m’en avait fait. Je tentais de ne point montrer ma désillusion. Messire Gilveradin semblait déjà fort bien connaître la capitale, pour une raison que j’ignorais complètement. Sans même m’expliquer ce qu’il souhaitait faire, il me guida alors jusqu’à la plus grande banque de la capitale. Elle était fortement bondée, mais il suffit à messire Gilveradin de donner son nom pour passer en priorité dans la partie réservée. Arrivant devant le guichet, mon valet présenta tous mes papiers au banquier. Celui-ci s’adressa directement à moi, en hochant la tête : « Fort bien, Mademoiselle Doucétoile. J’ai bien reçu le message de votre valet ici présent ; Le coffre-fort est encore au nom de vos parents mais, compte tenu des événements, nous allons y remédier dans les jours qui suivent. Vos parents vous ont laissé une grande fortune, Mademoiselle. » Epoustouflée, je me contentai de hocher la tête, comme dans un rêve irréaliste. J’appris plus tard que Père et Mère, au moment où leur conflit avec le gouvernement régent eut débuté, ont transféré la grande majorité de leurs richesses dans la banque royale de Hurlevent, dans le coffre-fort qu’ils louaient depuis plus de trente ans. Messire Gilveradin s’était lui-même chargé de toutes les formalités de mes parents et, suspectant déjà ma sœur de trahison, n’a pas intégré son nom au registre d’héritage. Messire Gilveradin m’apprit ensuite que la majorité des réfugiés Quel’doreis allaient s’installer au Quartier des Mages. Je décidai donc, grâce à cet argent, d’acheter un hôtel particulier dans ce quartier et de le faire aménager comme le fut autrefois notre palais familial : sans aucune fenêtre extérieure, pour une sécurité complète. Gilveradin se chargea de l’acheter du bien, et Theine de l’agencement. Au bout de quelques mois seulement, le palais fut absolument merveilleux. Confortablement installée dans l'hôtel le plus élégant de la cité, j’ai profité de toute la durée des travaux pour travailler sur mes plus grands contes, et il ne restait plus qu’à les publier. Mais au moment où je les présentais à mes deux serviteurs, mademoiselle Theine me fit part de ses craintes : les maisons d’édition hurleventoises sont peu enclines à accepter la littérature étrangère, d’autant plus quand elle est elfique. Elle me proposa alors de créer ma propre maison d’édition, afin d’être parfaitement libre et indépendante. C’est ainsi que, depuis ce jour, tous mes contes furent publiés par la maison « Des Sourires et des Rêves », sous la direction de Theine, responsable de cette entreprise. Chapitre 12 : L’argent ne suffit point au bonheur Mon palais bâti, mes contes publiés, j’avais désormais tout pour être heureuse. Du moins, presque tout. Je ressentais encore un grand vide au fond de mon cœur et malgré mon soulagement d'avoir quitté l'enfer sin'doreï, ma peine n'avait point disparue. Car j'étais une Elfe, mon arrivée n’était point passée inaperçue dans le quartier… et elle était loin de faire l’unanimité. Vivant dans cette capitale mystérieuse où j’étais quotidiennement dévisagée, je commençai à ressentir cette douleur intense qu’est le manque d’amour. Ni Père, ni Mère, ni Grand-Frère, ni Grande-Sœur, ni Rose n’étaient là pour veiller sur moi, me protéger. Je me sentais vide, infiniment vulnérable. Voilà fort longtemps que j’avais besoin de tendresse, de protection… d’amour. Amour au masculin ? Au féminin ? Je ne me suis jamais posée la question. Après tout, je n’ai jamais su différencier l’amitié profonde de l’amour. Quand on y pense, l’amour n’est-il point l’aboutissement final de l’amitié ? J’aimais Rose. Platoniquement, bien sûr, mais je l’aimais. Ce que les humains nomment « choses de l’amour » n’ont que bien peu à voir avec l’amour. Une douceur, une étreinte ou même un baiser sont, à mes yeux, plus belle preuve d’amour que de se métamorphoser en un couple de bêtes fauves. Nous sommes des créatures sentimentales, c’est ce qui nous différencie des Trolls et autres animaux. Aussi, quelle que soit la personne vers qui mon cœur se tournerait, je tenais à me préserver de la bestialité. Père et Mère souhaitaient autrefois me voir mariée à un riche commerçant à Lune-d’Argent, afin que je sois protégée de tous les dangers. Le décor avait changé, mais l’idée d’un mariage arrangé me répugnait toujours au plus haut point. Vivre sans amour me paraissait inimaginable. C’est ainsi que je décidai de me faire connaître auprès de la communauté mondaine de Hurlevent. Mais hélas, à l’époque, je n’ai eu besoin d’assister qu’à quelques bals et réceptions pour comprendre qu’une haute-elfe n’était point la bienvenue dans ce milieu. Les habitants des demeures voisines n’appréciaient guère mon palais, dont la seule splendeur suffisait à effacer toute bâtisse adjacente. Ils n’apprécient point non plus l’absence de fenêtres qu’ils, dans leur grande ignorance et leur racisme viscéral, voyaient comme une forme d’arrogance et de mépris du peuple. Lasse de cette hostilité constante, je décidai alors de louer les services d’un cocher afin de partir à la découverte de la belle région d’Elwynn et de me changer les idées. Ayant emporté bien des bagages avec moi, j’ai embarqué dans la cariole avec mes deux serviteurs. Passant entre forêts et collines, nous nous arrêtâmes dans le premier village où la vie semblait bien présente : le Comté-de-l’Or. Chapitre 13 : L’artisane J'avais pour ambition, à un moment donné, de bâtir un palais campagnard, où je posséderais des vaches parfumées et des poules aux œufs en chocolat. La vie paysanne me fascinait grandement, une fois enlevés le labeur de la ferme et l'odeur de la campagne. Hélas, mon arrivée au Comté-de-l’Or fut extrêmement difficile. Je pense y avoir été encore plus mal reçue que je ne l’ai été à Hurlevent. Ayant installé un petit guichet afin que Theine puisse y vendre mes livres, force fut de constater que le succès n’était point au rendez-vous. Pour sûr, les choses auraient été bien différentes si j’étais née sans oreilles à défaut d’être seulement née sourde. La populace locale n’était que bien peu réceptive à mes contes, car leur autrice était bien trop elfique à leur goût. Bon nombre de coupe-jarrets se sont montrés hostiles envers ma personne en raison de mes origines et, dans les premières heures, bien peu se sont manifestés pour me protéger de ces criminels… hormis une jeune femme, artisane, très populaire dans le comté. Prenant ouvertement ma défense, elle m’a offert son hospitalité et m’a protégée de mes détracteurs. C’est ainsi que nous sommes devenues des amies et, de fil en aiguille, des amies proches. J’ai cru l’aimer comme j’ai aimé Rose. Mais je me rendis compte qu’elle, pour sa part, ne désirait ni mon amitié, ni même mon amour. Infiniment jalouse et possessive, mon héroïne s’est, en l’espace de quelques jours, métamorphosée en geôlière. Prétextant que j’avais trop d’ennemis pour me montrer au comté, elle m’enfermait des journées entières dans sa demeure. Elle remettait en question ma religion – louée soit la Sainte Lune -, mon éducation et tout ce qui faisait de moi une Elfe. Elle me montra ainsi son vrai visage, qui n’était finalement pas différent de celui des autres comtois. Devenue à nouveau dépressive, je ne mangeais plus, je ne dormais plus, je n’écrivais plus… et cette horrible soif me revenait, toujours plus intensément. Quand, au cours de notre étrange relation, je suis tombée sous le charme d’un noble humain, l’artisane n’a pas supporté cela et a tout fait pour briser cette idylle. Le comble de la trahison est venu lorsqu’elle a fait appel à son amie sorcière pour me blesser physiquement et mentalement… moi, qu’elle prétendait aimer. Ne cédant à sa cruauté, je l’ai définitivement éconduite. Elle eut laissé couler quelques larmes, mais je ne pouvais croire à leur sincérité après ses acte si cruels Je lui ai dit adieu. Nul ne l’a plus jamais revue au Comté-de-l’Or. Chapitre 14 : Libération et belles rencontres Peu après avoir fui la demeure de l’artisane, je suis retournée au Comté-de-l’Or, bien décidée à prendre ma revanche et à ne pas m’avouer vaincue face à la xénophobie ambiante. J’ai recommencé à vendre fièrement mes livres, n’offrant pas à mes détracteurs le plaisir de me voir faiblir. Reprenant confiance en moi, j’ai fini par obtenir le succès dont je rêvais auprès des jeunes enfants du comté. Je continuais à susciter la critique de jaloux détracteurs, bien sûr en raison de mes longues oreilles. Toujours à la recherche de la personne qui apporterait le Soleil dans ma vie, j’ai alors rencontré un beau sire, thalassien et chevalier au service de la belle Alliance. Malgré son devoir de guerrier et son héroïque prestance, il savait faire preuve d’une grande douceur avec les femmes. Mon cœur a chaviré en sa direction… du moins, seulement quand mon cœur était près du sien. En effet, le beau sire ayant de lourdes responsabilités dans l’armée, il n’était que rarement disponible pour moi et souvent en mission, à mon plus grand malheur. Hélas, je ne pouvais vivre ainsi. Mon cœur ne le supportait point. J’ai toujours eu besoin de tendresse, d’amour. Que l’on prenne soin de moi et que je puisse, en retour, prendre soin de l’élu de mon cœur. Finalement, le beau sire, nostalgique de la belle Lune-d’Argent, fit son ultime choix en quittant définitivement l’Alliance pour s’en aller rejoindre les immondes Sin’doreïs, trahissant ainsi notre peuple et mon cœur qui, lui, se brisa en douze morceaux. Je recommençai à déprimer et à pleurer chaque nuit durant, souffrant à nouveau du manque de magie. Chapitre 15 : Le joyau, la fine lame et le gobelin Heureusement, quelques semaines plus tard, j’ai pu remonter la pente, en grande partie grâce à la rencontre d’un adorable groupe d’amis composé d’un Gobelin, d’une Kal’dorei et d’une humanoïde. Et c’est parmi eux que j’ai finalement trouvé mon âme sœur. Faite de magie et d’enchantement, protectrice aimante, il s’agissait et s’agit à mes yeux de la perfection incarnée. N’étant point réellement humaine, elle est dénuée de toute perversité propre à l’humanité. Séparables pour rien au monde, nous partageons une divine complicité et une sororale tendresse. C’est dans ce contexte enfin apaisé que j’ai rencontré l’un de mes premiers lecteurs hauts-elfes. Un Elfe aussi ténébreux qu’attachant et aussi mystérieux que fascinant. Il n’était point souvent sur la terre ferme et préférait naviguer de toit en toit. Par son visage bel, doux et presque enfantin, partiellement caché sous un masque, l’on devinait à peine à quel point il était redoutable. Lui-même se gardait bien de le faire savoir. Il dégageait pourtant une puissante aura obscure et dissimulait des armes fort discrètes, à l’image des légendaires fines lames du désert. Très secret, le mystérieux Thalassien ne parlait que bien peu de lui-même, et c’était fort dommage : j’aurais aimé en savoir davantage sur lui. J’ai passé dans ce comté, avec mes amis, l’une des plus douces périodes de ma vie, et ce malgré l’intense pression de mes détracteurs hostiles à la race elfique. Je m’entendais merveilleusement bien avec notre ami gobelin, que je surnommais affectueusement « veste verte » en référence à ses beaux vêtements de couleur émeraude. Malheureusement, alors que nous profitions de ces merveilleux moments tous les quatre, un terrible événement se produisit au Comté-de-l’Or. En effet, des gobelins malintentionnés ont décidé de mettre un complot ancestral à exécution, en empoisonnant les eaux des puits afin de rendre la population malade. Notre ami gobelin s’opposait aux abjectes