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Autobiographie de Lounie : Je suis née inconsolable

Alynor

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Chapitre 1 : Une naissance difficile

 

Selon notre fidèle valet Gilveradin, mon arrivée en ce monde fut le fruit d’une immense douleur, tant pour Mère que pour moi-même. Ma tête ne sortant point comme elle aurait dû le faire, il eut fallu tirer fortement sur mes jambes. Là, les témoins entendirent un terrible craquement, qui diffusa bien des effrois dans la sombre pièce.

Pourtant, malgré cette atroce expérience, je n’ai pleuré que quelques secondes seulement. Après cela, je me serais blottie dans les bras de Mère, avant de me taire pour de bien longues années ; cette blessure m’avait rendue sourde-muette.

Accueillie par un grand frère et une grande sœur, tous deux d’une grande douceur, j’ai vécu un premier âge bienheureux malgré mon handicap. Nous vivions dans un somptueux palais où la magie était omniprésente et qui possédait plus d’une vingtaine de fenêtres, dont aucune ne donnait sur l’extérieur : chacune ne menait qu’à notre grande cour intérieure. Je compris bien vite que le monde extérieur était dangereux, et que seule la maison m’offrirait la joie et la tranquillité.

J’appris très tôt, dès mes deux printemps, à me servir de la plume pour m’exprimer. D’abord par petits symboles, puis par mots. Père, mère, grand-frère et grande-sœur me soutenaient. Je me sentais aimée, mais hélas, je n’arrivais point à être heureuse. Je voulais être comme les autres. Grande-sœur, qui dormait dans la chambre voisine, fut la première à se rendre compte que je pleurais toutes les nuits, inconsolable.

 

Chapitre 2 : L’espoir retrouvé

 

Arrivée à mes cinq printemps, Père m’écrivit, et je le compris, qu’une chose merveilleuse venait de se produire. Un miracle qui allait changer ma vie. À ma grande incompréhension, Theine, notre fidèle servante, se chargea de m’habiller et de me coiffer comme pour une grande fête, avant de me conduire dans notre vaste jardin. Dedans, un groupe de cinq Elfes en robe, trois hommes et deux femmes, attendaient patiemment ma venue. Ils avaient tous fort belle allure et portaient de majestueux bâtons. Je souris avec admiration, en espérant de tout mon cœur qu’un beau jour, je deviendrais comme eux.

Père m’ordonna de les suivre, et je lui obéi. Pour la première fois de ma vie, je quittais le domaine familial. Je suivis ce groupe qui m’emmena, de quartier en quartier, jusqu’à une jolie maison à l’allure mystérieuse. Le reste, hélas, je n’en ai point souvenance. Tout ce dont je me souviens, c’est que je suis sortie de cette mystique demeure en me tenant les oreilles, époustouflée par ce sens qui m’était jusqu’alors inédit. Je découvrais le bruit de la ville, le bruit d’un cheval au galop, et surtout les étranges bruits que les gens faisaient avec leur bouche pour s’exprimer. Ces héros m’avaient délivrée.

Je fus reconduite, sous le choc de la joie, jusqu’au palais familial. Là, je serrai précieusement mes chers parents, grand-frère et grande-sœur dans mes bras. Je ne comprenais pas encore ce qu’ils me disaient mais je savais que désormais, je pourrais apprendre… et que j’allais enfin devenir comme les autres.

Pour fêter cela, Père et Mère firent préparer un délicieux repas. Je me souviens encore de la douceur de ces plats que j’avais enfin pu savourer le cœur léger. Je me souviens encore de ce thé si délicieux, et des merveilleuses pâtisseries qui l’accompagnaient. Comme si c’était hier, je me souviens du beau sourire de grand-frère, tandis qu’il m’apprenait mes premiers mots. J’eus même le droit de manger de savoureux bonbons, alors que ceux-ci m’étaient habituellement interdits afin que je garde ligne fine et dents saines. Ces confiseries étaient si goûteuses que j’en rougissais. Je pensais que ma vie serait belle à partir de ce jour.

 

Chapitre 3 : Une rude enfance

 

Hélas, l’apprentissage de la langue orale fut plus compliqué que prévu. Je ne pouvais pas encore me rendre à l’école et je devais tout apprendre à domicile, malgré les journées chargées de mes parents et de nos serviteurs. Pourtant, jamais Père et Mère n’ont baissé les bras. Ils ont tout fait pour que, malgré mes difficultés, je parvienne à devenir une jeune fille normale, ce dont je rêvais intensément chaque nuit. En fin de compte, je n’ai appris à m’exprimer correctement qu’à mes dix printemps. Mais au fil des années, avec une profonde tristesse, mes parents remarquèrent que cet apprentissage tardif n’avait point été sans conséquence quant à mon élocution : jamais je ne serais une Elfe éloquente.

Cela dit, puisque Mère, Gilveradin et Theine ont su me prodiguer un excellent enseignement pendant ma période de handicap, je pus ainsi être scolarisée à l’académie des jeunes filles, destinée aux familles bourgeoises J’avais alors douze ans. Cette école avait pour noble objectif de faire de ses élèves de véritables femmes, destinées à un fructueux mariage arrangé. Du haut de mes douze printemps, cette idée me révoltait déjà.

Bien des matières étaient enseignées dans cette académie : les bonnes manières, la danse, la calligraphie, la magie utilitaire, la magie artistique, les bonnes manières, la musique, la langue commune ainsi que le darnassien, les bonnes manières, la littérature, la couture et enfin les bonnes manières. Les cours étaient fort éprouvants et duraient jusqu’à tard le soir, tant bien que le seul réconfort de ma journée fût de rentrer à la maison.