gobelineries de ses compatriotes mais, hélas, les habitants du comté ne voyaient pas cela du même œil, et décidèrent de le chasser par précaution. Sans réfléchir, ma très blanche amie et moi prîmes la décision d’accueillir notre ami gobelin dans ma demeure hurleventoise. Chapitre 16 : thé, biscuits et trahison Dans le même temps, tandis que notre ami gobelin avait des affaires à régler, nous invitâmes deux amis à prendre le thé au palais. Il s’agissait d’un sire et d’une dame que nous avions rencontrés au Comté-de-l’Or et qui nous parurent fort sympathiques. La dame avait amené de jolis biscuits de toutes les couleurs qui nous donnèrent l’eau à la bouche. Etant très gourmande et friande de sucreries, je ne pus dissimuler mon envie à la vue d’aussi attrayantes pâtisseries. Aussi, afin d’impressionner nos convives et de les mettre à l’aise, je décidai de mettre en pratique un sortilège amusant que j’avais appris à l’académie des demoiselles : contrôler magiquement la théière afin de lui faire servir les tasses à distance. Mon tour de passe-passe eut pour effet de faire rire nos convives ainsi que ma douce amie. Nous ne tardâmes point à goûter les merveilleux biscuits que nous avaient apporté nos invités. Mon amie et moi choisîmes un gâteau de couleur rose. Comme nous avions pu l’imaginer, ils étaient absolument délicieux. Toutefois, après quelques secondes, je commençai à ressentir une atroce douleur dans le ventre et dans la gorge. Je me tins le cou observant ma chère alors que celle-ci, paniquée, me prit dans ses bras. Fort heureusement, mon amie étant une créature magique, elle n’était pas affectée par les mêmes symptômes. Je commençai alors à pleurer, tant la souffrance était intense. Et tandis que, larmes aux yeux, j’observais nos invités avec incompréhension, ceux-ci feintèrent d’abord la surprise et l’innocence. Je n’étais point dupe et, malgré mon immense douleur, je parvins à incanter silencieusement. Au même moment où l’homme sortit sa dague pour nous attaquer, j'utilisais ma magie pour lui lancer la théière à la figure, ce qui envoya l'assassin valser par-dessus la terrasse. Je hurlai ensuite à l’aide. Ma très blanche amie, elle, se mit à combattre la dame et la maîtrisa bien vite. Alerté par le vacarme et les cris, messire Gilveradin fit alors venir la garde et se précipita à notre secours. Au même moment où les gardes se mirent à envahir le salon, je commençai à voir tout noir. À ne plus rien entendre, ce qui me rappelait mes plus horribles souvenirs. Je ne pouvais m’arrêter de pleurer. C’est ainsi que, cherchant désespérément ma tendre amie qui avait dû s’éloigner quelques instants, je finis par perdre connaissance. J’entamai alors un long, interminable voyage. Le plus beau voyage de ma vie. Je les ai tous vus. Père, Mère, Grand-Frère, Rose. Ils étaient tous là, au clair de la Lune, partageant un délicieux repas parmi les Astres dans le Palais Cosmique. Escortée par les jumelles Strela et Stelia, je fus conduite auprès de mes proches. J’étais infiniment heureuse de les voir. Grand-Frère m’observait avec un regard bienveillant et protecteur. « Est-ce le moment, leur demandai-je. Suis-je venue pour rester auprès de vous ? M’invitez-vous pour ce délicieux repas ? ». « Non, ma fille bienaimée, ce n’est point encore l’heure de manger. », répondit simplement ma mère après quelques secondes, avant que Rose ne prenne la parole, de sa voix rassurante. : « Tu as tant de belles choses à accomplir, Lounie. Ce serait tellement dommage ! Attends donc d’avoir de magnifiques histoires à me raconter ! ». Père, lui, m’apparut bien plus inquiet, bien plus grave. « Ma chère fille, écoute-moi. Tu ne dois pas rester. Tu ne peux pas rester. Tu es l’avenir de notre maison, il ne reste plus que toi, et ton destin est grand. Je t’en supplie, n’anéantis point nos espoirs. Notre famille est déchue et, par-dessus tout, elle est éteinte. Il n’y a plus d’homme pour perpétuer la lignée. Aujourd’hui, il ne reste plus que toi qui puisse laver notre nom avant que celui-ci ne disparaisse à tout jamais. ». Infiniment marquée par ces paroles, je vis aussitôt une intense lumière, et je recommençai à entendre les bruits autour de moi. J’étais en vie. En état de semi-conscience, de béatitude et de rage de vivre, je sus que ma douce amie patienta des jours entiers à mon chevet. Je la savais là, présente à mes côtés. J’aurais reconnu sa présence parmi mille, sans même devoir ouvrir les yeux. Je me souviens encore, dans mes songes, d’avoir murmuré son précieux nom tandis que je cherchais sa main, avant de la trouver et de la serrer. Au bout de plusieurs jours, je finis par me réveiller, dans les bras de ma très chère, qui ne m’eut jamais abandonnée durant ma convalescence. J'avais rarement été aussi touchée et heureuse de toute ma vie. Cet épisode de notre vie, aussi douloureux et éprouvant fut-il, ne nous eut que rapprochées toutes les deux. Notre vie reprit et dès lors, chaque journée fut porteuse d’une joie immense. C’est ainsi que nous décidâmes de profiter de chaque journée comme si c’était la dernière. Nous partîmes pour un long voyage afin de découvrir le monde, allant au gré de nos envies, infiniment libres… libres à en mourir. Aujourd’hui, je ne ressens plus guère le manque arcanique ni le mal d’amour. Et lorsque je vois le doux visage d’un enfant s’illuminer à la lecture de mes contes, passant de la tristesse à la joie, je ne puis m’empêcher de sourire à mon tour en me rappelant que moi aussi, fut un temps, je me pensais inconsolable. À suivre…
  6. Il était une fois la terre des Hauts-Elfes, en l'an 2 000 avant notre ère. Le Royaume de Quel'thalas, alors sous la main bienveillante du bon Roi Anasterian, coulait des jours de tranquillité et de gaieté. Son bienheureux peuple vivait au rythme des interminables bals et des somptueuses célébrations, constamment organisés dans la cité pour que jamais la féerie de l'éternel printemps ne s'atténue. Les Elfes demeuraient dans la paix, dans la douceur et dans la joie. Pour les petits comme pour les grands, tout allait pour le mieux. Mais hélas, cette période faste vit son terme quand une tribu infâme ne laissa percer sa perfidie : il s'agissait des trolls amanis, ces animaux sauvages dont la fureur jalouse les pousse à haïr les gens heureux, ces créatures primitives dénuées de sentiments et dont la seule satisfaction est d'occire un innocent. Ces immondices nourrissaient une haine plus profonde encore envers la race elfique, de laquelle les qualités physiques et morales sont au combien nombreuses, quand celles de la sous-race trolle sont aussi palpables que le Néant Distordu. Figures de la jalousie et de la convoitise violente, les Amanis honissent les Elfes pour ce qu'ils sont et pour la perfection qu'ils incarnent : ils furent les élus de la Lune, tandis que les trolls ne furent qu'une erreur. Suivant l'appel de leurs homologues Zandalaris, qui partageaient leur bassesse et leur soif de sang, les cruels Amanis décidèrent d'éprouver les défenses thalassiennes et prévoyaient même d'envahir la belle Lune-d'Argent. Ce sombre mais glorieux épisode de l'Histoire fut nommé "les guerres trolles" par nos confrères humains. Nous, fiers thalassiens, le nommons plutôt "la défaite de la jalousie". Car prestement et par bien peu de difficultés, les assauts des fourbes Amanis furent brisés en miettes par les vouges, les épées et les puissants sortilèges des vaillants défenseurs de la Civilisation. Les assassins furent taillés en pièce, aussi facilement qu’un simple humain fauche le blé. Après avoir repoussé aisément toutes les charges trolles, les Hauts-Elfes décidèrent de marcher sur leur capitale. Cette campagne est célèbre pour avoir été dirigée par feu le magnifique Roi Anasterian. Ayant fait lever les troupes et rassembler les bannerets de la couronne dès l'aurore, le Roi aurait prononcé un discours. Ce dernier, bien que variable selon les sources, est entré à tout jamais dans la légende : "Les trolls putrides aspirent à piller les merveilleuses terres que nos ancêtres ont bâties pour nous. Ils aspirent à assassiner nos familles, car les pillages et les meurtres d'innocents sont bien les seules choses dont sont capables ces créatures. Mais pour notre part, les Exilés, qui sommes-nous, et de quoi sommes-nous capables ? Braves défenseurs de Quel'thalas, ouvrez grand les yeux et observez vos compagnons d'armes ! Qui voyez-vous ? Je vais vous dire ce que voit votre Roi. Je vois de fiers faucons-dragons, qui jamais ne reculeront d'un pied face à quelques rats. Nous avons traversé le Maelstrom et parcouru le continent entier pour bâtir ce royaume de l'espérance. Laisserions-nous des insectes verdâtres contester la légitimité de notre héritage ? Laisserions-nous quelques pauvres barbares remettre en question notre règne millénaire ? Nous sommes le rempart entre la fabuleuse civilisation et l'exécrable chaos. Nous sommes l'égide qui se doit d'arrêter net les ambitions criminelles de ces sauvages. Nous sommes le marteau destiné à réduire en poussière Zul'aman, cet autel de la dépravation. Toutes ces tâches sont certes un lourd fardeau, mais nous en sommes fiers. Et à présent, aux armes, Thalassiens ! Hissez haut vos bannières et sellez fort vos montures, car au lever du Soleil, nous marcherons contre l'ennemi !" Guidés par leur bien-aimé suzerain, nos beaux ancêtres arrivèrent face aux murs de Zul'aman. À ce moment, bon nombre de nos soldats furent pris d'une nausée envahissante : cette place, qui n'avait de forteresse que le nom, avait ses remparts faits de pierre et d'excréments d’animaux. Point une surprise pour nos ancêtres toutefois : il est de notoriété publique que les Trolls se complaisent à vivre dans la saleté la plus répugnante. Aussi, il se dit que la seule vue de l'horrible visage d'un Amani peut suffire à perdre connaissance, car leur laideur se révèle aussi létale que la plus affûtée des claymores. Voilà pourquoi, quand les braves se sont rendus aux murs de Zul'aman, ils n'ont guère levé la tête de toute la bataille. Au son du clairon, nos courageux ancêtres s'enfoncèrent dans les brèches, repoussant ardemment les défenseurs dans les profondeurs de l'immonde ville. Ils chargèrent, taillèrent, flanquèrent, sans même daigner adresser le moindre regard à leurs ennemis déjà vaincus. Cet assaut portait les atours d'un spectacle de nonchalance et de mépris, aussi bien de l'adversaire que de la mort elle-même. Eut-il été une plus franche manière de ramener les verdâtres à leur criant état de cafards ? Car les dés de la guerre étaient déjà jetés, les insectes impuissants n'opposèrent aucune résistance digne de ce nom, balayés par l'inébranlable glaive de la Justice, tombant un à un face aux héros de Quel'thalas. Enhardis par l’occasion de combattre auprès des puissants Elfes et de leur magnifique Roi, quelques courageux humains avaient participé à la bataille. Bien que n’étant pas nécessaire, leur soutien fut tout de même bienvenu. Aussi, car les nobles Elfes ne manquent jamais de récompenser ce qui est donné, nos ancêtres décidèrent d’enseigner la magie à ces braves combattants. N'étant pas une race intelligente, les trolls ne comprirent jamais la stupidité de s'être attaqués aux Hauts-Elfes, élus de la Sainte Lune. Car l'envie mène inévitablement à la violence, les vicieux trolls ne rêvent depuis la nuit des temps qu'à une seule victoire face aux illustres Elfes. Bien évidemment, ils n'y sont jamais parvenus et n'y parviendront que lorsque toutes les Etoiles auront quitté les cieux de la nuit.
  7. Aux premières heures d'Azeroth, le monde n'était alors composé que d'un vierge et immense continent bordé par une vaste mer. Afin de rendre cette terre vivante, la Lune et ses Étoiles, abusivement surnommées "Titans" par les profanes, créèrent les premiers paysages, tous plus somptueux les uns que les autres. Mais il en était un, parmi cette belle étendue de splendeur, qui surpassait amplement tous les autres : il s'agissait d'une très vaste et admirable forêt, qui occupait la majeure partie du continent. La Sainte Lune n'était toutefois pas encore satisfaite, car son rêve le plus intense était celui de créer une race parfaite, semi-divine, qui rendrait hommage à la luxuriance de la forêt féerique. Observant les éléments qui composaient la forêt humide, la Lune choisit dans un premier temps d'utiliser de la boue pour créer ses sujets. Cependant, la facilité de leur création était également porteuse de nombreux défauts. Ils étaient incapables de se mouvoir correctement ou de s'exprimer, et ils n'avaient aucune résistance. Pire encore, leurs beaux traits finissaient par se gâter, et leur magnificence se transformait bien vite en laideur. Déçue, la Lune provoqua une interminable sécheresse sur la région, ce qui causa la disparition des elfes ratés, qui tombèrent en poussière. Certaines de ces créations boueuses survécurent pourtant à la destruction, en s'abritant dans les eaux vaseuses d'un marécage, et en y demeurant durant des milliers d'années. Bientôt recouvertes d'immondes algues, ces créatures prirent un teint définitivement verdâtre mais conservèrent toutefois des longues oreilles. Elles sont aujourd'hui connues sous le nom de "gobelins". Le regard dépité de la Déesse se posa sur les robustes arbres qui composaient la forêt. C'est à ce moment que lui vint l'idée de tailler sa race rêvée dans le bois d'un énorme chêne. Le résultat fut d'abord surprenant, car les créatures étaient capables de se mouvoir parfaitement, en plus d'être d'une grande robustesse et de savoir articuler les mots. Toutefois, la Lune se rendit bien vite compte que les paroles étaient complètement dénuées de sens et ressemblaient davantage à des grognements bestiaux. Ils étaient agressifs et ne rendaient pas même hommage à leur créatrice. Qui plus est, leur laideur était telle qu'elle effrayait les animaux de la forêt. Mécontente, la Lune décida d'invoquer une dizaine de faux dieux, qui eurent pour mission de duper ces horreurs belliqueuses et de les convaincre à se battre entre eux, sous le prétexte absurde d'un « besoin de sacrifices ». Le subterfuge fonctionna à merveille, et la sous-race finit par entrer dans une guerre intestine extrêmement violente et meurtrière. Les rares créatures ayant survécu à ce cataclysme, par leur cruauté et leur insensibilité, se donnèrent eux-mêmes le nom de "trolls". Par profond mépris, la Lune les oublia complètement, et la sous-race trolle, pétrie de stupidité, est encore aujourd'hui persuadée de l'existence des "loas". Bien que très déçue, la Déesse n'avait point abandonné l'idée de créer la race parfaite pour veiller sur ses somptueuses forêts. Mais Elle comprit alors que pour créer les illustres gardiens de la forêt, il lui faudrait utiliser l'élément le plus pur et le plus symbolique de la Vie. Par conséquent, cela impliquait de chercher ailleurs de ces bois, malgré leur splendeur. C'est alors qu'Elle aperçut, tout au nord du continent, les magnifiques bois qui lui paraissaient éternels et qu'Elle destinait à devenir, un jour, la terre des Elfes. Les fruits étaient omniprésents dans ses prés, et des céréales sauvages poussaient en abondance dans ses vastes champs d'or. C'est sur ces dites céréales, symboles de prospérité et porteuses de mille vertus, que le regard de la Lune se posa. De ces riches domaines, Elle extirpa une tige d'un blé si doré et si pur que la lueur de la divinité se reflétait en lui. La Lune sut, à cet instant, qu'Elle venait de trouver la matière idéale pour créer la race idéale. Néanmoins, la texture du blé ne permettait pas encore de modeler correctement une belle créature. En conséquence, elle broya les céréales entre ses mains, jusqu'à ce que l'aliment de la Vie ne soit plus que poussière. Enfin, la Lune, dans sa divine mansuétude, s'entailla le bout du pouce afin de faire couler son propre sang, qui devint torrent une fois versé dans la poudre dorée. Le tout forma une pâte si douce et si malléable que la Déesse n'eut aucun mal à modeler ses créatures rêvées, qui furent douées d'une intelligence profonde, d'un esprit affûté et d'une beauté époustouflante. Ivre de joie, la Lune donna à ces merveilles le nom de Bien-nés, et Elle fut si heureuse de sa création qu'elle en pleura pendant tout un millénaire, tout en observant ses enfants grandir et fonder leur somptueuse civilisation. Cette pluie de larmes divines versée sur la terre bénie forma bientôt une source d'eau que les Elfes, reconnaissants envers leur Créatrice, ne tardèrent pas à vénérer. Mais il ne s'agissait point d'un simple lac, car né des propres larmes de la Déesse, il contenait une part de sa magie divine. C'est ainsi que, par la grâce de la Divine, le Puits d’Éternité fut créé, et la race élue commença à assimiler sa puissance, qui se présentait tel un héritage de la Lune. Hélas, bien des milliers d'années étaient passés, et l'ignoble peuple de bois avait gagné en puissance ainsi qu'en cruauté. La sous-race trolle, uniquement animée par la jalousie et la haine à l'égard de la race élue, connaissait son histoire tout en la niant honteusement. Le seul but de l'existence des trolls devint alors, et demeure encore de nuire aux Elfes, aimés de la Déesse. Mille et une guerres s'ensuivirent, desquelles les Elfes sortirent mille et une fois vainqueurs.
  8. Il était une fois, dans le Haut-Royaume d’antan, six chevaliers et six chevaleresses au service d’un bon seigneur. Vivant au sein d’un beau château près des côtes, les vaillants combattants œuvraient pour la protection du peuple et de la famille seigneuriale. Aux quatre coins de Quel’thalas, les Chevaliers étaient chantés pour leur beauté, leur héroïsme et leur loyauté sans faille. À l’instar de leur bon seigneur, ils étaient fort pieux. Point un repas ne se déroulait sans qu’ils ne daignent remercier les Astres pour ces douces victuailles ; point un entraînement ne se déroulait sans qu’ils ne daignent remercier la Sainte Lune de leur avoir offert les Arcanes. Gardiens du Culte autant que du Peuple, les Chevaliers veillaient rigoureusement à ce que la paix et la tranquillité règnent sur le domaine de leur seigneur, mais également sur toutes les terres adjacentes. - Que l’époque était douce. Ah ! - Hélas, le bon seigneur et ses Chevaliers avaient un redoutable ennemi, le Vilain, connu pour sa fourberie et sa bassesse. Châtelain voisin de leur place forte, le méchant seigneur lorgnait sur leurs terres d’un œil jaloux : son domaine était plus petit et bien moins fertile que le leur. De même, la majorité des villages que le cruel châtelain possédait était rebelles à son autorité et lui refusaient le champart, la dîme, la taille, la leyde et les corvées. Justement, c’était en particulier sur les terres du Vilain que les Chevaliers assuraient généreusement la sécurité des petites gens qui, confiantes, étaient habituées à leur demander des services. Se servant de cette situation, le cruel châtelain mit au point un fourbe stratagème. Au cours d’une nuit, un enfant d’un village voisin vint implorer leur aide : un groupe de voyous était en train de piller leur hameau, de malmener les habitants et de voler leurs récoltes ainsi que leurs bêtes. Les Chevaliers détaillèrent la situation à leur maître, qui leur donna l’ordre de porter secours aux paysans en détresse, et d’exterminer toute la vermine. Tirant leurs épées et scellant leurs montures, les Douze Chevaliers se hâtèrent, chevauchant à la rescousse des villageois opprimés, sous le regard admiratif d’une flopée d’Etoiles. C’est ainsi qu’ils rencontrèrent un petit groupe de marauds, armés de haches à la mode des barbares. Ceux-ci, voyant la Lune s’illuminer à la charge des Chevaliers, comprirent que la Justice était implacable. Il ne fallut que quelques minutes aux braves bannerets pour terrasser la vermine, qui ne se défendit qu’à peine. L’escarmouche terminée, les Chevaliers décidèrent de creuser rapidement une fosse commune afin d’y ensevelir les pillards et de leur permettre de trouver la paix dans l’au-delà. Mais en aidant à rassembler les corps, un brave constata avec stupéfaction que l’un des coupe-jarrets, qui semblait être le chef de la meute, portait une chevalière à son annulaire gauche. Les armoiries étaient celles du Vilain. Effarés, les chevaliers finirent toutefois par penser que ce sceau avait été volé aux propriétaires, et décidèrent de le ramener au châtelain, en espérant que cela améliorait les relations entre lui et leur maître. Ayant pour principe de toujours faire leur devoir jusqu’au bout, les Douze Chevaliers n’interrompirent point la cérémonie, et passèrent toute la nuit à aider les paysans à rebâtir ce qui avait été détruit pendant le combat. Ils repartirent ensuite en direction du château du Vilain. Cependant, alors qu’ils étaient sur les chemins, les Chevaliers furent arrêtés par l’un des sentinelles de leur maître, qui les informa que le bon seigneur, parti en promenade, avait été appréhendé par les troupes royales. Il était accusé d’avoir fait assassiner le fils adoptif du Vilain alors que celui-ci était parti, avec ses hommes d’armes, percevoir les impôts dans son propre village. Les douze braves comprirent alors l’étendue de leur erreur. Emmené loin de ses Chevaliers et de sa famille, le pauvre seigneur fut conduit à Lune-d’Argent, avec tout de même les honneurs dus à son rang. Accusé d’avoir commandité l’assassinat d’un noble, le gentilhomme fut traduit en justice à la cour royale, en présence de tout le conseil nobiliaire, dont le vil châtelain. Les Douze Chevaliers, quant à eux, ne furent point autorisés à