Mais au-delà de la fatigue, c’était avant tout mon incompétence qui me faisait du tort. En effet, les instituteurs étaient très stricts et nous punissaient régulièrement quand on échouait un exercice. Hélas, j’étais bien souvent la première à recevoir la punition, du fait de mon handicap et de mon incapacité à m’exprimer avec clarté, comme le ferait une bonne demoiselle. Pour cela, je devins rapidement la risée des autres élèves. J’en pleurais souvent la nuit, et au matin, je suppliais parfois Mère de me garder auprès d’elle à la maison. Mère me rassurait tant bien que mal avant de me faire comprendre, d’une manière ou d’une autre, que je n’avais pas le choix.

J’avais, le temps de quelques jours, trouvé un doux réconfort auprès de notre jeune voisin, écuyer, dont je m’étais éprise. J’avais une admiration sans borne pour la chevalerie, et ce garçon respirait l’héroïsme. Ses traits délicats et son étreinte protectrice me firent, un temps, oublier mes malheurs. Hélas, Père et Mère ont appris bien tôt l’existence de cette idylle, et m’eurent interdit de fréquenter ce garçon, en me faisant suivre par notre valet Gilveradin. J’ai eu du mal à le leur pardonner. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas leur geste, mais je n’ai plus un soupçon de rancune envers eux.

 

Chapitre 4 : Une fleur tombée du ciel

 

Ayant un cœur fort sensible, je n’ai pu supporter cette pression et je sombrais bientôt dans ma première déprime. J’étais infiniment malheureuse et je ne vivais plus… jusqu’à ce que, un beau jour, une nouvelle élève soit admise dans l’école. Nommée Rose Bellune, elle était la fille d’un couple de poètes. Il en fallut bien peu pour que nous devenions de grandes amies, et de cette tendre amitié naquit une véritable communion sororale. Grâce à elle, j’avais enfin repris goût à l’école… et à la vie. Rose, fort bien intégrée, me protégea des autres élèves et m’assura qu’en réalité, ces filles étaient simplement jalouses de moi. J’avais une confiance totale en ses paroles, alors je la crus.

Rose m’a initiée au culte sacré de la Sainte Lune. Elle passa des semaines à m’apprendre comment la Lune avait créé les Elfes à partir de pâte à pain, quel était le nom exact de chaque Astre, et même comment le Palais Cosmique était agencé. En référence à l’Etoile favorite de la Lune, « Lunie », Rose me donna le surnom de « Lounie ». Et pour sceller notre profond pacte d’amitié, Rose et moi nous offrîmes un présent à arborer dans nos cheveux. Elle me confia une rose enchantée et, en référence à mon nouveau surnom et à ma couleur favorite, je lui confiai une petite étoile bleue. Par ce pacte, nous nous jurâmes de veiller l’une sur l’autre pour l’éternité, et de ne jamais nous abandonner mutuellement. Nous partageâmes alors une étreinte chaleureuse qui dura pendant de longues minutes.

Ainsi, de mes 13 à mes 22 ans, malgré mes difficultés d’apprentissage, j’ai vécu les plus belles années de ma vie. Les années d’insouciance, où nous riions de tout, où Rose et moi allions régulièrement dans les salons de thés et les soirées mondaines. Nous assistions volontiers aux exécutions des vauriens et autres méchants : tandis que je préférais les pendouillaisons, Rose avait plutôt un faible pour les incinérations. Mais peu importe la technique employée, c’était avant tout l’occasion de passer du temps entre amies, autour d’une activité conviviale.

Quand, par moment, je recommençais à être malheureuse ou à avoir peur de quelque chose, Rose me prenait dans ses bras pour me réciter un poème ou me narrer un merveilleux conte pour enfants. Mon amie savait toujours me rassurer et me rendre le sourire. Elle, pour sa part, était toujours souriante et joyeuse. Contrairement à moi qui avais régulièrement des idées noires, Rose voyait la vie en… rose. Je trouvais cela magnifique. Différentes pour mieux nous compléter, notre union sororale était totale.

Encore rancunière quant au doux écuyer que mes parents m’avaient interdit de fréquenter, je ne leur ai jamais parlé de mon amitié avec Rose. Pour ainsi dire, je pensais que Père et Mère ne me comprendraient pas et n’apprécieraient guère le métier qu’exerçaient les parents de ma tendre amie. Je ne me suis confessée qu’à messire Gilveradin, avec qui je partageais bon nombre de mes secrets. Celui-ci me proposa d’en parler lui-même avec mes parents, et il me promit qu’ils ne chercheraient pas à briser une simple amitié. J’acceptai, et il eut raison : Père et Mère, contre toute attente, furent ravis que je cultive une amitié aussi profonde.

 

Chapitre 5 : Le Mal et le malheur

 

Arrivée à mes 23 ans, je vivais toujours des jours merveilleux. Hélas, tandis que je rayonnais de bonheur auprès de ma famille et de mon amie Rose, j’appris une terrible nouvelle par grande-sœur. Puisqu’elle travaillait au service des messages de la capitale, elle eut compris que le Mal venait d’accoster sur notre terre sacrée. Rien ne semblait alors pouvoir l’arrêter.