assister à la séance, et durent attendre dehors en priant la Sainte Lune de soutenir leur maître. Honorable et brave, le bon seigneur offrit une défense sincère, en ne disant que la vérité sans daigner omettre quoi que ce soit : ni sa personne, ni ses chevaliers. Il insista toutefois sur le fait que ni eux, ni les villageois ne connaissaient ces percepteurs d’impôts, qui n’ont d’ailleurs jamais décliné leur identité et se sont comportés en pillards. Mais le Vilain, de son côté, ne manqua point une occasion de fabuler, de mentir ou de se lamenter en inventant des complots et des attaques permanentes desquels il serait la cible. Puisque l’accusé se refusait à user des mêmes pratiques honteuses, le cruel châtelain gagna rapidement le débat, et passa pour être la victime des terribles ambitions du seigneur et de ses douze chevaliers. Par la rhétorique, le mensonge et le fiel, le Vilain est parvenu à escamoter complètement le fait que son fils adoptif, inconnu de tous, n’avait été légitimé que quelques heures avant qu’il lui ordonne d’aller percevoir, à la manière des pires bandits, les arriérés d’impôts d’un village rebelle. Face au réquisitoire du rusé châtelain, le Roi était loin d’être aussi dupe que ses courtisans. Malheureusement, il n’eût d’autre choix que d’appliquer la loi du talion : pour avoir tué le fils adoptif d’un châtelain sur ses propres terres, le bon seigneur fut ainsi condamné à mourir « à la première minute du lendemain ». Cela dit, le Roi accepta de lui accorder une mort honorable. À défaut d’être exécuté par la potence tel un meurtrier, ou par la décapitation tel un traître, il fut autorisé à s’empaler de lui-même sur sa fière claymore. Le bon seigneur ne fut guère surpris à l’entente du verdict, et l’accepta tel un preux gentilhomme. Par l’écuyer royal en personne, l’épée du seigneur lui fut apportée. Le condamné s’en empara, avant d’effectuer sa plus belle posture de combattant, en dressant fièrement la claymore en direction de son ventre. S’il eut pointé l’épée en leur direction, n’importe quel noble de l’assistance aurait craint pour sa vie. Dans le silence de la nuit, le bon seigneur patienta, rivant ses yeux sur la pendule aux luxueuses dorures. Mais bientôt, l’aiguille de la pendule vint briser ce calme solennel. Les yeux vides, le bon seigneur prononça alors ces mots en fixant les étoiles : « Sainte Mère, Saint Père, je reviens à vous dans l’instant. Puissiez-vous, je vous prie, ajouter treize belles assiettes au festin. ». L'assistance de ce triste spectacle retint alors son souffle, en observant le bon seigneur d’un regard mêlé entre le respect, la crainte et la surprise. Par un formidable coup d’estoc qui, sans doute aucun, aurait à lui seul anéanti le Roi Liche et son Conseil de Sang, le gentilhomme perça son cœur de sa franche claymore. Cette nuit-là, puis les treize jours suivants, la pluie ne cessa jamais de tomber sur la belle Lune-d’Argent. Mais le malheur fut loin de s’arrêter en si bon chemin. Comme le voulait la loi de Quel’thalas, en plus de sa vie, les terres du bon seigneur furent saisies et cédées au Vilain. Ce dernier passa de longues journées de réjouissance, organisant des fêtes à n’en plus finir, entouré de ses flagorneurs. Il avait mené son complot au plus grand des biens, trouvant à sa jalousie le meilleur des remèdes. En outre, par une intrigue douteuse, le cruel seigneur avait su obtenir une faveur de ses alliés du Conseil de Lune-d’Argent. Il eut ainsi le droit de faire secrètement traquer puis emprisonner les Douze Chevaliers, afin de leur administrer la punition de son choix. Cependant, à peine les gardes du Vilain avaient été lancés à leurs trousses que les bannerets avaient déjà disparu du paysage. Le cruel seigneur ne s’en inquiéta que peu. Ayant mis la main sur le domaine de son ancien rival, il prit un malin plaisir à chasser toutes les personnes ayant, un jour, daigné servir le bon seigneur. Sa veuve, ses pauvres enfants mais aussi tous les habitants de son château furent tirés de leur lit en pleine nuit et exilés tels des moins que rien, sans avoir le droit d’emporter la moindre affaire. Toutes les maisons jadis occupées par les fidèles du bon seigneur furent cédées aux flagorneurs du Vilain. Désormais sans terre, sans seigneur, et hors-la-loi, les Douze Chevaliers furent eux-aussi contraints à l’exil et en proie à la ruine. Ils bâtèrent le sentier et arpentèrent le plat-pays, allant d’auberge en auberge, puis de pichets en pichets. Vêtus de loques trouées alors qu’ils arboraient autrefois de fières armures et des braves épées, ils ne portaient maintenant plus que la bouteille. Sans cesse surpris dans leurs tristes beuveries par les petites-gens et les nobles mineurs qui n’osaient même plus leur adresser la parole, les Chevaliers semblaient avoir vendu leur honneur en même temps que leurs armes. La rumeur de leur misère ne tarda point à se répandre, pour le plus grand plaisir du cruel châtelain, qui leva même sa coupe à la décadence de ses ennemis d’autrefois, qui désormais se noyaient dans le vin et les larmes. À présent persuadé que ces guerriers ne représentaient plus aucune menace pour lui, le seigneur ne prit plus la peine de les faire traquer et suspendit toutes les recherches. Pourtant, et ce depuis leur fuite, les Douze Chevaliers n’avaient qu’une seule idée en tête : la vengeance de leur maître. Profitant d’une sombre nuit de pleine lune, les braves tirèrent les brides de leurs fidèles montures jusqu’à leur cachette. Ils y déterrèrent l’équipement qu’ils avaient mis à l’abri par souci de mobilité et de discrétion, puis s’en allèrent, à francs étriers, en direction de ce qui fut autrefois leur demeure. Ayant assuré la sécurité de ce château durant des décennies, les chevaliers n’eurent aucun mal à s’y infiltrer. Attachant leurs chevaux au cœur de la clairière, ils exploitèrent un long souterrain les menant jusqu’aux dortoirs de la garde, où la plupart des soldats du Vilain étaient endormis. Ils les réveillèrent alors sans douceur, en les sommant de les laisser faire leur devoir, sous peine de se voir occis sur le champ. Les hommes d’armes se rendirent immédiatement. La moitié des Chevaliers restèrent dans les dortoirs pour surveiller les gardes, tandis que le reste partit en direction du donjon. Après quelques passes d’épées bien maladroites, les huit gardes des remparts se rendirent sans plus de résistance. Ils implorèrent la grâce, et celle-ci leur fut accordée. De nouveau, le groupe se sépara, afin que la moitié conduise les nouveaux prisonniers aux dortoirs. Bientôt, les trois derniers chevaliers arrivèrent dans la chambre du méchant seigneur, dans laquelle celui-ci s’était réfugié avec sa famille. Honorables, les combattants laissèrent immédiatement la famille partir, et proposèrent au vilain une mort de guerrier. Mais l’homme, tremblant de couardise, ne donna aucune réponse. Quelques secondes plus tard, une franche claymore fit son office : le Vilain venait de perdre son honneur et sa tête. Quittant le château à toute hâte par le même souterrain, les Douze Chevaliers revinrent dans la clairière afin d’y retrouver leurs montures. De là, ils pouvaient entendre les cloches du château sonner : l’alerte avait été lancée. Au grand galop, les braves joignirent alors la tombe sous laquelle était enseveli leur maître. C’est ainsi qu’ils y déposèrent, au milieu des fleurs, la tête du Vilain. Justice avait enfin été rendue. Leur devoir définitivement accompli, les Chevaliers étaient désormais libres de commencer une nouvelle vie et, qui sait, de fonder une famille. Mais au moment où les Chevaliers s’apprêtaient à quitter définitivement ces terres pour de nouveaux horizons, le son des tambours se fit entendre : un régiment royal, tout en armes, était venu à leurs devants. À la vue de la troupe, les Chevaliers, loyaux envers leur Roi, se rendirent aussitôt. Ils connaissaient fort bien leur destin et, malgré leur peine, l’acceptèrent sans sourciller. Emmenés à Lune-d’Argent afin d’être jugés pour le meurtre du châtelain, les braves furent accueillis par d’immenses acclamations du peuple et de la noblesse : l’Honneur et la Fidélité avaient désormais douze noms. Lorsque les Chevaliers furent amenés devant le Roi, les applaudissements résonnaient encore jusqu’à la salle du trône. Hélas, malgré sa sympathie pour l’honorabilité des Chevaliers qui n’avaient fait que venger leur maître, le bon Roi se trouvait là dans l’embarras : il ne put se résoudre à les gracier pour un crime aussi grave. Au moment où le Roi prononça la condamnation à mort, le ciel se mit à briller de mille feux : les Astres versaient leur mélancolie. Et c’est alors que la plus jeune des Chevaliers, larmes aux yeux, demanda au Roi de lui accorder une faveur. Sa Majesté, elle-même larmoyante, accepta de l’écouter. « Votre Majesté, que la Sainte Lune vous protège et que votre règne dure au moins trois-mille ans. Je supplie votre Majesté de nous faire faveur, en nous laissant mourir à la mode de notre seigneur. Ainsi, nous pourrons le rejoindre pour l’Eternité au Palais Cosmique. De grâce, prêtez-nous douze épées : lorsque la minuit frappera à la porte, douze condamnés auront rejoint les cieux. » Emu par tant de bravoure et de chevalerie, le Roi accéda à sa requête. Douze épées furent amenées aux Chevaliers, qui s’en emparèrent pour se placer en position d’honneur. Ils patientèrent, le sang-froid et les yeux rivés sur la pendule. Un silence de mort régnait dans la salle du trône, alors que les condamnés observaient le plus grand des calmes. Et à la seconde où l’aiguille se posa sur la minuit, les Douze Chevaliers accomplirent leur dernier devoir… pour s’en aller rejoindre leur maître au grand festin qui les attendait. À l’aube, le bon Roi fit enterrer les Douze Chevaliers aux côtés de leurs maîtres, et leur offrit une cérémonie des plus glorieuses. Pendant plus de deux-mille ans, des Thalassiens vinrent recouvrir quotidiennement leurs tombes de fleurs printanières, pour que jamais leur splendeur ne soit oubliée.