Père était un éminent commerçant : il possédait trois bijouteries dans la seule ville de Lune-d’Argent, et trois autres réparties dans le Royaume. Tout comme Mère, il occupait une place importante au conseil de notre quartier. C’est ainsi que Grand-Frère s’enrôla au sein de l’armée pour défendre notre peuple et, de par son rang, fut amené à commander un groupe de quinze éclaireurs.

Grand-Frère se porta ensuite volontaire pour être l’un des premiers à faire la reconnaissance de l’ennemi. À maintes reprises, j’ai tenté de le retenir, en lui expliquant qu’une tâche aussi dangereuse était inadaptée à son rang social, mais, par fierté, il ne m’a point écoutée. La grande majorité des éclaireurs envoyer reconnaître l’ennemi ne sont jamais revenus. Lui, nous est finalement revenu. Son corps, tout du moins. Il était enveloppé d’un linceul, et lorsque nous ouvrîmes celui-ci pour faire nos adieux, ma douleur fut abominable.

Le beau, le doux, le délicat visage de Grand-Frère avait été complètement détruit par ces immondes créatures. Jamais je ne pourrai oublier cette vision d’horreur. Celle-ci fut si choquante qu’elle eût effacé tous les autres souvenirs de la situation, hormis celui de mes pleurs interminables sur le corps glacial de Grand-Frère.

 

Chapitre 6 : La fin d’un monde

 

À ce moment-là, Père me pris dans ses bras afin de me réconforter et de me rassurer. Mais très bientôt, nous entendîmes des voix provenant des remparts de la cité. Des gardes, lourdement équipés, nous hurlaient d’une voix tremblante « Rentrez ! Rentrez tous chez vous ! Barricadez vos portes avec tout ce que vous trouverez ! ». Une femme armée d’un arc ordonna « Soldats, préparez-vous ! Nous ne leur céderons rien ! ». Mais un autre garde, paniqué, répliqua « Le Roi est mort ! Ils ont tué le Roi ! On n’a aucune chance, il faut abandonner la ville au plus vite ! ». La pagaie était totale.

Tout fut ensuite terriblement trouble pour moi. Grande-Sœur me prit par la main et m’emmena en sécurité dans le manoir, avant de me promettre qu’elle me protégerait pour l’éternité et ne laisserait aucun méchant me blesser. Père et Mère prirent le corps de Grand-Frère pour l’abriter dans la maison.

Après quelques minutes, nous commençâmes à entendre de terribles cris, des hurlements terrifiants qui se rapprochaient de notre manoir sans fenêtres. À plusieurs reprises, j’aurais juré avoir entendu frapper à notre porte.

Enfin, au bout d’un instant, le silence fut total. Quand Père nous autorisa à sortir quelques instants, une vision d’horreur s’offrit à nous : notre si doux et chaleureux quartier s’était métamorphosé en un véritable champ de ruines, recouvert par un océan de corps mutilés. Seul notre manoir, ne comportant pas de brèche, semblait avoir été épargné. À ce moment-là, traumatisée, je compris que plus rien ne serait jamais comme avant.

Tremblante, je demandai alors à Père s’il était possible d’aller chercher mon amie Rose, qui vivait dans le quartier adjacent. Jamais je n’avais été aussi inquiète de ma vie. Père refusa d’abord mais, constatant mon infinie détresse, messire Gilveradin demanda l’autorisation de chercher Rose pour moi. Père accepta.

De retour de la demeure de Rose et de ses parents, notre fidèle valet avait les larmes aux yeux. Il tenait une petite barrette en forme d’étoile bleue dans ses mains, en secouant tristement la tête en ma direction. Je ne voulais point y croire. J’en ai presque traité notre bon sire Gilveradin de menteur. Quand il apparut évident que ma chère Rose avait rejoint la Sainte Lune, je me mis à sangloter, inconsolable. Le monde venait de s’écrouler sous mes pieds.

 

Chapitre 7 : La descente aux enfers

 

Tandis que la plupart des Quel’doreis étaient descendus dans la rue dans l’espoir de rebâtir ce qui fut détruit, je passais toutes mes journées enfermée dans ma chambre à pleurer Rose et Grand-Frère, persuadée que mes pleurs allaient pouvoir les ramener à la vie. Je n’arrivais plus à avaler quoi que ce soit et je ne dormais que deux heures par nuit, avant d’être réveillée par un affreux cauchemar. Je me sentais horriblement coupable de ne pas avoir abrité Rose et ses parents dans notre palais avant qu’ils ne soient condamnés. Et j’avais que si peur que ces monstres reviennent me prendre.

Père, Mère, Grande-Sœur et nos serviteurs n’étaient presque jamais à la maison. Je ne savais rien de ce qu’il se passait. Ils me laissaient seule, livrée à moi-même et à mes phobies. Une nuit, je me suis réveillée en sursaut après avoir rêvé de ma tendre Rose qui, perdue au milieu du Néant Distordu, pleurait en tenant la petite étoile bleue contre son cœur. En sanglots, je me suis alors précipitée en direction de notre fenêtre intérieure, hurlant aussitôt « Ne pleure plus, Rose ! J’arrive ! J’arrive pour toi. »

Mais tandis que je m’apprêtais à sauter, à rejoindre mon amie pour la consoler, je ressentis une terrible sensation que je n’avais, jusqu’à lors, jamais ressentie. Une sensation indescriptible. Mes forces m’abandonnaient. J’avais soif, mais pas d’eau. Je ne comprenais plus rien. Paniquée, je me précipitai alors dans la rue, presque titubante de mal-être. Avec effroi, je remarquai que les rares passants errant dans les rues étaient dans le même état que moi.

Tandis que j’étais toujours en robe de chambre et point coiffée, un étrange homme armé est venu à moi. Il ressemblait en tous points aux gardes de notre cité, à la seule différence que sa tenue était rouge au lieu d’être bleue. Tremblante, je lui demandai de décliner son identité. Il rétorqua, d’une voix sèche qui me glaça le cœur « Vous êtes Mademoiselle Doucétoile, la plus jeune ? ». J’eus à peine le temps de hocher la tête que l’étrange homme déclara « Suivez-moi. Votre famille vous attend. ». J’étais tellement terrorisée par son attitude froide que j’obéi sans réfléchir.

 

Chapitre 8 : Le pensionnat de l’horreur

 

Tout au long du trajet, j’observais la ville en ruine, les maisons détruites, du sang partout. Pire encore, je voyais parfois des jouets pour bébé, éparpillés parmi les décombres. Dans le même temps, je constatai avec surprise que plusieurs hommes et femmes portaient la même tenue étrange que mon guide, et semblaient surveiller la ville. Mais tandis que nous nous dirigions vers l’extrême nord de la cité, c’est-à-dire la Place des Pérégrins, je me mis à m’interroger et à m’inquiéter de plus belle : Père et Mère ne se rendaient jamais dans ce quartier et m’interdisaient formellement de m’y rendre.

« Nous sommes arrivés », lança l’étrange guide. C’est alors que j’aperçus un grand palais à l’allure presque militaire. À peine avions-nous approché de la bâtisse que deux vieilles dames m’ordonnèrent d’entrer. Une fois les portes fermées, le cauchemar commença. Je fus ainsi guidée dans les couloirs sombres du palais, en cherchant désespérément mes parents du regard. Je finissais par les interroger ouvertement « où m’emmenez-vous ? Père et Mère ne seraient jamais allés dans un endroit comme celui-ci ! ». Sans même daigner m’adresser un regard, l’une des deux mégères m’asséna une violente gifle en pleine figure. Je n’en crus point mes yeux et je fondis en sanglots.

Arrivées devant une porte à l’allure usée, l’une des vieilles femmes déclara « voilà votre chambre. ». Paniquée, je secouai la tête en répondant « Ma chambre ?! Il y a erreur, par les Astres, je dois voir Père et Mère ! Et je ne peux dormir ici, tous mes vêtements et mes affaires sont à la maison ! ». Tandis qu’elle ouvrait la porte, la mégère me répondit d’une voix cruelle « Vos parents sont des parjures. Vous ne les reverrez jamais. Par ordre de votre responsable légal, c’est ici que vous terminerez vos études. »

Elle me claqua la porte au nez, avant de me laisser dans ce dortoir vide et terriblement miteux. Nous étions dimanche, et les cours ne devaient logiquement commencer que le lendemain. Terrorisée, je sanglotai toute la nuit en pensant à mes parents, hantée par le souvenir de Grand-Frère et de ma tendre amie Rose. De plus, cette étrange sensation de soif était de plus en plus puissante, de plus en plus insupportable. Bien sûr, je fus totalement incapable de trouver le sommeil.

 

Chapitre 9 : Trahison pour trahison

 

Au petit matin, tandis que j’étais dans un état épouvantable, quatre jeunes filles arrivèrent dans les dortoirs, visiblement peu surprises de ma présence. Elles ne m’adressèrent point un mot, mais leurs regards exprimaient de la pitié, comme si elles savaient tout. Certainement leur avait-on interdit de me parler.

Elles tenaient des petits cristaux dans leurs mains, qu’elles gardaient dans leur chambre. En les regardant de plus près, je remarquai avec stupeur qu’elles avaient toutes les yeux verts. Et vient enfin le pire : je me suis sentie infiniment attirée par ces cristaux qu’elles cachaient. J’étais persuadée que c’était ainsi que j’étancherais ma soif. Une voix émotive résonna alors dans ma tête : c’était la voix de ma douce amie Rose « LOUNIE ! NON ! N’Y TOUCHE SURTOUT PAS ! »

Je sursautai, poussant un petit cri de frayeur qui intrigua les quatre autres filles. Il me fallut du temps pour revenir à mes esprits, chasser ces pensées indignes et comprendre que la situation était dramatique. Je murmurai « merci, Rose », avant de suivre mes quatre camarades en direction de la salle de classe, mais tandis que je passais en dernier, prête à entrer, une main me tira le bras et m’emmena à toute hâte. Tremblante comme une feuille, je tournai la tête, et reconnus alors messire Gilveradin, infiniment rassurée. Nous courûmes durant au moins cinq minutes à travers les immenses couloirs, avant de sortir par une porte à la dérobée, menant à un dédale de rues.

La première chose que je fis fut d’observer si messire Gilveradin avait bien les yeux bleus. Lune merci, ce fut le cas. « Vous n’avez rien, mademoiselle ? », souffla-t-il, en déposant un châle sur mes épaules et en me faisant enfiler un chapeau qui couvrait une partie de mon visage. Sans même lui répondre, je me pressai à prendre des nouvelles, avide de réponses « Que s’est-il passé ? Père et Mère, où sont-ils ? Et Grande-Sœur ? Et pourquoi ai-je été emmenée là, et… comment saviez-vous ? Et pourquoi ces filles avaient-elles les yeux verts ? ».