  9. Il était une fois, il y a bien des années, deux Elfes qui s’aimaient d’un amour profond et sincère. Ils habitaient un somptueux palais dans les beaux quartiers de Lune-d’Argent, et profitaient chaque jour de leur chaste affection. Hélas, vint un jour où, alors qu’ils partageaient un repas romantique, le Fléau se mit en travers de leur passion. Leur demeure encerclée et prise d’assaut par les Morts, ils se résolurent au trépas et partagèrent une ultime étreinte, avant de s’armer de leurs épées pour offrir à l’envahisseur une résistance digne du magnifique Anasterian. Lorsque le combat fut terminé, les tristes roses étaient fanées et le beau palais complètement en ruine. Des dizaines de dépouilles jonchaient le sol et au milieu, les deux Epris résistants étaient étendus, tendrement enlacés et sans vie. Bientôt, un lieutenant du Fléau pénétra dans le palais dévasté et esquissa un sourire à la vue des deux héros, amoureux dans la mort. Lui qui avait tué sa propre mère pour plaire à son immonde roi ne connaissait que bien peu des choses de l’amour, et ce fut avant tout la résistance des deux Elfes qui l’intéressa. Le matricide décida ainsi de les ramener à la vie en tant que chevaliers de la mort, afin que leur puissance soit mise au service du Roi Liche. Il ordonna ainsi à ses serviteurs de préparer leurs corps afin qu’ils soient réanimés, puis reconditionnés. Pour cela, tout lien entre eux devait disparaître, au profit de la seule haine. Mais ce qu’ignorait le traître lordaeronnais, c’est que la puissance des deux Epris provenait du pouvoir de l’Amour : leur passion avait été bénie par les Etoiles et la Sainte Lune. Et l’Amour est bien plus fort que la haine. Aussi, les deux Elfes oublièrent bien vite tout ce qui concernait leur ancienne vie, hormis la flamme qui unissait leurs cœurs. Des mois durant, par mille et une tentatives, les sous-fifres du Roi Liche tentèrent de briser l’Amour des deux Elfes, et ce fut toujours vain. Quelle que soit la pensée malsaine qu’ils tentaient d’infuser en leur âme, quel que soit le souvenir passionnel qu’ils tentaient d’effacer, quel que soit le lavage de cerveau qu’ils tentaient de leur infliger, les deux héros n’avaient, à leur éveil, que deux mots à la bouche : « Mon Amour ». Désespérés par ces tentatives infructueuses, les immondes durant se résoudre à l’évidence : les deux Elfes étaient liés à tout jamais par le pouvoir de l’Amour. Néanmoins, le temps pressait et le Roi Liche manquait cruellement de troupes d’élite. Aussi, malgré leur passion toujours intacte et contraire aux intérêts du Fléau, les deux amoureux furent conduits au fort d’Achérus afin d’y être entraînés. C’est là qu’ils rencontrèrent le terrible Arthas pour la première fois. Mais à peine le lendemain de leur arrivée, les tambours de guerre résonnaient déjà et ils furent envoyés en bataille afin d’anéantir l’Espoir. Forcés par une sombre magie à charger les paladins et à encercler leur chapelle, les deux Epris ne pouvaient toutefois se résoudre à faire du mal aux innocents, et se contentaient de feindre le combat. Mais alors que la bataille semblait tourner en faveur de leurs horribles maîtres, et que ces derniers allaient les obliger à massacrer les blessés, un miracle se produisit. Le beau visage de feu le grand roi Anasterian était apparu juste sous leurs yeux, et leur souriait tendrement. Il souriait à leur Amour, à la douceur de leurs âmes pourtant brisées. Très bientôt, les Epris se souvinrent de leur ancienne vie et se libérèrent de leurs entraves. Ils se précipitèrent ainsi dans la chapelle afin d’y protéger les paladins retranchés. Avec surprise, ils constatèrent que la quasi-totalité de leurs compagnons d’infortune avaient fait de même, défiant le Roi Liche sans l’ombre d’une crainte. La Chapelle de l’Espoir portait bien son nom. Le dirigeant de l’assaut du Fléau, lui aussi libéré, proclama leur sécession au Roi Liche, et la création d’un ordre qui œuvrerait pour la chute du Mal. C’est ainsi que la Lame d’Ebène fut créée, et eut pour seule vocation de rendre justice aux victimes de l’immondice. Cette quête de Justice les mena tout droit au Norfendre, là où se terrait désormais le Roi Liche. C’est ainsi qu’ils s’allièrent définitivement à la Croisade d’Argent, et se mirent à travailler ensemble. Les forces de Alliance et de la Horde étaient également présentes, et quelques champions se distinguaient déjà parmi eux. Quelle ne fut pas leur stupeur quand ils remarquèrent leur geôlier matricide dans le rang des croisés, portant les couleurs de l’Alliance et étant accompagné d’un Elfe portant lui-même les couleurs de la Horde. Comment de tels crimes avaient-ils pu lui être pardonnés ? Cette âpre constatation leur fit comprendre que ce monde n’était pas celui de l’Amour. Hélas, le temps n’était point à la vengeance ni à la lamentation, mais à la protection des innocents. Néanmoins, en attendant la grande bataille, les deux épris profitaient de leur liberté et, à nouveau, de leur chaste affection. Ils partageaient sans cesse de douces étreintes et s’échangeaient des mots d’idylle, parlant avec envie des merveilles et des instants romantiques qui les attendaient au Palais Cosmique… ce somptueux repas durant lequel ils pourraient se tenir tendrement la main en se susurrant des paroles d’amour. La citadelle dans laquelle se cachait le Roi Liche fut bientôt assiégée. Et à l’issue d’un mois entier de préparations et d’escarmouches, les croisés réunis menèrent enfin l’assaut, les deux amoureux parmi eux. Malgré la force du Fléau, rien ne fut en mesure de s’opposer au pouvoir de l’Amour. Les lieutenants du Roi Liche tombèrent un à un et après un combat de longue haleine, ce fut Arthas lui-même qui s’écroula. L’Amour avait triomphé, au moins autant que la Justice. Le Roi Liche défait, leurs familles vengées et les innocents sauvés, les deux Amoureux avaient enfin trouvé la paix. Ils quittèrent alors la citadelle et retournèrent au camp, avec d’autres Chevaliers, pour y retrouver les croisés. Ils furent accueillis en héros, avec les plus grands honneurs qui soient, et une franche fête fut organisée en hommage à leur bravoure. Néanmoins, les Amoureux ne tardèrent à annoncer qu’ils ne seraient point présents lors de cette célébration. Le regard humble et l’esprit enfin apaisé, ils demandèrent aux paladins de dresser un immense feu sacré. Les serviteurs de la Lumière s’exécutèrent, obéissant à ces héros sans qui la victoire aurait été impossible. Une fois que les croisés eurent fait leur office, les deux Amoureux se prirent mutuellement la main et observèrent longuement le feu. Ils attendaient et poursuivaient cette étreinte manuelle, avec une tendresse qui contrastait avec leur terrifiante allure. Et lorsque le feu fut assez grand pour les accueillir, ils s’en allèrent à la rencontre d’un monde bien plus heureux… car l’Amour survit à la Mort. Accueillis au Palais Cosmique parmi les Astres, les Amoureux partagèrent et partagent encore un divin banquet ; les voilà attablés aux côtés de la Sainte Lune.
  10. Il était une fois, dans la merveilleuse Lune-d’Argent, une jeune et douce Elfe qui ne parvenait pas à atteindre le bonheur. Bien qu’au cœur du féerique Haut-Royaume et entourée par l’illustre peuple élu, l’Enfant ne parvenait pas à trouver sa place à Quel’thalas. Alors qu’elle venait de terminer ses études arcaniques, elle ne comprenait toujours pas la culture elfique, qui lui paraissait insignifiante et hypocrite. Pire encore, elle condamnait la noble éducation que lui avaient offert ses gentils parents. Malgré son amour profond pour la Sainte Lune et les Astres qui lui avaient offert la beauté et la perfection, l’Elfe était rêveuse et aspirait à d’autres horizons. Un beau jour, l’Enfant prit la décision folle de fuir le Haut-Royaume, en joignant la première calèche qui partait à destination du Grand Sud. La première région où elle fit escale fut Dun Morogh, et plus précisément la cité de Forgefer. Tandis qu’elle n’avait encore jamais rencontré d’autres créatures que les Elfes et les Humains, elle fut impressionnée à la vue de ces gens de petite taille, à l’allure rude et négligée. Leurs barbes démesurées et emmêlées l’intriguaient, mais plus en mal qu’en bien. Passée la mauvaise surprise, l’Elfe se rendit au cœur de la cité, où elle fut témoin d’un éclat de rire général. Après quelques secondes, elle comprit qu’elle était elle-même la cause de cet amusement : les Nains se moquaient de ses beaux vêtements et de ses longues oreilles. La jalousie reflète toujours un manque, et eux manquaient indéniablement de beauté. Agacée, elle partit se réfugier dans une auberge, où elle arriva au bon milieu d’une chanson à boire. Les Nains ivrognes et bruts s’esclaffaient en chantant gaiement au sujet d’un Elfe massacré par les Trolls. Après cela, tous les Nains burent le contenu de leurs chopes d’un seul coup, et beaucoup se mirent à vomir. C’est à ce moment que l’un des Nains, nettement éméché, harangua l’Enfant pour lui « offrir une chopine ». Ecœurée par cette scène, l’Elfe quitta précipitamment l’auberge, puis la cité. Elle se remit alors sur les routes, en quête d’un horizon un peu plus joyeux et d’une culture un peu moins naine. Très bientôt, l’Enfant arriva sur les terres verdoyantes des Humains : la Forêt d’Elwynn. A ce moment, son cocher lui demanda si elle voulait se rendre dans la cité bleue, que l’on dit magnifique et peuplée d’habitants cultivés, à l’instar de la somptueuse Lordaeron. Cependant, ce n’était pas l’avis de la jeune Elfe. En effet, elle avait appris que plusieurs Elfes vivaient déjà à Hurlevent pour y suivre leurs études non-magiques et pour honorer leur engagement auprès de l’Alliance. Aussi, afin d’éviter de croiser à nouveau son peuple, l’Enfant décida de partir en direction du Comté-de-l’Or, connu pour être constitué de paysans, de marchands et surtout de nombreux mercenaires sans foi ni loi. À son arrivée, l’Elfe fut interpellée par un habitant à piètre allure qui lui proposa de porter ses bagages, et lui offrit un sourire mielleux. Cependant, l’Enfant fut écœurée par l’abjecte odeur que dégageait le fermier. De plus, celui-ci la regardait d'une manière qui lui déplaisait fortement. Elle le congédia aussitôt et se rendit alors à l’auberge, pour tâcher d’oublier cette mauvaise rencontre autour d’un verre de jus de baie. L’Elfe fut effarée quand le tavernier lui indiqua qu’il ne servait que de l’alcool. Bien que déçue et choquée, elle le fut encore davantage en constatant que l’auberge était remplie à craquer, alors que le village ne comptait que quelques bâtisses. Les Humains avaient donc la même relation avec l’alcool que les Nains. Pire encore, l’Elfe remarqua que la plupart des clients – très jeunes – étaient ivres et sur le point de déclencher une bagarre générale. Elle partit donc avant que cela ne dégénère. Mais très vite, l’Enfant rencontra un bel aventurier qui lui raconta ses nombreux exploits. Captivée par son charisme, sa beauté et son héroïsme, elle but chacune de ses paroles. Très bientôt, le « prince charmant » lui demanda sa main. Hélas, une fois encore, vint la désillusion quand l’Elfe observa justement les mains de son prétendant : l’une était recouverte de sang, et l’autre tenait encore une chope remplie d’un horrible alcool. Consciente que le Comté-de-l’Or n’était rempli que de paysans et d’ivrognes bagarreurs, l’Elfe décida alors de continuer sa route vers le sud. Après de longues journées à traverser des bois lugubres et une jungle effrayante, l’Enfant arriva enfin à l’extrême sud du continent. Pour la première fois de sa vie, elle aperçut les somptueuses plages australes, hélas gâtées par les nombreux déchets accumulés sur les côtes. Près de la plage se dressait une ville côtière qui ne payait point de mine mais qui, à ses yeux, représentait peut-être le foyer qu’elle avait toujours cherché. Entrant par les portails de fortune de la ville, faits de déchets entassés, l’Elfe remarqua des dizaines de bâtisses faites en matériaux de récupération, et de nombreux navires amarrés. Ces vaisseaux étaient de piètre qualité et voyaient à leur bord toutes sortes de créatures peu recommandables. Ces foules de voyous, de coupe-jarrets ou encore de bâtards sortaient du port pour gagner une auberge terriblement malfamée, où des serveuses humaines avaient renié leur fierté raciale dans le but de plaire aux locaux, les Gobelins. Lorsque l’Enfant rencontra la première de ces créatures verdâtres, elle fut d’abord sous le choc. Pas plus hauts que trois pommes, ces créatures mesquines arboraient fièrement leur nez crochouillu, leurs larges oreilles et leur peau pestiférée. Comment un être si petit pouvait contenir une telle laideur ? Telle fut sa première question. Mais lasse de vaquer de région en région, la jeune elfe décida alors de laisser une chance à cette nouvelle terre. Après tout, il n’y avait pas que des défauts. Emerveillée par le soleil du sud, elle prit la décision de rester plusieurs mois dans ce décor, et de tisser des liens avec les créatures verdâtres qui y vivaient. Elle commença à vivre telle une gobeline, à s’habiller telle une gobeline et à manger telle une gobeline. Mais hélas, cela ne fut