Messire Gilveradin m’observa avec tristesse, avant de répondre « Votre père et votre mère ont été héroïques. Ils ont voulu sauver notre peuple, mais ils ont été trahis et… mis à mort. Ces yeux que vous avez vus sont ce contre quoi vos parents se sont révoltés. Et leur échec vous a menée ici. Je vous ai suivie de loin, hier, après avoir su que vous étiez trahis » Complètement effondrée par la nouvelle, persuadée de naviguer en plein cauchemar, je ne pouvais croire que Père et Mère étaient partis au ciel. Je lui demandai alors, d’une voix très basse et tremblante « Mais alors… où est Grande-Sœur ? Et quelle trahison ? ».

Déposant une main sur mon épaule et actionnant sa pierre de foyer de sa main libre, le valet fut, par honnêteté, contraint de dire les mots qui brisèrent le peu d’espoir qu’il me restait « Votre sœur est désormais à la tête de la maison Doucétoile. Le régent l’a fort bien façonnée. C’est elle qui a détruit votre famille et désormais, en tant qu’aînée, elle est votre tutrice légale. Venez, Mademoiselle, il nous faut partir avant qu’elle n’apprenne votre fuite, nous allons en direction de Quel’lithien. Theine nous y attend avec toutes vos affaires. ».

 

Chapitre 10 : Nouvelle vie, nouvel espoir

 

Sans plus attendre, messire Gilveradin nous téléporta au gîte de Quel’lithien, où nous passâmes quelques jours avec d’autres réfugiés politiques. Là, je me rendis compte que notre famille était bien loin d’être la seule à avoir subi des persécutions. J’observai alors les nombreuses victimes de la tyrannie, tant de jeunes parmi eux. Ceux-ci me regardaient avec des yeux malheureux, pleins de détresse.

Et c’est à la vue de ces nombreux enfants en larmes, inconsolables après avoir vécu le pire, que me revinrent les souvenirs de ma tendre amie Rose et de ses merveilleux contes, qui savaient me rendre le sourire quand j’étais malheureuse. Rendre le sourire aux enfants par ma plume serait le meilleur hommage que je puisse faire à Rose. Répandre la douceur et la joie serait le seul moyen d’oublier cette vie de malheur et de peine. À ce jour, mon destin fut scellé.

Je passai alors un peu de temps avec les réfugiés thalassiens, afin d’apprendre à mieux les connaître. Hélas, je continuais à ressentir cette étrange soif, quoique de manière moins puissante. Comprenant ma détresse, l’un de mes compagnons d’infortune m’expliqua que cette sensation était due à la destruction du Puits de Soleil et qu’il ne fallait surtout pas céder à sa soif, au risque de « mal finir ». Il m’expliqua qu’il n’existait aucun remède miracle à cette envie et que seule la méditation et le sommeil pouvaient l’apaiser. « Cela tombe fort bien, j’ai toujours aimé dormir », répondis-je avec une candeur qui amusa mes confrères.

Bientôt, un premier convoi se mit en route pour la capitale des humains. Hurlevent, ou « la cité bleue », comme on la surnommait. J’avais tant entendu parler de cette cité idyllique. On la disait majestueuse, romantique et peuplée de héros de toute beauté, à l’instar de la légendaire Lordaeron. Une ville où tous les habitants sont nobles et respectueux, où la cuisine est délicieuse et où les fêtes mondaines sont majestueuses. Je me languissais dûment.

Les femmes non-combattantes et les enfants furent prioritaires dans les premières caravanes de transport. Je m’y suis donc rendue avec Theine et Gilveradin, qui y a été autorisé en raison de ses talents de transmutateur et d’abjurateur. J’ai été désagréablement surprise par le manque de confort dans ces calèches, dont les sofas étaient trop mous et épousaient mal le dos. Du thé nous fut servi, mais hélas sans petits gâteaux ni confiseries, ce qui fut une nouvelle déception pour moi. Les auberges dans lesquelles nous nous arrêtions comportaient souvent des baignoires bien trop petites, et les repas offerts ne comptaient que 3 services.

 

Chapitre 11 : La cité bleue

 

Au bout de quelques jours extrêmement inconfortables, nous arrivâmes finalement à Hurlevent. Malgré mon bonheur d’être enfin sortie de la calèche, je commençais à être quelque peu déçue : la cité bleue ne ressemblait que bien peu aux descriptions idylliques que l’on m’en avait fait. Je tentais de ne point montrer ma désillusion.

Messire Gilveradin semblait déjà fort bien connaître la capitale, pour une raison que j’ignorais complètement. Sans même m’expliquer ce qu’il souhaitait faire, il me guida alors jusqu’à la plus grande banque de la capitale. Elle était fortement bondée, mais il suffit à messire Gilveradin de donner son nom pour passer en priorité dans la partie réservée.

Arrivant devant le guichet, mon valet présenta tous mes papiers au banquier. Celui-ci s’adressa directement à moi, en hochant la tête : « Fort bien, Mademoiselle Doucétoile. J’ai bien reçu le message de votre valet ici présent ; Le coffre-fort est encore au nom de vos parents mais, compte tenu des événements, nous allons y remédier dans les jours qui suivent. Vos parents vous ont laissé une grande fortune, Mademoiselle. »

Epoustouflée, je me contentai de hocher la tête, comme dans un rêve irréaliste. J’appris plus tard que Père et Mère, au moment où leur conflit avec le gouvernement régent eut débuté, ont transféré la grande majorité de leurs richesses dans la banque royale de Hurlevent, dans le coffre-fort qu’ils louaient depuis plus de trente ans. Messire Gilveradin s’était lui-même chargé de toutes les formalités de mes parents et, suspectant déjà ma sœur de trahison, n’a pas intégré son nom au registre d’héritage.