pas sans conséquence et après quelques semaines, la peau de l’Enfant se mit à prendre une teinte verte, à l'instar de celle des Gobelins. Alors qu’un tel malheur aurait rebuté n’importe quel Thalassien, ce ne fut pas le cas de l’Elfe Verte, qui pensa que cette teinte n’était qu’une conséquence temporaire du climat tropical. Après tout, les mangues et les bananes qui poussaient ici-bas étaient bien vertes, avant de prendre leur belle couleur jaunie. L’Elfe vécut alors dans la grande auberge de la ville, essuyant les remarques désobligeantes des Verdâtres, sans que cela ne la choque. "Je ne suis pas chez moi, c'est normal de ne pas être respectée", se répétait-elle pour se rassurer. Mais un beau jour, alors qu’elle se forçait pour boire l’une des horribles boissons locales, un Gobelin couvert d’un haut-de-forme se joint à elle, et lui offrit à boire. Lui et l’Enfant sympathisèrent mais bien vite, le Gobelin dévoila ses véritables intentions. Il lui adressa un sourire hideux, gâté par des dents en or qui semblaient être la mode chez les riches voyous de cette ville. Son énorme nez crochouillu, quant à lui, atteignait quasiment ses lèvres, formant un ensemble des plus grotesques. Mais outre son atroce laideur et ses dents dignes d’une bête de foire, ce sont surtout les mots du Gobelin qui effrayèrent l’Elfe Verte. En la dévorant de son regard libidineux, il lui annonça ces mots, entrecoupés de son rire malsain : « Je veux te faire mienne, mon bel alizé de l’été ; sois ma chose et mon bien ! Ensemble, nous dominerons le monde, arnaquerons tous les honnêtes gens de cette terre et nous empoisonnerons tous ces pauvres enfants. Le venin est déjà prêt et nous n’avons plus qu’à le verser dans les puits. Le plus grand projet de notre peuple est sur le point d’être réalisé. D’ici là, je t’offrirai tout ce que tu veux. Tout l’or que tu désires, tous les cadeaux. J’arracherai une peluche à n’importe quel orphelin pour te la donner. J’y prendrai même le plus grand des plaisirs ! ». Effrayée par ces horribles paroles qui la firent presque oublier son étrange amour pour cette terre atroce, l’Enfant se précipita hors de l’auberge. Pour se changer les idées, elle décida de se rendre au marché afin d’y faire ses courses. Mais c’est là qu’elle fit une effrayante découverte : en ce dimanche matin, il y avait bien peu de fruits et de légumes sur les étals, mais surtout des Elfes et des Humains. Présentés comme de simples marchandises affublées d’un numéro de série, les malheureux étaient vendus aux plus offrants, sans le moindre égard pour leur volonté. Les expressions « ne cherchez pas le Mal, cherchez le Gobelin » et « le Malheur est toujours Vert » prenaient alors tout leur sens. Après avoir versé bien des larmes, l’Elfe compris enfin que ses parents avaient raison : il n’existe en ce monde aucune culture égale à celle de son peuple, et la Rose ne devrait pas se mélanger avec la boue. En plus de cela, l’Enfant était de plus en plus inquiète par sa peau, qui devenait chaque jour un peu plus verdâtre et repoussante. L’idée de ressembler à ces créatures lui donnait la nausée. Aussi, suite à ces événements troublants, l’Elfe Verte revint enfin à la raison… et à la maison. Courant sans s’arrêter à travers les paysages fades du Bas-Monde, pressée de retrouver son vrai peuple, l’Enfant dit définitivement adieu à ces terres ingrates et à leurs étranges habitants. Un vaste sourire vint orner son visage quand elle fut enfin aux portes de Quel’thalas. À son arrivée dans la cité, les citoyens et les gardes semblaient éberlués et soulagés : tous pensaient alors que l’Enfant avait été enlevée par des bandits. Quel autre sort aurait pu éloigner un Elfe de sa terre natale, où la perfection et la beauté règnent en maître ? Accueillie avec une joie infinie par ses parents qui lui avaient préparé le meilleur des repas, l’Elfe Verte fut heureuse de retrouver enfin sa merveilleuse cité et sa parfaite culture. Elle prit alors la décision de ne plus jamais quitter son peuple. Au fil des années passées avec ses compatriotes elfiques, l’Enfant retrouva enfin une peau normale. Jamais elle n’avait été aussi heureuse de toute sa vie. Très bientôt, l’Enfant rencontra un noble, preux et charmant chevalier qui lui demanda sa main. Bien que traumatisée par les tristes événements qu’elle avait vécus durant son périple, l’Enfant changea immédiatement d’avis en entendant les vœux du beau sire : « douce demoiselle, nulle rose ou mageroyale du Haut-Royaume ne possède la moitié de votre beauté. Accordez-moi votre main : je vous aimerai ; je vous emmènerai dans mon château près de la mer, sur mon noble cheval blanc, et vous garderai près de moi pour l’Eternité. Jamais plus une immonde créature verdâtre ne mettra la main sur vous, je vous en fais le serment sur la Sainte Lune. » Infiniment rassurée par les douces paroles du Beau, l’Elfe n’hésita plus une seconde à lui accorder sa main. Sûre de connaître enfin le Grand Amour, elle fit ses bagages et suivit le chevalier jusqu’à son somptueux château côtier. Sans plus attendre, ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
  11. Il était une fois, dans un monde où les enfants n'étaient point autorisés à rêver, une jeune et gentille fille de bonne famille, qui se prénommait Soleïa. Elle était jolie, douce et toujours souriante, malgré le fait qu'elle avait perdu sa mère aimante peu après son entrée à l'internat et que son père, toujours absent, était des plus stricts : il la battait régulièrement lorsqu'elle ne réussissait pas quelque chose. Internée dans un collège pour filles aux codes des plus stricts, Soleïa était une éternelle rêveuse qui passait ses journées à s'imaginer des mondes merveilleux, à créer des personnages et des histoires fantasques. Elle désirait, en réalité, avant tout échapper aux journées si tristes qu'elle vivait au quotidien, oublier la mort de sa douce mère qui la faisait pleurer toutes les nuits. Du lundi au samedi, et de sept heures du matin jusqu'à sept heures du soir, elle devait suivre des cours de protocole, de cuisine, de couture, de langue et de danse. Qui plus est, elle avait pour particularité d'être très timide, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les autres filles la mettaient à l'écart : elle n'avait qu'une seule véritable amie et confidente, sa chère Sophia, une demi-elfe née d'une idylle controversée entre une bourgeoise thalassienne et un chevalier stromgardien. C'est sur les conseils de cette dernière que l'enfant décida, un beau jour, de mettre son fascinant univers sur papier, en écrivant de magnifiques contes adaptés aux tout-petits. Mais la jeune fille partageait son dortoir avec trois autres filles, qui la détestaient particulièrement et passaient leur temps à la tourmenter. Soleïa craignait fortement qu'elles soient informées de ce qu'elle faisait, car ses camarades étaient capables de tout faire, par pure méchanceté. Quelques semaines avant cela, quelqu'un avait même fait disparaître la poupée qu'elle avait depuis tout bébé, avec laquelle elle dormait, et qui l'aidait à faire de beaux rêves. Depuis, elle n'a cessé de faire d'horribles cauchemars. Ainsi, Soleïa fut contrainte de toujours écrire en cachette et avec crainte, mettant au point d'ingénieuses stratégies pour être toujours tranquille. A raison de deux heures par jour, elle avançait progressivement ses récits, jusqu'à ce que près de trois cents pages de merveilles soient écrites. La jeune fille plaçait tout son cœur et toute sa tendresse dans ses textes, qu'elle entreposait précieusement dans son armoire à l'abri des regards, hormis ceux de sa meilleure amie Sophia, qui trouvait toujours les mots pour la réconforter, la rassurer et l'encourager. Mais hélas, vint le jour où, alors que Soleïa se reposait dans son lit avant de se rendre aux cours du matin, deux de ses camarades de chambre s'exclamèrent "Oh, ma pauvrette... quelle tête crois-tu que fera la directrice, quand elle décèlera ce que tu entreprends en cachette ? Nous avons tout vu, tu sais ? Et ce depuis le début.". Tétanisée, la pauvre enfant ne sut pas quoi répondre, bien trop timide pour se défendre. Sans même que Soleïa ne puisse, ou n'ose réagir, l'une des deux filles ouvrit l'armoire, avant de s'emparer de la pile de feuilles et de courir jusqu'au couloir. À peine quelques minutes plus tard, la directrice apparut en tenant plusieurs de ces feuilles à la main. Elle lança un regard alambiqué à la jeune fille, avant de lui sourire gentiment. "Allons, ma chère Soleïa. Vous allez être en retard, dépêchez-vous. Nous discuterons de cela plus tard, mais sachez que je suis très agréablement surprise par votre maîtrise de la langue et par votre sens de la poésie. Félicitations." Rassurée et radieuse, la jeune fille était aux anges. La directrice avait finalement accepté ce qu'elle faisait et, visiblement, elle avait même pour intention de l'encourager. Dès cet instant et alors qu'elle se rendait dans la salle pour son cours du matin, elle sentait que la journée allait être merveilleuse. Elle avait envie de rire aux éclats, tant elle était heureuse. Mais Soleïa fut prise d'un sursaut quand elle constata que toutes les élèves attendaient déjà debout dans la salle, et qu'aucun professeur n'était encore arrivé. Alors que l'enfant gagnait sa place habituelle, elle vit alors la directrice arriver et lui lancer un regard des plus noirs. La pauvre ne comprenait plus rien. La directrice tenait des feuilles de couleur rose à la main, et c'est à ce moment que Soleïa comprit qu'il s'agissait de son conte personnel. Cette ode à l'amour courtois pouvait, si elle était mal interprétée, la faire passer pour une personne bien cruelle, ce qu'elle n'était en aucun cas. Qui plus est, l'histoire s'apparentait à des notes intimes où elle imageait son envie de s'évader, tout en faisant des allusions à son enfance et à sa vie privée, qu'elle n'aurait jamais osé révéler en public. La pauvre fille eut aussitôt les larmes aux yeux et une douleur profonde au ventre quand la directrice commença à lire ce conte à haute voix, apparemment désireuse de la faire souffrir au plus haut point. Elle prit même le soin de déformer certains passages du texte, afin de l'humilier davantage, en la faisant ainsi passer pour une méchante fille superficielle et élitiste, obsédée par la perfection physique. Des éclats de rire fusèrent bientôt dans toute la salle, et les élèves, qui d'abord se moquaient ouvertement de leur camarade, finirent même par la brutaliser, l'injurier et la menacer, devant la cruelle directrice qui fit la sourde oreille. Elles la traitèrent alors de monstre, en lui reprochant d'être sans-doute belle à l'extérieur, mais très laide à l'intérieur. Elles étaient en réalité jalouses de sa grâce. La jeune fille, effondrée, prit alors la fuite pour aller retrouver sa meilleure amie. Mais alors qu'elle lançait un dernier regard à la salle, elle remarqua la présence de Sophia, bien cachée au fond de la salle. Accourant vers elle en lui tendant les bras, ses yeux trempés de larmes, Soleïa espérait du réconfort de la part de sa meilleure amie. Mais tout ce qu'elle reçut d'elle fut un violent croche-pied, qui la fit chuter au sol et qui provoqua l’hilarité de toute la classe. Devant la pauvre fille, qui, laissant couler ses larmes aux sol, ne comprenait absolument rien, Sophia révéla son vrai visage. "Je te mentouillais depuis le début, sombre idiote. Depuis que l'on se connaissait toutes deux, je te menais en bateau. Je te savais assez bornée pour escribouiller ces textes ridicules... et c'est ma personne qui t'eut rapportée à la directrice. C'est aussi ma personne qui eut jeté ta poupée par la fenêtre, et c'est ma personne qui eut brûlé toutes les lettres que ta gentille maman t'envoyait avant de mourir. Personne ne saurait vouloir de toi, Soleïa. Personne ne saura jamais vouloir de toi, et même ta maman n'a su vouloir de toi. Tes parents t'ont abandonnée ici." Complètement détruite par ces paroles qui jamais ne sauraient s'effacer de son esprit, la jeune fille s'enfuit dans sa chambre en se tenant le coeur, proche de l'infarctus, avant de se laisser tomber sur son lit, dans une douleur affreuse. Elle croyait, depuis tant d'années, avoir une véritable amie, quelqu'un qui veillerait éternellement sur elle, et en réalité, tout n'était que menterie. Pire que menterie. Dans une détresse infinie qui se transforma en démence, elle se prit à hurler à l'aide, appelant sa maman au secours et la suppliant de venir la chercher, pour la ramener à la maison auprès d'elle et la prendre dans ses bras. Mais elle revint hélas bien vite à la réalité, dans une descente plus douloureuse que jamais. Désespérée et seule au monde, haïe de tous, la pauvre Soleïa se pencha ainsi à sa fenêtre en fixant le ciel, puis se laissa tomber dans le vide telle une poupée... telle la poupée que Sophia avait jetée. Montée au ciel auprès de la Lune, accueillie parmi les Astres, Soleïa retrouva sa maman et put enfin la serrer dans ses bras. Mère et fille furent si heureuses de leurs retrouvailles que leur étreinte n'en finit jamais : encore aujourd'hui, en levant les yeux la nuit, l'on peut apercevoir Soleïa et sa maman s’enlacer.