Messire Gilveradin m’apprit ensuite que la majorité des réfugiés Quel’doreis allaient s’installer au Quartier des Mages. Je décidai donc, grâce à cet argent, d’acheter un palais dans ce quartier et de l’aménager comme le fut autrefois notre domaine familial : sans aucune fenêtre extérieure, pour une sécurité complète. Gilveradin se chargea de l’acheter du bien, et Theine de l’agencement. Au bout de quelques mois seulement, le palais fut absolument merveilleux.

J’ai profité de toute la durée des travaux pour travailler sur mes plus grands contes, et il ne restait plus qu’à les publier. Mais au moment où je les présentais à mes deux serviteurs, mademoiselle Theine me fit part de ses craintes : les maisons d’édition hurleventoises sont peu enclines à accepter la littérature étrangère, d’autant plus quand elle est elfique. Elle me proposa alors de créer ma propre maison d’édition, afin d’être parfaitement libre et indépendante. C’est ainsi que, depuis ce jour, tous mes contes furent publiés par la maison « Des Sourires et des Rêves », sous la direction de Theine, responsable de cette entreprise.

 

Chapitre 12 : L’argent ne suffit point au bonheur

 

Mon palais bâti, mes contes publiés, j’avais désormais tout pour être heureuse. Du moins, presque tout. Mon arrivée n’était point passée inaperçue dans le quartier… et elle était loin de faire l’unanimité. Vivant dans cette capitale mystérieuse où j’étais quotidiennement dévisagée, je commençai à ressentir cette douleur intense qu’est le manque d’amour. Ni Père, ni Mère, ni Grand-Frère, ni Grande-Sœur, ni Rose n’étaient là pour veiller sur moi, me protéger. Je me sentais vide, infiniment vulnérable.

Voilà fort longtemps que j’avais besoin de tendresse, de protection… d’amour. Amour au masculin ? Au féminin ? Je ne me suis jamais posée la question. Après tout, je n’ai jamais su différencier l’amitié profonde de l’amour. Quand on y pense, l’amour n’est-il point l’aboutissement final de l’amitié ? J’aimais Rose. Platoniquement, bien sûr, mais je l’aimais. Ce que les humains nomment « choses de l’amour » n’ont que bien peu à voir avec l’amour. Une douceur, une étreinte ou même un baiser sont, à mes yeux, plus belle preuve d’amour que de se métamorphoser en un couple de bêtes fauves. Nous sommes des créatures sentimentales, c’est ce qui nous différencie des Trolls et autres animaux. L’amour sincère est toujours chaste et courtois. Aussi, quelle que soit la personne vers qui mon cœur se tournerait, je tenais à me préserver de la bestialité.

Père et Mère souhaitaient autrefois me voir mariée à un riche commerçant à Lune-d’Argent, afin que je sois protégée de tous les dangers. Le décor avait changé, mais l’idée d’un mariage arrangé me répugnait toujours au plus haut point. Vivre sans amour me paraissait inimaginable. C’est ainsi que je décidai de me faire connaître auprès de la communauté mondaine de Hurlevent. Mais hélas, à l’époque, je n’ai eu besoin d’assister qu’à quelques bals et réceptions pour comprendre qu’une haute-elfe n’était point la bienvenue dans ce milieu.

Les habitants des demeures voisines n’appréciaient guère mon palais, dont la seule splendeur suffisait à effacer toute bâtisse adjacente. Ils n’apprécient point non plus l’absence de fenêtres qu’ils, dans leur grande ignorance et leur racisme viscéral, voyaient comme une forme d’arrogance et de mépris du peuple. Lasse de cette hostilité constante, je décidai alors de louer les services d’un cocher afin de partir à la découverte de la belle région d’Elwynn et de me changer les idées. Ayant emporté bien des bagages avec moi, j’ai embarqué dans la cariole avec mes deux serviteurs. Passant entre forêts et collines, nous nous arrêtâmes dans le premier village où la vie semblait bien présente : le Comté-de-l’Or.

 

Chapitre 13 : L’artisane

 

Hélas, mon arrivée au Comté-de-l’Or fut extrêmement difficile. Je pense y avoir été encore plus mal reçue que je ne l’ai été à Hurlevent. Ayant installé un petit guichet afin que Theine puisse y vendre mes livres, force fut de constater que le succès n’était point au rendez-vous. Pour sûr, les choses auraient été bien différentes si j’étais née sans oreilles à défaut d’être seulement née sourde.

La populace locale n’était que bien peu réceptive à mes contes, car leur autrice était bien trop elfique à leur goût. Bon nombre de coupe-jarrets se sont montrés hostiles envers ma personne en raison de mes origines et, dans les premières heures, bien peu se sont manifestés pour me protéger de ces criminels… hormis une jeune femme, artisane, très populaire dans le comté. Prenant ouvertement ma défense, elle m’a offert son hospitalité et m’a protégée de mes détracteurs. C’est ainsi que nous sommes devenues des amies et, de fil en aiguille, des amies proches.

J’ai cru l’aimer comme j’ai aimé Rose. Mais je me rendis compte qu’elle, pour sa part, ne désirait ni mon amitié, ni mon amour, ni même mon être. Seulement mon corps. Le reste ne l’intéressait que peu. Infiniment jalouse et possessive, mon héroïne s’est, en l’espace de quelques jours, métamorphosée en geôlière. Prétextant que j’avais trop d’ennemis pour me montrer au comté, elle m’enfermait des journées entières dans sa demeure. Elle remettait en question ma religion – louée soit la Sainte Lune -, mon éducation et tout ce qui faisait de moi une Elfe. Elle me montra ainsi son vrai visage, qui n’était finalement pas différent de celui des autres comtois. Devenue à nouveau dépressive, je ne mangeais plus, je ne dormais plus, je n’écrivais plus… et cette horrible soif me revenait, toujours plus intensément.

Quand, au cours de notre étrange relation, je suis tombée sous le charme d’un noble humain, l’artisane n’a pas supporté cela et a tout fait pour briser cette idylle. Le comble de la trahison est venu lorsqu’elle a fait appel à son amie sorcière pour me blesser physiquement et mentalement… moi, qu’elle prétendait aimer. Ne cédant à sa perversion et à sa cruauté, je l’ai définitivement quittée. Elle eut laissé couler quelques larmes, mais je ne pouvais croire à leur sincérité après ses acte si cruels. Je lui ai dit adieu. Nul ne l’a plus jamais revue au Comté-de-l’Or.

 

Chapitre 14 : Libération et rencontres hautes-elfes

 

Peu après avoir fui la demeure de l’artisane, je suis retournée au Comté-de-l’Or, bien décidée à prendre ma revanche et à ne pas m’avouer vaincue face à la xénophobie ambiante. J’ai recommencé à vendre fièrement mes livres, n’offrant pas à mes détracteurs le plaisir de me voir faiblir. Reprenant confiance en moi, j’ai fini par obtenir le succès dont je rêvais auprès des jeunes enfants du comté. Je continuais à susciter la critique de jaloux détracteurs, bien sûr en raison de mes longues oreilles.

Toujours à la recherche de la personne qui apporterait le Soleil dans ma vie, j’ai alors rencontré un beau sire, thalassien et chevalier au service de la belle Alliance. Malgré son devoir de guerrier et son héroïque prestance, il savait faire preuve d’une grande douceur avec les femmes. Mon cœur a chaviré en sa direction… du moins, seulement quand mon cœur était près du sien. En effet, le beau sire ayant de lourdes responsabilités dans l’armée, il n’était que rarement disponible pour moi et souvent en mission, à mon plus grand malheur.

Hélas, je ne pouvais vivre ainsi. Mon cœur ne le supportait point. J’ai toujours eu besoin de tendresse, d’amour. Que l’on prenne soin de moi et que je puisse, en retour, prendre soin de l’élu de mon cœur. Finalement, le beau sire, nostalgique de la belle Lune-d’Argent, fit son ultime choix en quittant définitivement l’Alliance pour s’en aller rejoindre les immondes Sin’doreïs, trahissant ainsi notre peuple et mon cœur qui, lui, se brisa en douze morceaux. Je recommençai à déprimer et à pleurer chaque nuit durant, souffrant à nouveau du manque de magie.

 

Chapitre 15 : Le joyau, la fine lame et le gobelin

 

Heureusement, quelques semaines plus tard, j’ai pu remonter la pente, en grande partie grâce à la rencontre d’un adorable groupe d’amis composé d’un Gobelin, d’une Kal’dorei et d’une humanoïde. Et c’est parmi eux que j’ai finalement trouvé mon âme sœur. Faite de magie et d’enchantement, protectrice aimante, il s’agissait et s’agit à mes yeux de la perfection incarnée. N’étant point réellement humaine, elle est dénuée de toute perversité propre à l’humanité. Séparables pour rien au monde, nous partageons une divine complicité et une sororale tendresse.

C’est dans ce contexte enfin apaisé que j’ai rencontré l’un de mes premiers lecteurs hauts-elfes. Un Elfe aussi ténébreux qu’attachant et aussi mystérieux que fascinant. Il n’était point souvent sur la terre ferme et préférait naviguer de toit en toit. Par son visage bel, doux et presque enfantin, partiellement caché sous un masque, l’on devinait à peine à quel point il était redoutable. Lui-même se gardait bien de le faire savoir. Il dégageait pourtant une puissante aura obscure et dissimulait des armes fort discrètes, à l’image des légendaires fines lames du désert. Très secret, le mystérieux Thalassien ne parlait que bien peu de lui-même, et c’était fort dommage : j’aurais aimé en savoir davantage sur lui.

J’ai passé dans ce comté, avec mes amis, l’une des plus douces périodes de ma vie, et ce malgré l’intense pression de mes détracteurs hostiles à la race elfique. Je m’entendais merveilleusement bien avec notre ami gobelin, que je surnommais affectueusement « veste verte » en référence à ses beaux vêtements de couleur émeraude. Malheureusement, alors que nous profitions de ces merveilleux moments tous les quatre, un terrible événement se produisit au Comté-de-l’Or.

En effet, des gobelins malintentionnés ont décidé de mettre un complot ancestral à exécution, en empoisonnant les eaux des puits afin de rendre la population malade. Notre ami gobelin s’opposait aux abjectes gobelineries de ses compatriotes mais, hélas, les habitants du comté ne voyaient pas cela du même œil, et décidèrent de le chasser par précaution. Sans réfléchir, ma très blanche amie et moi prîmes la décision d’accueillir notre ami gobelin dans ma demeure hurleventoise.