  12. Il était une fois un gentilhomme qui fut un roi. Lorsque la Deuxième Guerre battait son plein, les nobles Quel'doreis tenaient héroïquement le front, seuls au monde face à toute la sauvagerie de la Horde ainsi déployée. Le magnifique roi Anasterian, devant l'écrasante supériorité numérique des orcs, loin de céder la moindre victoire au perfide ennemi, dut toutefois se replier vers la capitale afin de réorganiser ses troupes. Hélas, ses armées étaient désormais dispersées. Alors qu'il n'était accompagné que d'une dizaine de braves chevaliers, il décida, sur la route, de faire halte dans une ferme environnante afin de se restaurer. Etant donné l'imminence d'une lâche attaque des orcs sur les malheureux paysans, le bon roi ne souhaitait pas déclarer son identité et rester secret. Ainsi, il éviterait de mettre en danger la famille qui vivrait dans cette ferme. Lui et ses hommes se firent passer pour des fourrageurs, affectés à l'effort de guerre et venus demander, entre-temps, le gîte et le couvert. Ils furent accueillis à bras ouverts par la fermière, qui leur proposa un lit de paille et la chaleur d’un foyer. Toutefois, le royaume en guerre traversait une période de disette, les distributions se faisaient rares et les paysans n'avaient guère les moyens d'acheter de la nourriture invoquer. En cela, les hommes du Roi ne s'attendaient guère à recevoir un vrai repas. Mais parce qu'elle avait un grand cœur et une admiration profonde pour les courageux ravitailleurs, la femme du fermier décida néanmoins de leur cuisiner deux petits cerfs qu'elle avait chassés la veille. Après avoir mis la viande sur le feu, la femme dut se retirer afin d'aller chercher de l'eau dans le puits et de servir à boire à ses braves invités, qu'elle avait attablés avec des cartes à jouer pour se divertir. Elle demanda à Anasterian, qui, par sa prestance naturelle, lui semblait être le chef du groupe, de surveiller la cuisson. Il accepta par politesse. En réalité, le roi était bien trop préoccupé par la situation pour s'atteler à une tâche aussi secondaire. Son cerveau se figurait déjà la bataille qui l'attendait, face à la terrible horde de bêtes sauvages qui menaçait de mettre son royaume à feu et à sang. Monopolisé par une discussion stratégique avec ses hommes, il en oublia complètement la viande sur le feu, tant bien qu'elle fût bien rapidement carbonisée. Lorsque la douce hôtesse revint dans la pièce à vivre et trouva les hommes en train de discuter, et son cadeau qu'elle avait si généreusement offert, ainsi gâché, elle foudroya le roi du regard. Alerté par l'odeur, ce dernier, gêné, lui promit que manger la viande brûlée ne poserait aucun problème, ni à lui, ni à ses hommes. N'en demeure que la fermière fut prise d'une colère noire et, avant qu'Anasterian n'ait eu le temps de s'expliquer, elle lui asséna une gifle si violente que toute la table en trembla. L'un des chevaliers, furieux, se leva alors en dégainant son épée, prêt à pourfendre la fermière. D'une voix rauque, il lui martela "Par la Sainte Lune, haute-traîtresse, c'est Sa Majesté le Roi que vous venez de férir de votre indigne main ! Soyez damnée dès lors, car pour votre crime odieux, c'est le trépas qui vous attend !". Mais contre toute attente, l'illustre roi se trouvait également être un homme magnanime, doué d'une humilité légendaire. Après avoir retenu le bras vengeur de son serviteur, il accorda non seulement son pardon à la fermière pour ce geste outrageux, mais il décida également de lui promettre dédommagement. Et le Roi tint parole. Un an après le départ du grand seigneur, alors que la guerre venait d’être remportée, la paysanne vit débarquer devant sa masure un convoi de quarante têtes de bétail. Devant les yeux émerveillés de la modeste fermière, toutes les bêtes furent sorties une à une par les caravaniers. Sur le dernier bœuf était accroché une petite note, scellée du cachet royal. Elle avait été écrite avec la plus grande attention : « Je vous présente mes plus sincères excuses pour le manque de respect que j'ai montré envers votre personne cette nuit-là. Hélas, la guerre tend à nous rendre nerveux et nous en oublions nos bonnes manières. J'espère que ce présent saura racheter la gêne que je vous ai fait subir... et que peut-être, à nouveau, vous daignerez nourrir mes fourrageurs quand ils passeront par vos terres. »
  13. Il était une fois trois petits faucons-dragons qui appartenaient à une joyeuse fratrie. Les trois frères, choyés par leur maman et leur papa, s'entendaient merveilleusement et vivaient dans la joie, bien que le plus jeune frère fut souvent taquiné par ses aînés. Vint toutefois le jour où il fut le moment pour eux de quitter le nid pour voler de leurs propres ailes, à la découverte du Monde. Ainsi, il fallut que chacun parte en quête d'une région fétiche, qui constituerait leur territoire de chasse. Car telle est la loi des prédateurs, ils n'eurent d'autre choix que de se séparer. - Le faucon-dragon aîné, aux plumes bleutées, choisit de s'installer dans les terres du sud, une vaste forêt asséchée et très rarement visitée par les faucons-dragons. - Le cadet, le rouge, décida plutôt de prendre refuge dans le grand bois au printemps éternel, là où la végétation était florissante et où les fruits abondaient. - Et le doré, quant à lui, décida plutôt de partir vers une zone très proche de celle de sa maman, ce qui causa la surprise et l'amusement de ses deux frères, qui se gaussèrent de lui alors même qu'ils se disaient adieu. C'est avec les larmes aux yeux et le cœur en peine que le plus jeune prit son envol. Hélas, parti sans sagesse s'installer dans des terres arides et quasi-désolées, le faucon-dragon au plumage bleuté ne tarda pas à s'en mordre les serres. A peine arrivé sur ce qu'il croyait être sa terre d'accueil, il fut incapable de trouver de quoi de nourrir. Mais ce n'était pas le plus grave, car le malheureux oiseau n'était pas le seul à manquer de nourriture ; tous les autres animaux de ces bois oubliés étaient dans le même cas. Parmi ces bêtes, les plus puissants étaient les terribles ours à poil verdâtre, qui s'étaient bâtis une grande et répugnante forteresse dans les grottes de la région, et avaient décidé, par jalousie envers son beau plumage, de faire du pauvre faucon-dragon leur déjeuner. Ils n'en firent qu'une bouchée. Le faucon dragon rouge, quant à lui, ne manquait aucunement de proies dans les bois dorés où il se trouvait. Malheureusement, il apprit à ses dépends que la nature pouvait être terriblement joueuse et que, malgré la luxuriance des lieux, ceux-ci ne permettaient pas à un oiseau tel que lui de prospérer parmi la faune. Toutes ses proies étaient au combien plus malignes que lui et déjouaient sans mal chacune de ses tentatives, en prenant même un grand plaisir à le duper et à le ridiculiser. Plus rapides, plus véloces, et surtout parfaitement unies, elles connaissaient également mieux le terrain qu'il ne le connaîtrait jamais. Le cadet subit alors l'un des pires complexes thalassiens : le mal de voir la nourriture en profusion, sans jamais pouvoir la saisir. L'oiseau finit par tomber d'épuisement et par succomber à sa faiblesse, entouré par ses ennemis qui le narguèrent jusqu'à son dernier soupir, après lequel ils se repurent de son triste cadavre. Finalement, resté dans les riches domaines du nord, le plus jeune des frères se rendit compte bien vite de la difficulté de la vie sauvage. Mais s'étant installé sur un terrain connu qu'il avait assimilé, il n'eut aucun mal à se faire une place parmi les prédateurs. Il fut rapidement accepté des autres oiseaux de proie et, malgré la crainte qu'il commençait à inspirer auprès de ses cibles, il était toujours le plus rusé. Quand les ours verdâtres, affamés et furieux, marchèrent vers le nord pour trouver quelque oiseau à se mettre sous les crocs, le benjamin n'eut qu'à prendre rapidement son envol, jusqu'au nid fortifié de ses parents. C'est au détour d'une chasse aux pigeons qu'il trouva, tout proche du repaire familial, une jolie comparse aux plumes multicolores. Ils tombèrent amoureux dès le premier regard et partagèrent ce presque-festin, avant de mêler passionnément leurs ailes, tels deux tourtereaux-dragons. ... enfin, ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'oisillons !
  14. Il était une fois, lorsque les Elfes de Quel’thalas vivaient heureux et en paix, une jeune fille dont la beauté était chantée aux quatre coins du Haut-Royaume. Orpheline, elle avait été trouvée dans la forêt par un chasseur alors qu’elle était encore qu’un bébé. Elle disait alors venir du « Pays de la Lune ». Le modeste chasseur et sa femme avaient toujours rêvé d’un enfant mais, inféconds, ils en étaient malheureusement incapables. Aussi, ils virent l’arrivée de cette petite fille comme un véritable présent de la « Lumière », et se mirent à l’élever comme si elle était la leur. En grandissant, le bébé devint une femme à la beauté resplendissante, que l’on surnommait volontiers la « Belle Etoile ». La nouvelle de sa splendeur se répandit comme une traînée de poudre au sein du Haut-Royaume, si bien que trois princes, d'une beauté à faire jaunir la Lune, ne tardèrent à se présenter tour à tour aux portes de la bâtisse familiale pour demander la main de leur jeune fille. Chacun promit que la Belle Etoile serait traitée avec un profond amour, et que toute la famille deviendrait extraordinairement riche. Cherchant le bonheur de cette enfant bien avant la richesse, les parents décidèrent que c’était à leur fille que revenait le choix. La Belle Etoile provoqua alors la surprise des trois princes charmants en leur parlant de la bague de fiançailles de la Lune, qu’elle avait vu chuter en direction des hautes montagnes du Nord, sans être en âge de comprendre pourquoi la Divinité l’avait fait tomber. Elle leur promit que le premier à lui rapporter ce mythique artefact gagnerait sa main. Malgré leur incompréhension et leur immense scepticisme, les trois princes relevèrent le défi et se mirent tous trois en route. Les semaines passèrent, sans que la Belle Etoile n’ait de nouvelles de ses trois princes. Rongée par la peur qu’il leur arrive malheur, elle en vint parfois à regretter de leur avoir confié une telle mission. Mais au bout de la troisième semaine, l’un des jeunes seigneurs, goguenard, revint avec une bague et la présenta à la jeune fille. Il ne fallut qu’un simple regard de la Belle Etoile pour comprendre que la bague provenait d’un bijoutier local. La Belle Etoile, peinée de cette supercherie, congédia immédiatement le seigneur. Le deuxième prince revint la semaine suivante, en affirmant avoir cherché en vain dans « toutes » les montagnes du nord et que l’hiver arrivant à grand pas, il était contraint d’abandonner les recherches. La Belle Etoile, attristée par le manque de volonté du seigneur mais touchée par sa sincérité, lui accorda l’hospitalité et pris soin de lui, sans accepter de lui donner sa main. Le troisième seigneur, mille fois plus courageux et plus amoureux que les deux autres, s’aventura jusqu’aux confins d’Azeroth, dans l’espoir de retrouver artefact et de gagner le cœur de la Belle Etoile. Bravant tous les dangers des Pics Foudroyés, il poursuivit intensément sa quête et finit par localiser la bague, qui brillait de mille feux. Hélas, au moment de se baisser pour ramasser le bijou, le beau sire entendit les rugissements d’une horde de magnataures qui l’avait suivi. Encerclé par ces sauvages, le beau prince tira courageusement son épée et se battit jusqu’à son dernier souffle, dans l’espoir de protéger la bague sacrée. Nul Elfe ne s’est jamais battu avec une telle ferveur. Jamais le Norfendre n’a été le théâtre d’un combat aussi acharné, quoique désespéré. Avant de tomber en héros, le seigneur poussa un cri de guerre et d’amour si puissant que le monde entier en trembla. Entendant ce cri tragique depuis la bâtisse de ses parents, la jeune fille comprit avec terreur que le courageux seigneur ne reviendrait jamais à elle. À partir de cet épisode, la Belle Etoile se mit à pleurer chaque nuit quand vint la pleine lune, infiniment triste de la mort du jeune prince et désespérée de ne pas connaître sa propre place en ce monde. Elle savait que le culte de la Sainte Lune devait rester invisible aux yeux des Elfes, afin qu’ils ne soient pas tentés de faire le bien dans le seul but d’obtenir une récompense divine. Aussi, incapable de dire la vérité de sa provenance à ses parents malgré son profond amour pour eux, la Belle Etoile s’enfonça de plus en plus dans la mélancolie. Ses parents, malheureux à leur tour, faisaient tout pour comprendre ce qui rendait leur fille si triste, persuadés que sa mélancolie était uniquement liée à la mort du jeune prince. Cependant, une nuit, alors que toute la famille dormait profondément, un grandiose esprit apparut, sous les traits d’une femme au visage fin et doux, toute vêtue de blanc. Sa simple apparition réveilla en sursaut la Belle Etoile, qui savait au fond d’elle que le moment était venu. La créature se présenta comme une « Envoyée Cosmique » et affirma venir la chercher. L’Envoyée était accompagnée d’un majestueux esprit, tout en armure. Retirant son heaume elfique, l’être divin dévoila alors un magnifique visage qui était fort familier à la Belle Etoile : il s’agissait du courageux seigneur qui, par amour, avait péri en pourchassant artefact qui était si cher à la jeune femme. Les larmes aux yeux, la Belle Etoile s’empressa de s’approcher de l’esprit pour lui prendre la main, avant de se retourner vers l’Envoyée pour lui demander ce que tout cela signifiait. L’Envoyée avoua toute la vérité à la Belle Etoile. Peu après la Grande Fracture, suite au divorce de la Lune et du Soleil, une immense guerre céleste a éclaté entre les Astres. Le sort tournant en faveur des forces solaires, celles-ci étaient sur le point de s’emparer du Palais Cosmique et d’en massacrer les convives. Etant la fille de Cosmien, grand protecteur de la Lune et de Sélénia, déesse de la Beauté, la Belle Etoile devait être mise à l’abri sur le monde terrestre. Désormais, la paix enfin revenue dans le Pays de la Lune, la Belle Etoile était attendue au Palais Cosmique pour y assumer ses responsabilités divines. Quant au courageux seigneur qui accompagnait l’Envoyée, le beau thalassien avait été récompensé pour sa bravoure et sa dévotion, en obtenant une place parmi les Astres, et ce pour l’Eternité. Comprenant quel était son destin et son devoir, la Belle Etoile décida finalement de retourner au Palais Cosmique en suivant sa consœur et le bel esprit qui, elle l’espérait de tout cœur, deviendrait son époux céleste. Les larmes aux yeux, la jeune femme prit le temps d’écrire un mot d’adieu à ses parents qu’elle aimait tant, en leur assurant qu’elle partait simplement pour un « très long voyage » et leur portait un profond amour. Lorsque les parents adoptifs lurent la lettre, ils explosèrent en larmes, persuadés que leur enfant avait simplement cessé de les aimer. Finalement, en remarquant que la jeune fille n’avait pris aucune affaire, ils furent alors persuadés que la jeune fille avait mis fin à ses jours, et reposait désormais « auprès de la Lumière ». Malgré leur peine immense, leur foi pour ce culte resta intacte. De retour au Palais Cosmique où elle était née, la Belle Etoile eut pour responsabilité divine d’attribuer les récompenses terrestres aux Elfes méritants. Dans le but de remercier ses parents adoptifs auxquels elle vouait tant d’affection, elle décida de les couvrir de richesses. Et afin de les aider à oublier leur chagrin, elle leur offrit un présent qui, à leurs yeux, comptait mille fois plus que l’or : la fécondité. Ainsi, elle redonna la fertilité aux deux parents qui, infiniment reconnaissants envers ce qu’ils croyaient être la « Lumière », purent à nouveau vivre heureux et avoir de nombreux enfants.
  15. Il était une fois, dans une époque et une région très lointaines, une jeune enfant elfique qui venait à peine de passer ses douze printemps. Elle était douce, brillante et lettrée, mais son éducation ne s’était hélas jamais terminée. Orpheline et destinée à l’esclavage, l’Enfant vivait désormais au milieu des assassins de ses parents : une tribu de barbares nordiques qui compensaient leur inculture par la cruauté. Seule et malheureuse, la pauvre enfant devait travailler jour et nuit pour les sauvages, effectuant des corvées de servante sans la moindre rétribution. Souvent, à la minuit, elle quittait le campement en cachette pour s’en aller pleurer. Mais un soir, alors qu’elle réitérait ce triste forfait, elle découvrit, dans l’herbe où elle était habituée à verser ses larmes, une plume enchantée ainsi qu’un livre vierge. Sur la couverture de l’ouvrage était indiqué « À l’attention des Astres ». Alors qu’elle n’avait plus écrit depuis ses 6 ans, l’Enfant n’eut curieusement point de mal à inscrire toute sa peine sur le papier, ne manquant point de laisser couler plusieurs larmes en évoquant la disparition de ses doux parents. Ayant fini de narrer sa malheureuse épopée, l’Enfant pris le livre et le cacha sous ses vêtements usés avant de rentrer au camp. Elle craignait que les Sauvages, eux qui exécraient les lettres et l’écriture, la surprennent avec cet ouvrage. Hélas, c’est pourtant ce qui se produisit. Devant la minuscule tente où elle dormait habituellement avec d’autres jeunes esclaves, l’ignoble chef du clan l’attendait. Vêtu d’horribles peaux de bêtes, accompagné de trois monstres canins et visage rongé par le feu du démon, le Chien Dément portait bien son nom. À la vue de l’Enfant et du livre qu’elle tentait vainement de cacher, il poussa un long grognement digne d’une bête fauve. Un rictus étirant son hideux visage incendié, le Chien dément se saisit du livre, et le donna à manger à ses affreux limiers. Puis, sans plus attendre, il jeta la pauvre enfant dans la tente, et passa toute la nuit à la torturer cruellement, en lui jurant que son calvaire ne se terminerait jamais. Il prit même un malin plaisir à mutiler ses oreilles avant de lui promettre qu’il les porterait en collier. Une autre esclave elfique, qui partageait la même tente, assistait à toute la scène et semblait se moquer du sort de sa consœur. L’Enfant, croyant qu’elles étaient amies, rampa jusqu’à elle en lui tendant les bras, espérant trouver son soutien et son réconfort. Mais l’esclave, froide comme la glace et sans une once de pitié, la poussa de son pied pour la ramener vers le Chien Dément, qui poursuivit la torture sous ses yeux amusés. L’Enfant s’évanouit alors sous la douleur et le désespoir, les larmes inondant ses yeux d’azur. Mais une fois endormie, l’Elfe sentit une douce chaleur l’envahir. Semi-consciente, elle se vit soudainement au cœur d’un magnifique palais. Devant ses yeux, ses parents étaient attablés à un somptueux banquet. Ils l'observaient avec amour, sans un mot. Au bout de la longue table, une immense Elfe éthérée au visage divinement bienveillant lui sourit alors, dans un silence cérémonial. Tous les convives avaient les yeux larmoyants, rivés sur la pendule du Palais. Quand l’aiguille se posa sur la minuit, l’Enfant vit ses parents se lever et la serrer précieusement dans leurs bras avant de lui prendre la main. C’est alors que la jeune elfe se sentit revivre, rouvrit les yeux et, le temps d’un instant, eut l’affreuse crainte d’être retournée dans cette horrible prison. Mais en lieu et place des barreaux et de son terrible geôlier, les peluches et les poupées côtoyaient les murs bleutés de son palais natal. Elle était de retour à la maison, dans son lit d’enfant, et deux voix merveilleusement familières ne tardèrent à lui annoncer qu’il était l’heure de se réveiller. Rien ne s’était passé. Tout avait été effacé, et la vie n’avait jamais été aussi belle. En quittant la Promenade des Anciens pour s’en aller marcher dans les jardins, l’Enfant passa devant le grand échafaud de la cité. Quelle ne fut point sa surprise quand elle remarqua la présence, au bout d’une corde, d’un horrible barbare vêtu de peaux de bêtes. Sous ses pieds se trouvait l’écriteau « ci fut condamné le Chien Dément pour son infinie cruauté ».
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