 

Chapitre 16 : thé, biscuits et trahison

 

Dans le même temps, tandis que notre ami gobelin avait des affaires à régler, nous invitâmes deux amis à prendre le thé au palais. Il s’agissait d’un sire et d’une dame que nous avions rencontrés au Comté-de-l’Or et qui nous parurent fort sympathiques. La dame avait amené de jolis biscuits de toutes les couleurs qui nous donnèrent l’eau à la bouche. Etant très gourmande et friande de sucreries, je ne pus dissimuler mon envie à la vue d’aussi attrayantes pâtisseries.

Aussi, afin d’impressionner nos convives et de les mettre à l’aise, je décidai de mettre en pratique un sortilège amusant que j’avais appris à l’académie des demoiselles : contrôler magiquement la théière afin de lui faire servir les tasses à distance. Mon tour de passe-passe eut pour effet de faire rire nos convives ainsi que ma douce amie. Nous ne tardâmes point à goûter les merveilleux biscuits que nous avaient apporté nos invités. Mon amie et moi choisîmes un gâteau de couleur rose. Comme nous avions pu l’imaginer, ils étaient absolument délicieux.

Toutefois, après quelques secondes, je commençai à ressentir une atroce douleur dans le ventre et dans la gorge. Je me tins le cou observant ma chère alors que celle-ci, paniquée, me prit dans ses bras. Fort heureusement, mon amie étant une créature magique, elle n’était pas affectée par les mêmes symptômes. Je commençai alors à pleurer, tant la souffrance était intense. Et tandis que, larmes aux yeux, j’observais nos invités avec incompréhension, ceux-ci feintèrent d’abord la surprise et l’innocence. Je n’étais point dupe et, malgré mon immense douleur, je parviens à incanter silencieusement.

Au même moment où l’homme sortit sa dague pour nous attaquer, je lui lançai une puissante décharge arcanique qui l’envoya valser par-dessus la terrasse. Je hurlai ensuite à l’aide. Ma très blanche amie, elle, se mit à combattre la dame et la maîtrisa bien vite. Alerté par le vacarme et les cris, messire Gilveradin fit alors venir la garde et se précipita à notre secours. Au même moment où les gardes se mirent à envahir le salon, je commençai à voir tout noir. À ne plus rien entendre, ce qui me rappelait mes plus horribles souvenirs. Je ne pouvais m’arrêter de pleurer. C’est ainsi que, cherchant désespérément ma tendre amie qui avait dû s’éloigner quelques instants, je finis par perdre connaissance.

J’entamai alors un long, interminable voyage. Le plus beau voyage de ma vie. Je les ai tous vus. Père, Mère, Grand-Frère, Rose. Ils étaient tous là, au clair de la Lune, partageant un délicieux repas parmi les Astres dans le Palais Cosmique. Escortée par les jumelles Strela et Stelia, je fus conduite auprès de mes proches. J’étais infiniment heureuse de les voir. Grand-Frère m’observait avec un regard bienveillant et protecteur. « Est-ce le moment, leur demandai-je. Suis-je venue pour rester auprès de vous ? M’invitez-vous pour ce délicieux repas ? ». « Non, ma fille bienaimée, ce n’est point encore l’heure. », répondit simplement ma mère après quelques secondes, avant que Rose ne prenne la parole, de sa voix rassurante. : « Tu as tant de belles choses à accomplir, Lounie. Ce serait tellement dommage ! Attends donc d’avoir de magnifiques histoires à me raconter ! ».

Père, lui, m’apparut bien plus inquiet, bien plus grave. « Ma chère fille, écoute-moi. Tu ne dois pas rester. Tu ne peux pas rester. Tu es l’avenir de notre maison, il ne reste plus que toi, et ton destin est grand. Je t’en supplie, n’anéantis point nos espoirs. Notre famille est déchue et, par-dessus tout, elle est éteinte. Il n’y a plus d’homme pour perpétuer la lignée. Aujourd’hui, il ne reste plus que toi qui puisse laver notre nom avant que celui-ci ne disparaisse à tout jamais. ». Infiniment marquée par ces paroles, je vis aussitôt une intense lumière, et je recommençai à entendre les bruits autour de moi. J’étais en vie.

En état de semi-conscience, de béatitude et de rage de vivre, je sus que ma douce amie patienta des jours entiers à mon chevet. Je la savais là, présente à mes côtés. J’aurais reconnu sa présence parmi mille, sans même devoir ouvrir les yeux. Je me souviens encore, dans mes songes, d’avoir murmuré son précieux nom tandis que je cherchais sa main, avant de la trouver et de la serrer. Au bout de plusieurs jours, je finis par me réveiller, dans les bras de ma très chère, qui ne m’eut jamais abandonnée durant ma convalescence. J'avais rarement été aussi touchée et heureuse de toute ma vie.

Cet épisode de notre vie, aussi douloureux et éprouvant fut-il, ne nous eut que rapprochées toutes les deux. Notre vie reprit et dès lors, chaque journée fut porteuse d’une joie immense. C’est ainsi que nous décidâmes de profiter de chaque journée comme si c’était la dernière. Nous partîmes pour un long voyage afin de découvrir le monde, allant au gré de nos envies, infiniment libres… libres à en mourir.

Aujourd’hui, je ne ressens plus guère le manque arcanique ni le mal d’amour. Et lorsque je vois le doux visage d’un enfant s’illuminer à la lecture de mes contes, passant de la tristesse à la joie, je ne puis m’empêcher de sourire à mon tour en me rappelant que moi aussi, fut un temps, je me pensais inconsolable.

À suivre…

 

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